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Les neuf symphonies de Rafa

Les neuf symphonies de Rafa

Le 10/06/2017 à 22:58Mis à jour Le 11/06/2017 à 09:05

ROLAND-GARROS 2017 – Dimanche, Rafael Nadal disputera face à Stan Wawrinka la 10e finale de sa carrière sur la terre battue parisienne. Il a remporté les neuf premières, face à Puerta, Federer, Söderling, Djokovic et Ferrer. Retour sur ces neuf glorieuses. En attendant, peut-être, la decima…

2005 : L'avènement de Rafa 1er

L'adversaire : Mariano Puerta. Argentine. 27 ans.

Le score : 6-7, 6-3, 6-1, 7-5

Le match : Si, pour tout le monde, la véritable finale a eu lieu au tour précédent, lors du duel remporté par Rafael Nadal face à Roger Federer, Mariano Puerta va donner beaucoup de fil à retordre au jeune Espagnol. Le match est superbe, d'une intensité folle, surtout pendant le premier set, arraché par Puerta au terme d'un tie-break de folie, et le quatrième. Entre les deux, l'Argentin souffre, payant le rythme de la première heure. Dans cette finale entre débutants, ce qui bluffe, c'est le calme et la maîtrise de Nadal, surtout compte tenu de son jeune âge, d'autant qu'il était le favori.

Le moment clé : La fin du 4e set. Après avoir breaké à 4-4, Puerta obtient deux balles de set sur sa mise en jeu à 40-15. Mais Nadal va les sauver, débreaker et Puerta ne marquera plus un jeu. Que serait-il advenu dans un 5e set ? On ne le saura jamais.

La stat : Le seul des 105 derniers tournois du Grand Chelem qui a vu la victoire d'un joueur de moins de 20 ans.

La phrase : "Même si je joue très bien depuis janvier dernier, gagner ici est une surprise pour moi. Je réalise un rêve."

Vidéo - 2005, l'année où tout a commencé à Paris pour Nadal

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2006 : Le doublé à 20 ans

L'adversaire : Roger Federer. Suisse. 24 ans.

Le score : 1-6, 6-1, 6-4, 7-6.

Le match : Pendant un set, Roger Federer déploie toute sa palette de magicien. Jamais, peut-être, Nadal n'a été à ce point baladé à Roland-Garros. Le jeu étourdissant du Suisse lui permet de coller un 6-1 à Rafa. Mais la réplique de l'Espagnol, dominateur dans les deux manches suivantes, sera terrible. Dos au mur dans le quatrième set et trop souvent lâché par son revers, Federer s'offre un sursis en débreakant à 4-5, mais il coince dans le jeu décisif. Ce match résume son histoire sur terre contre Nadal : il n'aura pu jouer que par fulgurances.

Le moment clé : Le début du troisième set. Alors que Federer mène 2-1, il se procure quatre balles de break, dont trois à 0-40. Mais il ne pourra en convertir aucune. Pire, dans le jeu suivant, c'est lui qui sera breaké, permettant à Nadal de prendre le pouvoir pour de bon.

La stat : C'est alors la première défaite de Federer dans une finale majeure. Le Suisse avait gagné les sept premières, à Wimbledon (2003, 2004, 2005), à l'US Open (2004, 2005) et en Australie (2004, 2006).

La phrase : "Par moments, Roger est injouable, on ne peut rien faire contre lui. Il faut attendre, et espérer que ça se calme. C'est ce que j'ai fait dans le premier set, même si je ne jouais pas très bien de mon côté."

2007 : Les regrets de Federer

L'adversaire : Roger Federer. Suisse. 25 ans.

Le score : 6-3, 4-6, 6-3, 6-4.

Le match : Comme en 2005, comme en 2006, Roger Federer doit céder en quatre sets. Comme lors de ses deux précédentes défaites, il est sorti de ce match avec cette double conviction paradoxale qu'il y avait sans doute mieux à faire et, en même temps, que l’issue avait quelque chose d'inexorable. Désireux de jouer agressif, le Suisse laisse trop de déchet en route (59 fautes directes) et son manque de réalisme (voir ci-dessous) finit de le condamner. Une fois encore, Nadal a gagné la bataille tactique, et physique.

Le moment clé : Le tout début du troisième set. Federer vient juste de recoller à une manche partout mais, comme souvent, la force de Nadal est de remettre un coup d'accélérateur quand l'adversaire, lui, est déjà plus qu'à fond. Ce break d'entrée va redonner la main à Rafa, qui ne la rendra plus.

La stat : 94,1. 17 balles de break. Une seule convertie. En sauvant 94,1% des balles de break contre lui, Nadal a fini par écœurer Federer. Dans le seul premier set, Federer aura eu 10 opportunités de prendre le service de son adversaire, sans y parvenir.

