Dés que ça nous semble nécessaire, un classement très subjectif de sportifs, d'événements et des sucreries qui nous régalent dans l'actu sportive.
Flushing Story: Djokovic-Nadal, la baston du siècle
Jusqu'à la fin de cette édition 2012, nous vous proposons de revenir sur 30 matches qui ont particulièrement marqué l'histoire de Flushing. Par leur qualité pure, par leur suspense, leur émotion ou encore leur aspect évènementiel. Parfois même, pour les plus fameux, tout cela à la fois. Nous étions partis sur un Top 10, mais il restait trop d'histoires à raconter pour ne pas étoffer la liste. Même à 30, elle reste frustrante car incomplète. Bien d'autres auraient mérité d'y figurer.
Au hasard, comme ça, voici quelques matches que vous ne trouverez pas dans notre classement et sur lesquels nous aurions voulu revenir. Des finales, chez les hommes notamment, comme le Lendl-Connors de 1982, ou le Sampras-Agassi de 1995. En parlant de Sampras et Lendl, la victoire du premier sur le second en quart de finale en 1990 avait marqué le tournant d'une époque au croisement de deux générations.
Idem chez les dames. Les deux victoires de Tracy Austin manquent ici (un scandale). Et que dire de la finale Navratilova-Mandlikova de 1986? Et tant d'autres. Bref, bien plus d'absents que de présents. Nous espérons néanmoins que, à travers ces 30 matches qui ont tous laissé une empreinte pour des raisons diverses, vous découvrirez ou revivrez quelques sacrées pages de l'histoire récente du tennis. Welcome to Flushing !
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4. NOVAK DJOKOVIC - RAFAEL NADAL
Année: 2011
Tour: Finale
Vainqueur: Djokovic
Score: 6-2, 6-4, 6-7, 6-1
Il n'était pas pensable pour moi de ne pas placer cette rencontre dans ce classement. Comme pour les autres, se posait la question de la place. Surtout, de sa hiérarchisation par rapport aux autres finales. Il y en a eu 68 à Flushing Meadows. 34 chez les hommes, 34 chez les femmes. Je me suis donc posé la question: ce Djokovic-Nadal, est-ce la finale des finales disputées à Flushing? Pour nous cantonner au seul tableau masculin, il y en a eu des plus longues, comme celle de 1988 entre Wilander et Lendl, il y en a eu des plus émouvantes, du Federer-Agassi et 2005 au Sampras-Agassi de 2002. Des plus tendues aussi, celles entre Lendl et Connors par exemple. Des plus belles, aussi, tout simplement. Dans tous ces domaines, la finale 2011 n'arrive pas en première position.
Alors, pourquoi elle? Parce qu'elle est unique. Je n'avais jamais vu une finale comme ça. Une telle baston, un tel combat, avec une telle vitesse de jeu et une série de points hallucinants. Si l'on établissait un Top 10 des plus beaux points des 34 finales masculines de Flushing, il y en aurait près de la moitié issus du match entre Djokovic et Nadal. Alors, certes, ce n'est pas du tennis pour puristes. Il y a quelque chose qui relève du pugilat tennistique. Le court Arthur-Ashe a pris des allures de ring, les raquettes de gants de boxe. Les coups droit sont des directs, les revers des crochets, les passings des uppercuts. Il y a quelque chose de sauvage, de violent, dans la densité physique déployée par les deux champions pendant trois sets. Trois, car le quatrième, vite expédiée, a fait office de K.O. final pour Rafael Nadal. L'Espagnol s'est battu jusqu'à l'épuisement, jusqu'à la limite. Avant de tomber.
Pour ma part, cette finale, je l'ai reçue comme une claque. Une bonne claque. De celles qui transmettent leur énergie, qui réveillent, qui secouent. Ce n'est pas un chef d'œuvre classique. Plus proche de Tarantino que de la Nouvelle Vague. C'est ni mieux ni moins bien. Juste différent. Et nouveau, terriblement nouveau. Même la rivalité Nadal-Federer n'avait pas offert un match de ce genre. Même la finale de l'Open d'Australie, quatre mois plus tard, toujours entre Djoko et Rafa, n'a pas atteint de degré d'intensité. Elle était plus longue, plus dramatique. Mais les deux joueurs, j'en suis convaincu, étaient plus forts à New York qu'à Melbourne. Le jeu s'en est ressenti. Il me parait difficile de ne pas être happé par le rythme insensé de ce match. Pas besoin d'être fan de Djokovic ni d'être un inconditionnel de Nadal. Il n'y a qu'à regarder. Et profiter. Ce troisième jeu du deuxième set, par exemple, long de 17 minutes. Cette fin de troisième manche, exceptionnelle. C'est évidemment le match le plus récent de cette rétrospective. Inutile, donc, de vous le raconter. Vous l'avez tous vu.
Je pense que jamais Novak Djokovic n'a évolué à un tel niveau. Mais je ne sais pas ce qui m'a rendu le plus admiratif au cours de cette finale: la performance du Serbe, une des plus éblouissantes de l'histoire moderne en finale de Grand Chelem, ou la formidable abnégation de Nadal. L'Espagnol était nettement en-dessous de son rival. Je ne crois pas, d'ailleurs, qu'il ait jamais été dominé à ce point dans une finale majeure. On l'a souvent senti totalement impuissant, et c'est rare chez lui. Mais je suis convaincu d'une chose: n'importe qui d'autre aurait pris une monumentale raclée ce soir-là. Pas lui. "Mentalement, j'ai produit un effort extraordinaire. J'étais prêt pour ça, être à 200% sur chaque point, sur chaque frappe. Et c'est ce que j'ai fait", a résumé après coup le Majorquin. Il a été fantastique. Mais Djokovic a joué le tennis de sa vie. Je ne suis pas sûr qu'il retrouve un jour un tel état de grâce. Mais il l'aura au moins connu une fois. Pour son bonheur. Et notre plaisir. Pour lui, cette victoire, c'est la cerise sur son gros gâteau. Une saison incroyable, avec six mois d'invincibilité et un petit chelem, de Melbourne à New York en passant par Wimbledon. 2011 était l'année Djokovic et cette finale en fut le plus éclatant symbole.
Cette victoire face à Nadal était sa 64e de la saison, en 66 matches. C'est dire. Son sacre, c'est celui de la confiance absolue. Celle qui change absolument tout. Le vainqueur et le finaliste diront d'ailleurs exactement la même chose à ce sujet après la finale. "Je ne pense pas avoir changé grand chose dans mon jeu, mais j'ai une sorte de certitude qui m'habitude, expliquera Djokovic. Je crois qu'à ce niveau, celui qui gagne est celui qui a un peu plus confiance en ses frappes que l'autre." "Son coup droit ne fait pas plus mal qu'avant. Son revers ne fait pas plus mal qu'avant. Son service est le même, lui répondra Nadal en écho. Mais il a ce supplément de confiance pour frapper une balle de plus, et encore une balle de plus, jusqu'à ce que vous perdiez le point." Et ça, ça ne se travaille pas. Ça s'acquiert. La victoire et la confiance ne prêtent qu'aux riches, c'est-à-dire à ceux qui l'ont déjà. Les autres doivent la conquérir par eux-mêmes.
Maintenant, je vous laisse profiter à travers ces quelques points tirés de cette finale coup de poing. Cinq minutes de pure adrénaline.
Laurent VERGNE
Twitter: @LaurentVergne























