Dés que ça nous semble nécessaire, un classement très subjectif de sportifs, d'événements et des sucreries qui nous régalent dans l'actu sportive.
Le top 8 des rois maudits
Clark, Prost, Senna, Häkkinen ou encore Alonso : ces seigneurs ont en commun un éternel problème avec l'un des GP historiques de la F1. Petit inventaire.
1. Alain Prost : le GP du Japon (1987-1993)
Le Français aux 51 victoires a manqué cette marche essentielle à Suzuka qui aurait définitivement magnifié son palmarès. Il y fut tour à tour battu par la malchance, un adversaire plus fort que lui ou plus inconscient, et des considérations de politique interne. En 1987, lors de la première levée sur le circuit propriété de Honda, il crève au 2e tour à bord de sa McLaren et repart bon dernier, à deux tours. Il finit 6e à un tour du vainqueur. Ce jour-là, il volait et établit le record du tour en 1'43"8 contre 1'45"5 au suivant, le vainqueur Gerhard Berger (Ferrari). En 1988, deuxième chance : il s'échappe car Ayrton Senna a complètement raté son départ. Mais son équipier, qu'il doit devancer pour espérer remporter le titre, revient comme une balle pour se couronner. En 1989, il écrit une nouvelle page du plus grand duel de d'histoire de la F1 qui l'oppose au Brésilien : profitant d'une hésitation de son rival honni au départ, il mène et le contrôle jusqu'au 47e tour. A six tours du but, il refuse de céder à une attaque tardive et s'accroche avec l'autre MP4. Il met pied à terre en triple champion du monde, dans ce qui est devenu la chicane la plus célèbre du monde. Un an plus tard, il paie l'addition au coup d'envoi et les images filmées d'hélicoptère sont accablantes : Senna lui a foncé dessus, sans même avoir essayé de tourner. "Si j'étais sorti du premier virage, il ne m'aurait jamais revu", dit le Français, écœuré par le sacre-massacre de Senna. 1991 est une nouvelle blessure, cette fois à l'arrivée. En déclarant "qu'un camionneur, avec ses gros bras, aurait fait aussi bien" que lui a bord de sa Ferrari, il met Maranello en ébullition et se fait quasiment limoger sur le champ. Après une année sabbatique, il revient en 1993 avec Williams pour subir une dernière fois la loi de Senna.
2. Jim Clark : le GP de Monaco (1960-1967)
Comment être l'un des plus grands pilotes de tous les temps, partir quatre fois de la pole (1962-64 et 1966) sans jamais inscrire son nom au palmarès de la plus grande course du monde. En 1962, l'Ecossais à la Lotus a laissé passer sa chance dès le départ, mais en 1963 il reprend la première position à Graham Hill (BRM) au 18e passage ; avant de devoir lui restituer au 79e des 100 tours, sur bris de boîte de vitesses. Une nouvelle chance s'offrira à lui en 1964, sur les 36 premières boucles, avant de voir débouler l'irrésistible Dan Gurney (Brabham). 1966 est l'occasion de partir en tête, une dernière fois, sans en profiter (suspension).
3. Graham Hill : les GP de Grande-Bretagne, de Belgique et de France (1958-1974)
L'élégant champion du monde (1962, 1968) au record de départs (176) n'a jamais été prophète en son pays. Quatorze fois gagnant en F1, seul encore aujourd'hui vainqueur du GP de Monaco, des 500 miles d'Indianapolis (1966) et des 24 Heures du Mans (1972), l'Anglais au casque noir n'entretenait pas un rapport difficile avec un circuit spécifique puisqu'il essaya en vain partout où le British GP fut donné : à Silverstone, à Aintree et à Brands Hatch. En 17 tentatives, il ne mena sa course que trois fois. En 1960, il céda les commandes sur une faute (sortie de piste), puis en 1967, toujours à Silverstone, il essuya une casse moteur. Il vécut une nouvelle frustration mécanique en 1968 : il conduisait une démonstration à Brands Hatch quand sa transmission l'a stoppé. Il ne parvient pas non plus à gagner en Belgique et en France, où il ne s'est jamais réellement montré à son avantage, à part à Rouen-les-Essarts en 1962.
4. Ayrton Senna : le GP de France (1984-1993)
Le Pauliste a vu son grand rival Alain Prost gagner six fois au Brésil sans jamais pouvoir lui rendre la pareille ; pas plus à Dijon, où il pilota la modeste Toleman en 1984, qu'au Castellet ou à Magny-Cours. En fait, le Français était capable plus qu'ailleurs de se transcender sur son territoire. Ce fait expliqua presque à lui seul qu'aucune des 41 victoires de l'Auriverde ne fut française. Le Sud-Américain était le plus fantastique de tous les temps sur le tour qualif, mais il ne pouvait quasiment rien contre la détermination domestique du "Professeur". Ce fut spécialement vrai en 1988 et 1989, lorsque les deux fantastiques partageaient le même matériel chez McLaren. En 1988 pourtant, le célèbre casque jaune passa tout près de franchir en premier la ligne d'arrivée, mais le Tricolore fut plus opportuniste dans le trafic. Et quand Alain Prost ne fut pas imbattable, Nigel Mansell occupa le vide en se révélant hors-concours sur quatre éditions grâce à sa surpuissante Williams (1986, 87, 91, 92). Un maigre butin au final : Ayrton Senna n'aura signé qu'une seule de ses 65 pole positions en France, en 1986.
