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Flushing story, le Top 30 (4)
03/09/2012 - 00:54

Flushing story, le Top 30 (4)

Jusqu'à la fin de cette édition 2012, nous vous proposons de revenir sur 30 matches qui ont particulièrement marqué l'histoire de Flushing. Par leur qualité pure, par leur suspense, leur émotion ou encore leur aspect évènementiel. Parfois même, pour les plus fameux, tout cela à la fois. Nous étions partis sur un Top 10, mais il restait trop d'histoires à raconter pour ne pas étoffer la liste. Même à 30, elle reste frustrante car incomplète. Bien d'autres auraient mérité d'y figurer.

Au hasard, comme ça, voici quelques matches que vous ne trouverez pas dans notre classement et sur lesquels nous aurions voulu revenir. Des finales, chez les hommes notamment, comme le Lendl-Connors de 1982, ou le Sampras-Agassi de 1995. En parlant de Sampras et Lendl, la victoire du premier sur le second en quart de finale en 1990 avait marqué le tournant d'une époque au croisement de deux générations.

Idem chez les dames. Les deux victoires de Tracy Austin manquent ici (un scandale). Et que dire de la finale Navratilova-Mandlikova de 1986? Et tant d'autres. Bref, bien plus d'absents que de présents. Nous espérons néanmoins que, à travers ces 30 matches qui ont tous laissé une empreinte pour des raisons diverses, vous découvrirez ou revivrez quelques sacrées pages de l'histoire récente du tennis. Welcome to Flushing !

Suite de notre classement des 30 matches les plus marquants joués à Flushing Meadows avec, lundi, les rencontres classées de la 10e à la 8e place.

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8. JUSTINE HENIN – JENNIFER CAPRIATI
Année: 2003
Tour: Demi-finales
Vainqueur: Hénin
Score: 4-6, 7-5, 7-6


Belgique, capitale New York. Voilà ce que titrait USA Today le 9 septembre 2003 après la nuit triomphale du tennis belge. Kim Clijsters et Justine Hénin venaient de battre Lindsay Davenport et Jennifer Capriati en demi-finales. Belgique 2, Etats-Unis 0. Mais de ces deux matches, c'est incontestablement celui d'Hénin qui a laissé le souvenir le plus fort. En termes de qualité tennistique pure, je ne suis pas sûr d'avoir vu mieux de toute ma vie dans le tennis féminin que ce duel entre Hénin et Capriati. Des échanges absolument hallucinants d'un bout à l'autre de la partie, une vitesse de jeu sidérante, un rythme et une intensité uniques. Et, pour ne rien gâter, un suspense total, des rebondissements dans tous les sens et une ambiance typiquement Flushing version night session, offrant une montagne-russe émotionnelle. Ce match, c'est donc un monument. Il n'a pas le glamour des confrontations entre les sœurs Williams, ni la puissance évocatrice de la rivalité unique entre Navratilova et Evert, mais c'est un immense match de tennis. Le lendemain, en plaisantant, John McEnroe avait dit "les highlights (meilleurs moments) de ce match durent environ trois heures". Sachant que cette demi-finale a duré au total trois heures et trois minutes, vous voyez l'idée.

Ce Hénin-Capriati, qui sera désigné match de la décennie par la WTA quelques années plus tard, peut donc se voir et se revoir sans modération. Pour Jennifer Capriati en revanche, pas sûr qu'il soit regardable. C'est sans doute le souvenir le plus douloureux de sa carrière. Prendre part à un moment de légende c'est bien, sauf quand vous êtes du mauvais côté. Invité il y a quelques années à évoquer ses souvenirs du "Super Saturday de 1984" (nous allons y revenir très bientôt…), considéré comme la plus extraordinaire journée de l'histoire du tennis (deux demi-finales hommes en cinq sets et une finale dames Navratilova-Evert d'anthologie), Jimmy Connors, battu par John McEnroe, avait eu cette phrase: "je m'en fous du Super Saturday. J'ai perdu, moi. Alors, c'était peut-être un super moment pour tout le monde, mais pas vraiment pour moi". Capriati doit penser à peu près la même chose de son match contre Hénin. Elle doit se demander, aussi, comment elle a pu le perdre après avoir été si souvent été en position de gagner. Et ce n'est rien de le dire.

