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Flushing Story: Navratilova-Evert, les inséparables
05/09/2012 - 11:23

Flushing Story: Navratilova-Evert, les inséparables

Jusqu'à la fin de cette édition 2012, nous vous proposons de revenir sur 30 matches qui ont particulièrement marqué l'histoire de Flushing. Par leur qualité pure, par leur suspense, leur émotion ou encore leur aspect évènementiel. Parfois même, pour les plus fameux, tout cela à la fois. Nous étions partis sur un Top 10, mais il restait trop d'histoires à raconter pour ne pas étoffer la liste. Même à 30, elle reste frustrante car incomplète. Bien d'autres auraient mérité d'y figurer.

Au hasard, comme ça, voici quelques matches que vous ne trouverez pas dans notre classement et sur lesquels nous aurions voulu revenir. Des finales, chez les hommes notamment, comme le Lendl-Connors de 1982, ou le Sampras-Agassi de 1995. En parlant de Sampras et Lendl, la victoire du premier sur le second en quart de finale en 1990 avait marqué le tournant d'une époque au croisement de deux générations.

Idem chez les dames. Les deux victoires de Tracy Austin manquent ici (un scandale). Et que dire de la finale Navratilova-Mandlikova de 1986? Et tant d'autres. Bref, bien plus d'absents que de présents. Nous espérons néanmoins que, à travers ces 30 matches qui ont tous laissé une empreinte pour des raisons diverses, vous découvrirez ou revivrez quelques sacrées pages de l'histoire récente du tennis. Welcome to Flushing !
_________________________________________________

5. MARTINA NAVRATILOVA - CHRIS EVERT
Année: 1984
Tour: Finale
Vainqueur: Navratilova
Score: 4-6, 6-4, 6-4


C'est la plus formidable rivalité de l'histoire du tennis, hommes et femmes confondus. Martina Navratilova et Chris Evert, ou les inséparables reines du circuit féminin. Deux femmes et deux joueuses si différentes qu'elles semblaient nées pour se compléter. 14 finales de Grand Chelem, étalées sur onze ans, de 1975 à 1986, ont opposé les deux Américaines. Celle de l'US Open n'est probablement pas la plus belle en matière de tennis pur. Mais elle demeure inoubliable. D'abord en raison du contexte. Celui du Super Saturday. La mystique de cette finale Navratilova/Evert doit beaucoup, indéniablement, à l'atmosphère de cette journée à nulle autre pareille. Coincée entre deux demi-finales hommes acharnées et tendues en cinq sets (Lendl-Cash avant, McEnroe-Connors après), elle s'est déroulée dans un climat unique.

Lorsqu'elle débute, tout le monde s'attend à une boucherie. Navratilova domine alors le tennis de la tête et des épaules. Imaginez la saison de Novak Djokovic l'an passé, mais pendant trois années de suite. C'est ce que la gauchère d'origine tchèque impose à la concurrence depuis 1982. Victorieuse de Roland-Garros et de Wimbledon en 82, elle a réussi le petit Chelem l'année suivante et après ses succès à Paris et Londres, elle est lancée sur la route du Grand Chelem. Il y a elle et les autres. Toutes les autres. Y compris Evert, laquelle reste sur 12 défaites de suite face à sa rivale, dont les deux dernières finales de Grand Chelem. "Quand vous perdez douze fois de suite en deux ans et demi contre la même joueuse, c'est compliqué, a confié il y a quelques années Chris Evert en évoquant cette période. Je crois que Martina a dû perdre six matches en trois ans. Elle était invincible." Personne n'imagine donc que Navratilova puisse être battue ou même inquiétée. Elle vient de dominer Evert en deux sets en finale de Roland-Garros et de Wimbledon. Tout indique qu'il en ira de même à Flushing.

