Dés que ça nous semble nécessaire, un classement très subjectif de sportifs, d'événements et des sucreries qui nous régalent dans l'actu sportive.
Flushing story, le Top 30 (2)
Jusqu'à la fin de cette édition 2012, nous vous proposons de revenir sur 30 matches qui ont particulièrement marqué l'histoire de Flushing. Par leur qualité pure, par leur suspense, leur émotion ou encore leur aspect évènementiel. Parfois même, pour les plus fameux, tout cela à la fois. Nous étions partis sur un Top 10, mais il restait trop d'histoires à raconter pour ne pas étoffer la liste. Même à 30, elle reste frustrante car incomplète. Bien d'autres auraient mérité d'y figurer.
Au hasard, comme ça, voici quelques matches que vous ne trouverez pas dans notre classement et sur lesquels nous aurions voulu revenir. Des finales, chez les hommes notamment, comme le Lendl-Connors de 1982, ou le Sampras-Agassi de 1995. En parlant de Sampras et Lendl, la victoire du premier sur le second en quart de finale en 1990 avait marqué le tournant d'une époque au croisement de deux générations.
Idem chez les dames. Les deux victoires de Tracy Austin manquent ici (un scandale). Et que dire de la finale Navratilova-Mandlikova de 1986? Et tant d'autres. Bref, bien plus d'absents que de présents. Nous espérons néanmoins que, à travers ces 30 matches qui ont tous laissé une empreinte pour des raisons diverses, vous découvrirez ou revivrez quelques sacrées pages de l'histoire récente du tennis. Welcome to Flushing !
Suite de notre classement des 30 matches les plus marquants joués à Flushing Meadows avec les rencontres classées de la 20e à la 16e place.
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16. PETE SAMPRAS - ANDRE AGASSI
Année: 2002
Tour: Finale
Vainqueur: Sampras
Score: 6-3, 6-4, 5-7, 6-4
C'est le genre de sortie dont n'importe quel joueur rêve. Pete Sampras a joué le dernier match de sa fabuleuse carrière en finale de l'US Open, face à son seul véritable rival, Andre Agassi. Son alter ego. Ce match, Sampras l'a gagné. Gagner une finale de Grand Chelem pour son dernier match, c'est si exceptionnel que personne d'autre ne l'a fait à part Sampras au cours des 50 dernières années. L'accomplissement est d'autant plus formidable que, pour tout dire, il était quelque peu inattendu. Sampras avait échoué en finale les deux années précédentes, face à deux jeunes loups, Marat Safin d'abord en 2000, puis Lleyton Hewitt l'année suivante. Deux défaites sèches, en trois sets. Ça sentait le déclin. Mais celui-ci a pris un tour beaucoup plus brutal à Wimbledon, à l'été 2002. Sampras, le maitre des lieux avec ses sept couronnes anglaises, a chuté dès le deuxième tour contre le très modeste George Bastl. Ce jour-là, il n'y a plus grand monde pour croire que Sampras remportera un jour un nouveau titre majeur. Mais à 31 ans, Pistol Pete a encore un dernier tour de magicien dans son sac. A Flushing, l'Américain lance vraiment son tournoi au troisième tour, en battant Greg Rusedski en cinq sets.
Après sa défaite, ce dernier livre une fine analyse. "Sampras est un grand joueur qui appartient au passé. Je serai surpris qu'il gagne son prochain match", assène-t-il, évoquant la lenteur de son vainqueur. "Contre lui, je n'ai pas vraiment besoin d'être plus rapide que ça", rétorque Sampras, lequel, en réalité, va non seulement gagner son prochain match, puis celui d'après et encore celui d'après pour retrouver son meilleur ami, qui est son meilleur ennemi, Andre Agassi. Merveilleusement complémentaires, les deux grands champions de la décennie passée vont livrer un dernier combat de titans. Il n'égalera pas le grandiose spectacle de leur quart de finale, au même endroit, un an plus tôt, en quart de finale. Mais le résultat sera le même. Sampras vole pendant les deux premiers sets (6-3, 6-4). Mais Agassi s'accroche et pousse son rival à la faute en fin de troisième set en hissant la qualité de ses retours. Le break dans le douzième jeu lui offre la troisième manche. L'espoir renait chez lui. Physiquement, on se dit alors que le temps joue contre Sampras. S'il doit y avoir un cinquième set, il ne sera pas à l'avantage de Pete. Sous pression sur son service, Sampras tient bon. Puis il porte l'estocade, avec un froid réalisme, pour breaker à 4-4, avant de conclure dans la foulée. "Pete a l'art de jouer un peu mieux les points importants que tous les autres. Il a toujours été comme ça", souligne Agassi. Pour Sampras, c'est "la cerise sur le gâteau". Le rideau se baisse alors sur la carrière d'un des plus grands champions de l'histoire de ce sport. Sur un ultime récital.