Si elle n'a pas obtenu de balle de match au cours de cette folle soirée, Capriati s'est retrouvée… 11 fois à deux points de la victoire. 11 fois. Cette seule statistique suffit à mesurer le cran de Justine Hénin. Bousculée, martyrisée par les frappes de mule de l'Américaine, elle n'a jamais baissé la garde. Même quand elle a été dos au mur. Surtout quand elle l'a été. Comme quand Capriati a mené d'un set et un break. A 6-4, 5-3 en sa faveur, Super Jenny tient le match pour de bon. Si elle conclut sur son service, aucune chance que ce match reste dans les annales. Sauf les siennes. Mais Hénin est gigantesque. A 30-30, elle sort d'abord une demi-volée de coup droit miraculeuse. Puis, sur sa balle de débreak, son contre-lob de défense en revers laisse Capriati incrédule. Pour l'Américaine, c'est le trou noir. Elle perd cinq jeux de suite, dont son service à trois reprises. Quand elle repend ses esprits, Hénin mène 1-0 service à suivre dans le troisième set. Mais la bataille ne fait que commencer. Le match, particulièrement intense, a débuté depuis plus de deux heures. Hénin est titillée par les crampes. Capriati, elle, est un roc. Elle reprend le dessus et aligne à son tour trois jeux pour mener 3-1 avec, au passage, un fabuleux passing de coup droit en bout de course qui fait se lever le central tout entier. Puis elle mène 5-2. Elle pense à nouveau tenir le bon bout. Mais une fois encore, Hénin va revenir puis tenir sous la pression à 6-5 pour Capriati. La 11e et dernière fois que la Floridienne sera à deux points de la finale. Dans le tie-break, elle n'y est plus, multipliant les fautes. Sur quoi s'est joué ce match? Des détails, bien sûr. Mais avant tout la confiance. Hénin avait joué 14 rencontres en trois sets en 2003 avant cette demi-finale. Elle en avait gagné 14. Le ratio de Capriati sur cette même période? 8-12.

Jennifer Capriati se retrouve donc dans ce classement à deux reprises, à deux moments distincts de sa carrière. A ses débuts, quand elle n'avait que 15 ans. Puis, douze ans plus tard, après son retour triomphal. Ce sont peut-être les deux plus grands matches, en qualité pure, de l'histoire de Flushing en matière de tennis féminin. Mais ces deux demi-finales, l'une face à Seles, l'autre contre Hénin, Capriati les a perdues. "Quand je suis sortie du court, racontera-t-elle, j'avais l'impression que le monde venait de me tomber dessus. J'avais le cœur en morceaux." Elle ne disputera jamais la finale de son US Open, ajoutant même à sa triste collection une troisième défaite épique en demie, en 2004, contre Dementieva. A nous, comme à elle, il reste les images. Nous pour nous régaler, encore et encore. Elle pour ressasser ses regrets éternels.



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9. STEFFI GRAF - MONICA SELES
Année: 1995
Tour: Finale
Vainqueur: Graf
Score: 7-6, 0-6, 6-3


Il y a des matches de légende qui viennent de loin. Et qui vous transportent plus loin encore. Lorsque Steffi Graf et Monica Seles se retrouvent en finale de l'US Open en septembre 1995, c'est bien plus qu'un match de tennis qu'elles s'apprêtent à disputer. L'aspect sportif, du moins dans un premier temps, apparait presque dérisoire. Les deux jeunes femmes, deux des plus grandes championnes de l'histoire du tennis, sont toutes deux en passe de surmonter leurs propres traumatismes. C'est cela, leur principal défi et, d'une certaine manière, le principal enjeu de cette finale. Pour Seles, il s'agit d'une forme de miracle. Pendant 28 mois, entre avril 1993 et août 1995, elle est restée loin du circuit WTA. Sa carrière a basculé lorsque Gunther Parche vient lui planter un coup de couteau dans le dos pendant un changement de côté, lors du tournoi de Hambourg. Physiquement, la plaie est superficielle. Psychologiquement, c'est autre chose. Entre injustice, colère et incompréhension, la Yougoslave mettra plus de deux ans à reprendre le dessus.

Avant ce dramatique incident, rien ne lui résistait, pas même Steffi Graf. A 19 ans, Seles avait déjà remporté huit titres du Grand Chelem. Personne, hommes et femmes confondus, n'avait jamais réussi ça auparavant dans l'histoire du tennis. Et personne n'a fait mieux depuis. Il est impossible de réécrire l'histoire, mais elle était partie pour pulvériser tous les records. Parche lui a volé sa carrière, sa gloire et a changé le cours de son fabuleux destin. En son absence, Graf a repris le pouvoir et son irrésistible marche en avant. Mais pour l'Allemande, rien n'est simple non plus. Parche était un de ses admirateurs. C'est pour lui permettre de redevenir numéro un mondiale que cet illuminé est passé à l'acte. Terrible aveu, insupportable à assumer pour Steffi Graf qui n'a rien demandé à personne. Elle doit donc porter en elle, et malgré elle, une forme de responsabilité. Elle n'est évidemment pour rien dans tout ça, mais dans sa tête, difficile de ne pas se dire "si je gagne aussi facilement, c'est parce que Monica n'est plus là". Tous ses titres, en l'absence de Seles, sont enveloppés d'une ombre, celle de sa rivale.