La phrase : "Je suis aux anges évidemment, mais je suis aussi un peu triste pour Roger. C'est un immense champion, il mérite de gagner Roland-Garros et je suis sûr que ce sera le cas un jour ou l'autre."

2008 : La boucherie

L'adversaire : Roger Federer. Suisse. 25 ans.

Le score : 6-1, 6-3, 6-0.

Le match : En 2005, 2006 et 2007, Roger Federer avait été battu par Rafael Nadal à Roland-Garros. Lors de cette finale 2008, ça ne suffira pas à l'Espagnol qui, cette fois, va totalement détruire son illustre rival. Une véritable boucherie, Federer ne parvenant à gratter que quatre petits jeux. Nadal termine même en infligeant au Suisse son premier 6-0 depuis... 1999. On n'avait plus vu de finale aussi expédiée (1h48) depuis près de 30 ans. Le Chatrier est sous le choc.

Le moment clé : Il y eut tant d'écart entre les deux hommes que chercher un point de rupture, ou un tournant possible, parait vain. Mais à 3-3 dans le deuxième set, alors qu'il avait déjà débreaké peu avant, Federer obtient une balle de break qui aurait pu le rapprocher du gain de la manche. Sur ce point, après un long échange, Nadal tente une amortie. Federer est dessus sans problème mais son revers accroche le filet. Son unique chance vient de passer. Il ne marquera plus un seul jeu.

La stat : 1. Le nombre de jeux de service au cours desquels Federer n'aura pas eu des balles de break contre lui. En 11 jeux...

La phrase : "Roger, je suis vraiment désolé pour le déroulement de cette finale." (Lors de son discours sur le court, au micro)

2010 : Rafa V, la revanche

L'adversaire : Robin Söderling. Suède. 25 ans.

Le score : 6-4, 6-2, 6-4.

Le match : Robin Söderling est alors le seul joueur à avoir battu Rafael Nadal sur ocre dans une rencontre au meilleur des cinq sets. Un an après le tremblement de terre de 2009, le Suédois est de retour en finale. Cette fois, c'est Federer qu'il a dézingué au passage. Mais Nadal l'attend au tournant. Le protégé de Tonton Toni en a fini avec ses soucis au genou. Il a retrouvé toute sa grinta et son coup droit est à nouveau dévastateur. Söderling arrose (45 fautes directes en 28 jeux) et son service l'abandonne (moins de 50% de premières sur les deux premiers sets). Résultat, une finale tranquille pour Maître Rafa, qui s'octroie une éclatante revanche en même temps que son 5e Roland-Garros.

Le moment clé : Sur terre, dans une rencontre en trois sets gagnants, mieux vaut ne pas laisser filer sa chance quand elle se présente face à Nadal. Car elle repasse rarement. Pour Söderling, le ressort s'est cassé définitivement au début du deuxième set, quand le Suédois, qui menait 2-1, a raté quatre balles de break, dont une sur un point d'anthologie. Il ne s'en est jamais remis, Nadal alignant sept jeux pour mener 6-4, 6-2, 2-0.

La stat : 4. Rafael Nadal devient le premier joueur et le seul à ce jour à signer le "Grand Chelem de la terre battue" en remportant la même année Monte-Carlo, Madrid (ou Hambourg), Rome et Roland-Garros.

La phrase : "C'est un des meilleurs moments de ma carrière, après ma victoire à Wimbledon, la deuxième à Roland-Garros et la première aussi bien sûr. C'est spécial parce que je reviens de loin après ma blessure l'an dernier."

2011 : L'égal de Borg

L'adversaire : Roger Federer. Suisse. 29 ans.

Le score : 7-5, 7-6, 5-7, 6-1

Le match : Les trois premières manches (en trois heures !) sont superbes. Dans la foulée de son récital contre Djokovic en demie, Federer démarre fort, mais perd un premier set qu'il a longtemps eu sous contrôle. A partir de là, le Bâlois est en résistance. Dans le deuxième, il efface un break, puis un autre, sauve deux balles de set à 5-4, mais en pure perte puisqu'il cède au jeu décisif. Mené 4-2 dans la troisième manche, il l'emporte 7-5. Mais Nadal le punit dans un quatrième set à sens unique. C'est son 6e Roland-Garros, comme Borg 30 ans plus tôt.

Le moment clé : Cette balle de premier set en faveur de Federer à 5-2, sur le service de Nadal. Dominateur à l'échange, le Suisse croit conclure d'un petit revers joué très court mais son amortie s'échappe dans le couloir pour une poignée de centimètres. Rien ne dit que Federer aurait gagné avec le premier set en poche. Reste que si cette condition n'était pas forcément suffisante, elle constituait un indispensable préalable.

La stat : Rafael Nadal est le 10e joueur à atteindre un palmarès à deux chiffres en Grand Chelem. Grâce à ce 6e titre à Paris, il décroche son 10e majeur, égalant Bill Tilden.