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17. CEDRIC PIOLINE – GUSTAVO KUERTEN
Année: 1999
Tour: Quart de finale
Vainqueur: Pioline
Score: 4-6, 7-6, 7-6, 7-6
Cédric Pioline fut impliqué dans quelques-unes des plus grandes batailles des années 90. Son quart de finale face à Becker à Wimbledon en 1995, ou son duel épique en finale de la Coupe Davis, contre Thomas Enqvist, fin 1996, restent des sommets du genre. Ces combats de titans, Pioline les a longtemps perdus. L'inoubliable rencontre qu'il livra le 9 septembre 1999 face à Gustavo Kuerten à l'US Open n'en est que plus marquante. Ce jour-là, c'est sous une chaleur accablante que les deux hommes pénètrent sur un court Arthur-Ashe aux deux tiers vides. Dommage, car les absents auront tort. Plus que jamais. Pendant un set et demi, Kuerten règne en maître sur le terrain. Régulier, le Brésilien, vainqueur à Roland-Garros deux ans plus tôt, s'appuie sur une première balle remarquable. En face, c'est le Pioline des mauvais jours. Lent, emprunté, il se retrouve mené 6-4, 4-1 après un peu plus d'une heure de jeu. A cet instant, rien n'indique que le match, sans rythme ni intensité, va rester dans les annales du tournoi. Mais il suffit parfois d'un rien pour que l'anodin bascule dans l'exceptionnel.
Profitant d'une baisse de régime de Guga au service, Pioline a recollé à quatre partout. Le Parisien et le Brésilien filent ensuite vers une invraisemblable série de jeux décisifs. Pioline, qui excelle dans cet exercice, gère mieux les deux ou trois points clés pour attacher la décision (8-6) et égaliser à une manche partout. Dès lors, il n'y aura presque plus que des coups gagnants jusqu'à la fin du match. Pioline efface un break en début de troisième set puis fait la course en tête. Trois quarts d'heure plus tard débute le deuxième tie-break du match. Du pur bonheur. Un moment d'anthologie. 30 points et 23 minutes de grand spectacle. Au total, l'élève de Pierre Cherret sauve six balles de set, avant de concrétiser à sa quatrième tentative, sur le 23e coup gagnant de ce tie-break.
Un seul point suffit à figer ce moment de folie. A 9-9, Kuerten prend l'échange à son compte. Chacune de ses frappes de mule devrait faire la décision, mais Pioline ramène tout. Finalement, après une vingtaine de coups de part et d'autre du filet, le Français s'arrache une dernière fois pour sortir un impossible passing de coup droit en long de ligne, tout en s'effondrant. Allongé par terre sur le dos, les bras en croix, Cédric hurle dans un mélange de joie, de douleur et de rage. C'est l'image de sa carrière. Le point de sa vie. Kuerten est sidéré. Et sidérant. Le Brésilien, sans réfléchir, lâche sa raquette et se dirige vers son adversaire. Pioline, qui s'est relevé, ne l'a pas vu venir. Abasourdi, il ne comprend pas pourquoi Kuerten vient lui serrer la main. Croyant un instant à l'abandon de Guga, il réalise à peine que ce dernier est simplement venu le féliciter. "C'était un point fabuleux. Le plus beau du match. C'était fantastique. J'ai joué ce point à la perfection et pourtant je l'ai perdu, car Cédric l'a joué encore mieux que moi. Je devais le saluer", expliquera plus tard Kuerten, ahurissant de fair-play.