Le retour de cette dernière, à l'été 1995, constitue donc la meilleure des nouvelles pour elle. Seles reprend la compétition un mois seulement avant le début de l'US Open. Dès sa rentrée, elle s'impose au Canada. La WTA la nomme co-numéro un mondiale avec Graf. Cet US Open, Seles en est inévitablement le personnage central. Stefan Edberg parle même de "Seles Open". C'est bien résumé. Chacun guette ses retrouvailles avec Graf. Les deux joueuses ne rateront pas leur rendez-vous. Le samedi 10 septembre 1995, l'affiche rêvée devient réalité. Sacrée Super Saturday, avec des demi-finales de rêve chez ces messieurs, Sampras, Agassi, Courier et Becker composant le dernier carré. Mais ce samedi, ce sont bien Graf et Seles qui donnent la fièvre à Flushing. Lorsque l'Allemande frappe sa première balle de service sur le tout premier point, elle met fin à deux années et demie de rupture du continuum espace-temps. Le temps reprend son cours. L'espace d'une soirée, Parche n'existe plus. Il n'y a plus que Steffi et Monica, comme avant ce maudit 30 avril 1993.

Parce qu'il ne peut en être autrement, la finale va tenir ses promesses. Graf n'a perdu qu'un seul match sur 41 au cours de l'année 1995. Seles, elle, n'a pas perdu un set en 11 matches depuis son retour. La première manche, magnifique, s'achève au tie-break. Sur une balle de set en sa faveur, Seles réussit un ace. Elle saute, serre les poings, file vers sa chaise. Graf, elle, n'a pas bougé. Et pour cause. Avec un temps de retard, la balle est finalement annoncée faute. Sur son second service, Seles se fait punir par un monstrueux retour de coup droit de Graf avant de commettre deux fautes directes en coup droit. La faute à l'arbitre? Non, à Gunther Parche. Encore et toujours. "Il y a deux ans et demi, racontera Seles après le match, j'aurais évacué tout de suite cet incident. Là, j'y ai pensé pendant les trois points suivants." Suffisant pour perdre le set. Mais pas pour sortir du match. Alors que Graf connait un gros coup  de moins bien, Monica lui inflige un 6-0 dans le  deuxième set. Mais l'Allemande, en immense championne, va survivre à cet affront. Un break dans le quatrième jeu du dernier set lui donne un ascendant décisif. Après 1h52 de combat, elle remporte le match le plus attendu de la décennie. Pour Graf, ce n'est pas rien.

Car elle aussi traverse en cet été 1995 une période noire. Ce n'est pas tant son corps qui la tracasse, malgré de violentes douleurs chroniques au dos. Comme Seles, c’est dans sa tête que tout tourbillonne. Au moment où elle triomphe, Peter, son père, qui est aussi son manager, est en prison à Mannheim. On le soupçonne de fraude fiscale et les rumeurs les plus folles ont circulé sur une possible implication de sa championne de fille. Elle est soudain assise sur un empire de 125 millions de dollars qui menace de s'effondrer; Voilà pourquoi Graf parle de ce titre comme "du plus grand exploit de sa carrière". "Rien d'autre de ce que j'ai pu accomplir, dit-elle, jusqu'ici n'arrive à la cheville de cette victoire-là". Finalement, ce soir-là, il n'y a que des victoires. Car comment considérer la défaite de Seles comme un échec? Son tournoi, et plus encore son match contre Graf, lui donnent raison. "Je sais maintenant que j'ai fait le bon choix en revenant, estime-t-elle. Je fais à nouveau ce que j'aime et je peux regarder devant moi."  En retrouvant les courts, elle s'est libérée, tout en ôtant un poids gigantesque à sa rivale. "Oui, c'est une libération, confirme Graf. Et c'est tellement bon de la voir jouer comme ça, aussi bien, et d'être aussi heureuse. Je me suis sentie bien ce soir, et Monica aussi je crois." Une finale peut aussi servir d'exorcisme.



