Il ne faut pas trop chercher Tomas Berdych. Pas plus en conférence de presse qu'en dehors. Lorsqu'un journaliste a eu le malheur de lui demande si les Tchèques avaient un secret pour causer de grosses surprises en Grand Chelem, en référence à sa victoire contre Roger Federer mercredi soir et à celle de Lukas Rosol face à Rafael Nadal à Wimbledon, le grand blond a vu rouge. "J'espère que vous n'êtes pas en train de me comparer à Rosol, parce que nos situations n'ont pas grand chose à voir", a-t-il d'abord répondu, avant d'ajouter, sortant de son cas particulier: "Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Puis ça pose un problème que l'on vienne de République tchèque et que l'on batte des grands joueurs? Non? Très bien." Le ton est posé, presque linéaire, mais les paroles sont froides, cinglantes et tranchantes. Finalement, Berdych, quand il parle, ressemble à Berdych quand il joue.
Mais Berdych a raison. On peut considérer sa victoire contre Federer comme un évènement, voire une surprise, mais il n'y a pas de quoi tomber de l'armoire. Le numéro 7 mondial est capable de battre n'importe qui sur n'importe quelle surface. Il avait d'ailleurs déjà battu Roger Federer à Wimbledon, il y a deux ans. En quarts de finale, déjà. Mais en dominant à nouveau le Suisse mercredi, il a transformé l'exploit en performance. C'est peut-être plus fort encore. Depuis le premier titre en Grand Chelem de Federer en 2003, seuls Nadal et Djokovic avaient réussi à le battre plus d'une fois dans les quatre tournois majeurs du circuit. Berdych rejoint donc un cercle très fermé. Il n'en est pas peu fier. "Ce match, dit-il, c'est ce que j'ai fait de mieux dans ma carrière je pense. Battre Federer ici, pour ma première en session de nuit alors qu'il n'avait jamais perdu dans ces conditions... On ne peut pas faire mieux que ça."
Positive attitude
Le fait d'avoir déjà épinglé le recordman des victoires en Grand Chelem à Wimbledon l'a forcément aidé à l'heure d'aborder ce quart de finale. Globalement, de toute façon, Berdych aime bien jouer Federer. Il sait aussi que l'inverse n'est pas forcément vrai. "On doit encore être à 11-5 pour lui ou quelque chose comme ça dans nos confrontations, alors je ne peux pas dire que je suis sa bête noire. Mais, même quand il joue bien, je sais que je peux l'embêter. Il y a quelque chose dans mon jeu qu'il n'aime pas", estime-t-il. Puis il précise sa pensée. "Il y a peut-être quelque chose dans mon jeu qui déstabilise un peu Roger et qui le sort de sa zone de confort. Il aime être celui qui dicte le point. C'est en essayant de jouer ce rôle à sa place que j'ai eu du succès contre lui ces derniers temps."
Le Tchèque était en tout cas le plus fort mercredi soir. Le plus constant, aussi. Surtout, il a toujours su garder la tête froide. Après avoir mené deux sets à rien et compté un break d'avance, il aurait pu douter lorsque Federer s'est réveillé pour aligner deux breaks et revenir à deux sets à un. Mais il est resté calme. "Mentalement, j'étais prêt à ce genre de choses, assure-t-il. Je ne m'attendais pas à gagner en trois petits sets contre Roger. Ce n'est pas possible. Je savais qu'à un moment donné, il allait se mettre à mieux jouer, je savais aussi que le public serait derrière lui. Mais quand il a gagné le troisième, j'ai pensé qu'il avait encore besoin de deux sets, et moi d'un seul. J'étais toujours dans la meilleure position." Une positive attitude qui lui a permis d'éviter que le match ne bascule définitivement en faveur du Suisse. Berdych a constamment gardé le contrôle.
Après une telle performance, peut-il maintenant garder le cap jusqu'au bout? Des grands matches en Grand Chelem, Berdych en a livré quelques-uns. Mais s'il veut gagner son premier titre majeur, le Tchèque va devoir enchainer, à commencer par sa demi-finale face à Andy Murray. On ne peut pas dire qu'il manque de confiance avant d'aborder la suite des évènements. Quand on lui demande s'il pense que Murray a changé depuis son titre olympique, il sourit: "on verra ça après notre match". Berdych se sent pousser des ailes. Mais après tout, il n'a pas tort quand il estime "pouvoir battre n'importe qui". "C'est la même chose que contre Roger. Si je parviens à jouer mon jeu, je pense que je peux être dangereux contre n'importe quel joueur." Murray a-t-il vraiment gagné au change en héritant de Berdych plutôt que de Federer?
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AFP
