5. Fernando Alonso : le GP de Belgique (2001-2012)
Le grand chelem à l'envers : l'Espagnol ne compte ni victoire, ni pole ni meilleur tour en course en Wallonie ! Deux fois sur le podium (en 2005 et 2007), il a mené en 2004 avec Renault avant de renoncer sur fuite d'huile, et en 2011 sur Ferrari (4e). Cependant, sa plus grande déception date sans doute de 2010 : sans son crash - sa seule erreur de pilotage de l'année en course – il aurait sûrement ajouté les cinq points qui lui ont manqué pour le titre. En revanche, on ne connaitra jamais son préjudice de 2012 suite à son élimination au premier virage. Il a lâché 18 points à l'un de ses plus proches adversaires, Sebastian Vettel (Red Bull), mais il en est sorti sain et sauf.
6. Nelson Piquet : les GP de Monaco, de Grande-Bretagne et de Belgique (1979-1991)
Le Brésilien goguenard abhorrait la compétition à Monaco, qui le lui rendait bien. Tout au long de sa carrière, il répéta que "courir dans les rues de Monaco était aussi insensé que faire du vélo dans son salon." Il s'est fait violence sur un tour pour la pole en 1981, domina mais finit par fracasser sa Brabham contre un rail. Il n'eut plus jamais le privilège de mener mais approcha quand même la victoire à deux reprises (1983 et 1987). Cabochard comme il pouvait l'être, il ne s'est jamais senti obligé. Peut-être était-ce dû à ces 11 meilleurs résultats comptabilisés (sur 14 à 16 GP) jusqu'en 1988.
Du point de vue comptable, Monaco était un fusible bien pratique mais le Pauliste acheva aussi sa carrière sans victoire aux GP de Grande-Bretagne et de Belgique, deux autres épreuves majeures du championnat. Il est parti quatre fois de la pole du British Grand Prix pour finir deuxième, d'Alan Jones (Williams) en 1980 puis d'Alain Prost (Renault) en 1983, et surtout de son coéquipier détesté Nigel Mansell (Williams) en 1986 et 1987. Il faut cependant effectuer un rappel équitable : il a gagné avec Brabham à Brands Hatch en 1983, dans le cadre du GP d'Europe. Loin d'être un foudre de guerre dans les Ardennes, il a enregistré une pole à Spa avec Williams (1986), essuyé une non-qualification avec Lotus (1989) et signé son dernier podium avec Benetton (1991).
7. Mika Häkkinen : le GP d'Italie (1991-2001)
Le Finlandais a disputé onze grands prix à Monza mais n'y a été véritablement compétitif qu'avec sa McLaren de 1997 à 2001, signant une pole (1998) et trois meilleurs tours en course (1997, 99 et 2000). Autant de performances qui suggèrent qu'il y aurait mérité un meilleur sort. Mais c'est vrai, il n'a mené l'épreuve de la banlieue milanaise qu'à quatre reprises (1994, 95, 97, 1998), pour des intermèdes de 1, 1, 2 et 10 tours. Ce tracé parfois réduit à un exercice de stop and go n'avait visiblement rien à lui offrir. Il révéla pourtant en 1999 au monde entier une facette cachée de sa personnalité, que l'on croyait assortie d'une carapace. Meurtri par la faute qui venait de l'expédier dans les graviers de la première chicane, en 1999, où il était entré inexplicablement en 1re au lieu de la 2e, il pensa sangloter à l'abri des regards, en bord de piste. Mais un hélicoptère capta en direct ce trop plein d'émotions qui révéla du pilote que l'on croyait asservi au tout-électronique un humain dans toute sa fragilité. Il laissa échapper ce jour-là la victoire mais son challenger rouge, Eddie Irvine, n'en profita pas.
8. Jack Brabham : le GP d'Italie (1958-1970)
Monza restera pour le champion du monde 1959, 60 et 1966 une suite de rendez-vous manqués plus ou moins volontairement. S'il ne boucle pas un tour à ses débuts, en 1958, il finit 3e en 1959. Le début d'une belle histoire ? Même pas. En 1960, il n'est pas au départ : il est tout juste titré et Cooper l'exonère du déplacement ; comme Lotus et BRM, elle juge trop dangereux le passage sur l'anneau de vitesse. En 1961, l'Australien abandonne et fait l'impasse en 1962 pour mieux préparer sa propre écurie aux deux dernières manches de la saison. C'est à peu près pareil en 1965 : occupé au management, "Black Jack" confie son baquet à son ami Denny Hulme. Après son meilleur résultat, en 1967 (2e), ses trois dernières apparitions se soldent par des abandons. Ses statistiques italiennes resteront donc orphelines de toute victoire, pole position ou meilleur tour. Mais comment ne pas évoquer l'édition 1966 ? S'il abandonne une fois de plus, ce 4 septembre reste un jour exceptionnel et probablement unique, faisant encore de lui aujourd'hui le seul champion sur une monoplace portant son nom.
Notes :
-seuls les champions du monde sacrés au moins deux fois et ayant couru au moins trois fois une épreuve majeure (Monaco, Grande-Bretagne, Italie, France, Belgique, Japon) ont été pris en compte.
-le champion du monde 1972 et 1974, Emerson Fittipaldi, a gagné 14 GP mais jamais ceux de France et de Monaco.
Stéphane VRIGNAUD
Twitter : @ThePiranahClub