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10. MATS WILANDER - IVAN LENDL
Année: 1988
Tour: Finale
Vainqueur: Wilander
Score: 6-4, 4-6, 6-3, 5-7, 6-4


Au cours de sa longue carrière, Ivan Lendl a noué quelques rivalités mémorables. Avec McEnroe et Connors, dans la première partie des années 80 surtout. Avec Becker, voire Edberg, dans la seconde moitié de cette décennie essentiellement. Mais son vrai fil conducteur, son plus grand rival, aura été Mats Wilander. Ces deux-là ont disputé pas moins de cinq finales de Grand Chelem dans trois tournois différents. La dernière est aussi la plus mémorable et s'est tenue à l'US Open en 1988. Un an auparavant, Lendl avait dominé Wilander à Flushing, trois mois après l'avoir battu à Roland-Garros. Une finale marathon (4h47 en seulement quatre sets, malgré un 6-0 dans le deuxième !). Lendl, plus dominateur que jamais, avait administré une troisième gifle au Suédois en finale du Masters. Lorsqu'il entame l'année 1988, le Tchécoslovaque annonce la couleur: il se sent capable de réussir le Grand Chelem. Pourtant, ce ne sera pas son année, mais celle de Wilander. Après les trois premières levées, il n'a d'ailleurs même pas joué une finale.

Wilander, lui, a triomphé en Australie et à Roland-Garros, avant d'atteindre les quarts de finale à Wimbledon. A New York, il retrouve en finale un Lendl enfin revenu à son meilleur niveau. L'enjeu est colossal. Wilander peut réussir le petit chelem, ce que personne n'a fait depuis Jimmy Connors en 1974. Surtout, la première place mondiale est en jeu. Lendl n'a plus quitté le trône depuis trois ans et sa prise de pouvoir au soir de son premier sacre à Flushing, en 1985. Il ne lui manque d'ailleurs que trois semaines pour battre le record de semaines consécutives à la première place, alors détenu par Connors. Si Wilander remporte cette finale, il sera le nouveau patron. Malgré sa formidable saison, fait-il office de favori? Pas forcément. D'abord parce que Lendl est chez lui à New York. Triple tenant du titre, il dispute sa septième finale consécutive. Surtout, il possède un réel ascendant sur Wilander, qui ne l'a plus battu depuis la finale de Roland-Garros en 1985. Lendl a remporté leurs six derniers duels, dont cinq en finale. Depuis toujours, il est convaincu de sa supériorité vis-à-vis du Suédois. "Personne ne m'a jamais battu sept fois de suite", plaisante Mats. Mais il sait que la partie sera rude.

Vu le contexte, dire que cette finale est attendue relève de l'euphémisme. C'est LE rendez-vous de l'année. Rapidement, on comprend que la confiance acquise par Wilander au cours des derniers mois pèse plus que son rapport personnel avec Lendl. Il remporte le premier set 6-3 et mène 4-1 dans le deuxième. Dans le septième jeu, sur son service, Wilander écope alors d'un avertissement pour avoir pris trop de temps au service. Simple grain de sable, suffisant toutefois à dérégler la mécanique nordique. Lendl débreake et ne laisse plus que trois points à Wilander d'ici la fin du set. Mais le Tchèque réagit plus qu'il n'agit. Dans chaque set, il concède le break en premier. Par deux fois, il va s'en tirer, dans les deuxième et quatrième manches. Pour la première fois depuis huit ans, la finale va donc se jouer au cinquième set. Il sera magnifique. Un chassé-croisé d'anthologie pour un suspense ébouriffant.

Wilander prend les devants 2-0, puis Lendl mène 3-2. Finalement, Wilander breake à nouveau. A 5-4, il efface une balle de debreak d'un coup droit gagnant, avec un cran énorme. La finale a débuté à 16h22. Il est 21h16 lorsqu'elle s'achève, sur un dernier revers de Lendl dans le filet. 4h54. La plus longue finale de l'histoire de l'US Open. Elle l'est toujours aujourd'hui. Wilander a donc gagné son pari. Son immense mérite, c'est d'avoir su forcer sa nature. Fatigué de perdre le bras de fer du fond du court contre Lendl, le Suédois a fait évoluer son jeu vers l'avant. Tout en restant un formidable marathonien, il vient chercher les points au filet. Au cours de cette finale, il sera monté... 131 fois. 44 de plus que Lendl. Inimaginable quelques mois plus tôt. Ce triomphe sera son apogée. Ce sera aussi le début de la fin. A 25 ans, Wilander, perdant peu à peu toute motivation, ne gagnera plus jamais de titre majeur. Mais ce titre-là l'a figé pour de bon dans la légende.

Découvrez le 7e du classement mardi à 10h.

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Laurent VERGNE
twitter.com/LaurentVergne

 
 
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