La phrase : "C'était la plus dure de mes finales. J'étais plus nerveux que d'habitude. Je suis heureux. J'ai de la chance, je remercie la vie."

2012 : Seul sur la planète terre

L'adversaire : Novak Djokovic. Serbie. 25 ans.

Le score : 6-4, 6-3, 2-6, 7-5

Le match : Rarement une finale aura pesé d'un tel poids historique. Djokovic joue pour le Grand Chelem sur deux ans et en carrière. Nadal, lui, peut devenir seul recordman des victoires à Roland-Garros. Disputé dans des conditions météo exécrables, la finale va être interrompue par la pluie et s'achèvera le lundi. Une première depuis 1973. Loin de leurs précédents duels en finale à Flushing et Melbourne, le match déçoit. Comme un symbole, c'est une double faute de Djokovic, trahi par son service tout au long du match, qui offre le record à Nadal...

Le moment clé : L'interruption le dimanche soir. Car la rencontre était peut-être en train de basculer. Après avoir mené deux sets à rien et 2-0, Nadal a perdu le fil. Quand les deux joueurs sont renvoyés pour de bon aux vestiaires, Djokovic est porté par une réelle dynamique : il a collé huit jeux d'affilée et mène 2-1 service à suivre dans le 4e set. Le lundi, il ne retrouvera jamais ce "momentum".

La stat : 7, évidemment. Ce 7e sacre parisien fait de Nadal le nouveau roi historique de Roland-Garros. Il a réussi l'impensable, dépasser Bjorn Borg. Et ce n'est pas fini...

La phrase : "Je ne sais pas si je suis le meilleur joueur de l'histoire de la terre battue. Je ne suis pas la bonne personne pour juger. Je suis juste fier de ce que j'ai accompli."

2013 : Sans pitié pour l'ami Ferrer

L'adversaire : David Ferrer. Espagne. 30 ans.

Le score : 6-3, 6-2, 6-3.

Le match : Jouée dans des conditions loin d'être optimales, sous un ciel menaçant et par moments un peu de bruine, cette finale n'a pas laissé un souvenir impérissable. La sécheresse du score ne rend toutefois pas justice à la résistance opposée par David Ferrer, qui aura breaké une fois dans chaque set. La seconde manche a ainsi duré une heure pour huit jeux. Mais Nadal, souvent menacé sur son service, aura remporté pratiquement tous les points qui comptaient vraiment. Sa vraie finale, il l'avait jouée, et gagnée, deux jours plus tôt face à Djokovic.

Le moment clé : Le deuxième break de Nadal dans le premier set, alors que Ferrer venait juste d'effacer le premier. En remettant tout de suite la tête de son compatriote sous l'eau, Rafa avait envoyé un message fort : "tu peux résister, ça ne suffira pas."

La stat : 25%. Le pourcentage de points gagnés par Ferrer derrière sa seconde balle. Son adversaire l'a martyrisé en retour.

La phrase : "Celle-là, elle est très spéciale. Il a cinq mois, quand j'étais blessé au genou, personne dans mon staff n'osait imaginer une victoire à Roland-Garros. Mais nous sommes là aujourd'hui et c'est fantastique."

2014 : La der... avant la prochaine ?

L'adversaire : Novak Djokovic. Serbie. 27 ans.

Le score : 3-6, 7-5, 6-2, 6-4.

Le match : Novak Djokovic "tient" Rafael Nadal à cette époque. Il a remporté leurs quatre derniers duels. Alors, quand le Serbe enlève le premier set, on se dit que l'heure du sacre est peut-être enfin venue pour Nole. Mais, qu'il ait été stressé par cette perspective ou écrasé par la chaleur qui règne ce jour-là, Djokovic va décliner au fil du match. Tout le contraire de Nadal qui, une fois revenu à une manche partout, ne relâchera plus l'étreinte. Malgré un dernier sursaut pour débreaker et recoller à 4-4 dans le quatrième, le Djoker rendra les armes deux jeux plus tard après 3h31 de match.

Le moment clé : La fin de la deuxième manche. L'instant où tout a basculé pour de bon. Nadal rate une première fois le coche en servant pour le set à 5-4 mais un nouveau break va lui permettre de conclure. Djokovic n'aura dès lors plus jamais l'ascendant.

La stat : 5. Rafa de Manacor décroche son 9e titre à Paris mais aussi le 5e consécutif. Un quintuplé inédit puisque lui comme Borg s'étaient arrêtés à quatre victoires de rang. C'était aussi son 14e titre du Grand Chelem et le dernier... pour le moment.

La phrase : "Battre Novak, c'est un challenge redoutable. A chaque fois, je ne dois pas seulement jouer à mon maximum, je dois dépasser mes limites."

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