Mais Evert n'est pas du genre à se faire marcher dessus éternellement sans réagir. Depuis plusieurs mois, elle a travaillé ses points faibles: service, endurance, puissance. Puis à New York, elle peut compter sur le soutien massif du public, qui fait bien sentir à Navratilova que, dans cette rivalité-là, la pièce rapportée, c'est elle. Hasard ou pas, Evert tient la cadence. Mieux, elle impose le jeu. Navratilova, elle, est un peu en retrait de son niveau de jeu stratosphérique des derniers mois. Elle pèche par attentisme. Face à une Evert aussi déterminée, ça ne pardonne pas. Evert remporte le premier set 6-4. C'est la première fois depuis plus de deux ans et dix matches qu'elle ne cède pas la première manche face à sa grande rivale. Flushing se met à y croire. En début de deuxième set, Evert met de plus en plus la pression. Elle obtient deux balles de break d'entrée, avec au passage un point énorme qui finit de mettre le feu au court Louis-Armstrong. Mais ce break ne viendra pas. Sur une de ces opportunités, Evert vendange un coup droit facile. A partir de là, ce match sera celui des occasions manquées pour Chrissie.

Navratilova, prise par surprise, va avoir le mérite de corriger le tir. Après la perte de la première manche, elle retrouve son style agressif en se propulsant vers le filet à la moindre occasion. L'opposition de style entre les deux championnes prend alors toute son envergure. Mais peut à peu, la logique reprend le dessus. Navratilova égalise à un set partout. 6-4 aussi. Puis elle breake rapidement dans le troisième. Pourtant, Evert n'a jamais frappé aussi fort. Pourtant, elle multiplie les chances de revenir dans le match. Mais rien à faire. La confiance de Martina est telle qu'une fois aux commandes, elle ne laisse plus son tour. Le match est magnifique, certains points sont fantastiques, mais l'issue devient inéluctable. Navratilova s'impose 4-6, 6-4, 6-4. Chris Evert est dévastée. La poignée de mains entre les deux stars est minimaliste. Lors de la cérémonie d'après match, Evert tente de faire bonne figure. Elle plaisante même en faisant mine d'échanger son trophée avec celui de Navratilova. Mais le cœur n'y est pas. Son visage, lui, ne ment pas.

La finaliste malheureuse l'avouera, cette défaite est la pire de sa carrière. Jamais elle n'a ressenti une telle déception. Cette douzième défaite de suite est la plus dure à avaler, tant elle a cru que son jour était enfin (re)venu. "J'ai l'impression d'avoir perdu ce match tout seule et je n'aime pas ça", confie-t-elle. Plus tard, bien plus tard, Evert fera un autre aveu qui permet de mieux comprendre encore l'ampleur de sa déception. Elle avait pensé arrêter sa carrière en cas de victoire: "Ça aurait été une façon fabuleuse de se retirer que de battre Martina pour gagner un dernier US Open". Au lieu de quoi elle prolongera sa carrière cinq années supplémentaires. Et si elle ne rejouera plus jamais de finale à Flushing, elle remportera deux titres de plus à Roland-Garros, le premier en 1985, en battant… Navratilova. Evidemment.

Mais au-delà de leur rivalité sportive, encore une fois comparable à aucune autre dans l'histoire du tennis (elles ont joué 80 matches l'une contre l'autre !), Evert et Navratilova ont tissé des liens pour la vie. Et c'était déjà vrai du temps où elles étaient en activité, comme en témoigne cette anecdote livrée il y a quelques années par Chris Evert. "Quand mon premier mariage prenait l'eau, a-t-elle raconté, j'étais vraiment mal. Martina m'a appelé. Elle m'a dit 'viens à Aspen'. Elle m'a appris à skier. On skiait de 9h du matin à 2h de l'après-midi, après on jouait au tennis pendant deux heures et elle m'a montré comment elle s'entrainait physiquement. On a fait ça pendant une semaine. Je ne pense pas que beaucoup de championnes ou champions qui sont les deux meilleurs du monde dans leur spécialité pourraient faire ça." Et ça ne les empêchait pas, deux semaines plus tard, de bastonner lors d'une énième finale de tournoi. C'était ça, Evert et Navratilova.



Laurent VERGNE
Twitter: @LaurentVergne

 
 
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