L'image fera date. Il est vrai qu'elle est tout sauf banale. Mais ce match ne l'est plus, depuis longtemps. Après un nombre incalculable de retournements de situations, le numéro un français conclut sur une ultime volée (16-14). Le quatrième set sera tout aussi somptueux. Epuisé, Pioline a l'intelligence et la lucidité de se ruer au filet à la moindre occasion pour abréger l'échange. Presque toujours à bon escient. Sur plus de 80 montées, il terminera la partie avec un pourcentage de réussite exceptionnel (79%). Pour John McEnroe, consultant pour la télévision américaine, "Pioline a réussi une des plus grandes démonstrations de l'histoire du tennis au filet". Peut-il exister plus beau compliment? A la nuit tombante, quatre heures après avoir débuté, le combat s'achève sur un dernier tie-break, tout aussi intense que le précédent. Tout juste un peu moins long (18 points). Le vainqueur boucle la rencontre avec 79 points gagnants, contre 61 à sa victime. 140 coups gagnants à eux deux. Et l'envie de leur dire merci, à tous les deux.
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18. STEFAN EDBERG - MICHAEL CHANG
Année: 1992
Tour: Demi-finale
Vainqueur: Edberg
Score: 6-7, 7-5, 7-6, 5-7, 6-4
Stefan Edberg a longtemps entretenu une relation conflictuelle avec l'US Open. A la fin des années 80, il avait d'ailleurs déjà gagné en Australie et à Wimbledon et même atteint la finale à Roland-Garros. Mais à Flushing, il y a toujours quelque chose qui coinçait. Jusqu'à la débâcle, en 1990. Auréolé de sa victoire à Wimbledon et de son nouveau statut de numéro un mondial, le Suédois était tombé de très haut en s'inclinant dès le premier tour contre Alexandr Volkov. Edberg avait fini par croire qu'il n'y arriverait jamais. Puis New York est devenu son jardin. Un double magistral, en 1991 et 1992, avec deux victoires en finale face à Jim Courier puis Pete Sampras. Incontestablement, le deuxième sacre du Scandinave reste le plus épique. En 91, il était archidominateur. En 92, il doit se bagarrer, s'arracher. Ce parfum d'épopée, Edberg le façonne en remportant trois matches de suite en cinq sets en ayant été mené d'un break dans le cinquième. Un triptyque dantesque face à Richard Krajicek en huitièmes, Ivan Lendl en quarts et Michael Chang en demies. Si le match face à Lendl reste le plus beau et le plus intenses des trois, j'ai choisi de m'arrêter sur celui contre Chang.
Parce qu'il y avait la répétition des efforts, d'autant que le match contre Lendl s'était déroulé sur deux jours à cause de la pluie. Edberg était déjà bien entamé. Ensuite parce qu'il s'agit d'une vraie revanche pour le Suédois, face à l'homme qui l'avait meurtri en le battant en finale de Roland-Garros trois ans plus tôt. En cinq sets, déjà. Surtout, ce match, à sa façon, a marqué l'histoire. Il est le plus long jamais joué à l'US Open: 5h26. Alors, pourquoi n'est-il pas plus haut? Parce que, tennistiquement, ce fut un match assez médiocre. Franchement, si je voulais faire découvrir le tennis à quelqu'un, et surtout lui faire aimer, je ne choisirais pas ce match. Edberg, notamment, commet pas moins de 18 doubles fautes, dont huit dans le seul premier set. Bref, l'exemple typique de la rencontre qui vaut par sa force émotionnelle et son suspense que par son esthétisme. Mais tous les sets sont accrochés. Même quand Edberg mène 4-0 dans le deuxième, Chang parvient à revenir, avant de finalement s'incliner 7-5. Reste que cette partie symbolise parfaitement le tournoi d'Edberg, jamais vraiment à son aise, mais capable de surmonter ses propres manques et ses propres frustrations par un mental exceptionnel. "Je crois que je n'ai jamais été aussi fier de moi", dira-t-il après ce triple marathon. Un beau match cet Edberg-Chang? Sûrement pas. Mais voir Edberg l'élégant se muer en guerrier, c'était peut-être plus beau encore.
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19. JUAN MARTIN DEL POTRO – ROGER FEDERER
Année: 2009
Tour: Finale
Vainqueur: Del Potro
Score: 3-6, 7-6, 4-6, 7-6, 6-2
La première finale masculine de ce classement. Une belle finale, accrochée et intense, de plus de quatre heures. Les deux hommes prennent l'ascendant à tour de rôle et Federer passe même à deux points du match dans le quatrième set, avant que Del Potro n'arrache cette manche au quatrième set pour s'envoler irrésistiblement au cinquième. Mais si le Suisse est passé tout près d'un sixième sacre, la victoire de la Tour de Tandil apparait logique. Federer n'a pas assez bien servi (11 doubles fautes et moins de 50% de premières balles sur des séquences de quatre ou cinq jeux de services consécutifs à plusieurs reprises). Del Potro l'a saoulé de coups avec sa puissance dévastatrice du fond du court. Federer a eu beau aller chercher son salut au filet, il a fini par céder. Logiquement.
Quelques mois plus tôt, l'Argentin était déjà passé tout près de l'exploit face au Suisse à Roland-Garros, en demi-finale. Ce dernier s'en était sorti à l'expérience, en cinq sets. Comme il l'expliquera, ce vécu douloureux a servi Del Potro lors de cette finale à Flushing. Ce match est historique à bien des égards. D'abord parce que, de façon assez anecdotique, Del Potro devient le plus grand joueur de l'histoire du tennis à gagner un Grand Chelem du haut de ses 198 centimètres. C'est aussi la seule finale de l'US Open en cinq sets au XXIe siècle. Surtout, Del Potro met un terme au règne de Federer, qui était quintuple tenant du titre à New York. C'est dire l'ampleur de l'exploit de JMDP. Trois ans après, sa victoire a encore pris de l'épaisseur puisqu'il reste le seul, depuis l'Open d'Australie 2005, à avoir gagné un Grand Chelem en dehors de l'hégémonique trio Federer-Nadal-Djokovic.
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20. MARTINA NAVRATILOVA - STEFFI GRAF
Année: 1991
Tour: Demi-finale
Vainqueur: Navratilova
Score: 7-6, 6-7, 6-4
Malgré leur grande différence d'âge (13 ans), Martina Navratilova et Steffi Graf ont offert au tennis féminin une rivalité marquante, avec neuf duels en Grand Chelem: six en finale et trois en demi-finales. Dans ce cadre prestigieux, c'est à Flushing que tout a débuté et que tout s'est achevé. Le premier Graf-Navratilova en Grand Chelem s'est tenu à New York, en 1985. Une demi-finale, une victoire de Navratilova. Le dernier, six ans plus tard, a également eu lieu à Flushing. Toujours en demie. Avec, une fois encore, une victoire de l'Américaine. Martina a alors 34 ans. Elle cherche à démonter qu'elle peut encore rivaliser avec la nouvelle génération. Graf, elle aussi, à des choses à prouver. Monica Seles la menace clairement et son pouvoir hégémonique se lézarde. Même si Graf vient de s'imposer à Wimbledon, c'était là son premier titre du Grand Chelem depuis un an et demi. Une disette inédite pour l'Allemande depuis son premier sacre, à Roland-Garros, en 1987. Mais quand elles sont l'une face à l'autre, les deux championnes sortent le meilleur d'elles-mêmes. C'est le cas au cours de cette demi-finale, merveille de combat tactique, physique et technique. Si elle s'impose, Graf décrochera la 500e victoire de sa carrière, à seulement 22 ans.
Mais Navratilova ne va cesser de l'agresser avec son jeu de service-volée. "Le plan de jeu, c'était de ne pas la (Graf) laisser respirer une seule seconde, quoi qu'il arrive, et c'est ce que Martina a fait", savourera après le match le coach de mamy Martina, Craig Kardon. Quel contraste saisissant avec Graf, qui réussit une seule volée gagnante de tout le match... sur le point qui lui permettra d'égaliser à une manche partout lors du 14e point du tie-break. C'est déjà au tie-break que Navratilova avait empoché le premier set. Dans l'ultime manche, Navratilova s'envole 3-0, avec un double break d'avance. Graf s'accroche, breake par deux fois elle aussi, mais finit par céder, 6-4. Cet US Open 91, c'est celui de la revanche des vieux Yankees. Connors chez les hommes, Navratilova chez les femmes. Deux immenses champions déterminés à ne pas laisser complètement le champ libre à la jeune génération américaine, celle des Sampras, Agassi ou Capriati. "Vous nous avez enterrés tellement de fois", sourit Martina en conférence de presse. Elle s'inclinera en finale face à Monica Seles, mais quelques années plus tard, elle avouera que sa victoire contre Steffi Graf reste un de ses meilleurs souvenirs.
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