Dés que ça nous semble nécessaire, un classement très subjectif de sportifs, d'événements et des sucreries qui nous régalent dans l'actu sportive.
Wimbledon: Le Top 10 des sensations
Parce que personne ne l'avait vue venir, la défaite de Rafael Nadal contre Lukas Rosol au deuxième tour a fait l'effet d'une bombe. Ce n'est pourtant pas une première. Loin de là. Le Grand Chelem londonien a l'art de faire trébucher ses idoles. La preuve avec cette sélection des dix plus grands chocs de l'ère Open dans le tournoi masculin. Nous n'avons retenu que les éliminations lors des deux premiers tours.
Pour finir, une mauvaise nouvelle pour Lukas Rosol. Ces exploits ont toujours été sans lendemain. Un seul des auteurs des dix exploits ci-dessous a gagné plus de deux matches derrière, s'arrêtant en huitièmes de finale. Sept ont perdu dès le match suivant. C'est le genre de défaites dures à avaler pour le vaincu, mais tout aussi compliquées à digérer pour celui qui la signe.
1. BECKER, WRECKER, SOMNIFERES
Année: 1987
2e tour
Victime: Boris Becker
Bourreau: Peter Doohan
Score: 7-6, 4-6, 6-2, 6-4
Boris Becker est le nouveau roi de Wimbledon. Sacré à 17 ans en 1985, l'Allemand a magistralement conservé sa couronne un an plus tard en battant Ivan Lendl en finale. La légende de Boum Boum est née. Fort de ses deux titres, on le voit déjà battre le record de Borg, d'autant que le rouleau compresseur allemand dégage une impression d'invincibilité sur gazon. Mais en 1987, au deuxième tour, sur le court numéro un, Becker subit la loi de l'Australien Peter Doohan, 70e mondial, en quatre sets (7-6, 4-6, 6-2, 6-4). BB l'avait pourtant battu deux semaines plus tôt au Queen's. A chaud, il dédramatise: "Ça va, j'ai perdu un match de tennis, pas la guerre. Personne n'est mort sur le court." Puis, de son bourreau, il dit: "Je ne pensais pas qu'il était si bon". En réalité, c'est surtout lui qui n'est plus lui-même. Séparé de son entraîneur Gunther Bosch depuis le début de l'année, Becker ne supporte plus la pression inhérente à son statut de star, sa notoriété planétaire, sa popularité hystérique au pays. "Je ne comprenais plus les Allemands ni le reste du monde. Je voulais sortir de cet encerclement", dira-t-il plus tard dans son autobiographie. La carapace s'est brisée. Soudain, Becker fait ses 19 ans. Au printemps 1987, il a commencé à prendre des somnifères. Un refuge illusoire. Ils l'accompagneront toute sa carrière. Wimbledon a changé sa carrière et sa vie. Pour le meilleur et pour le pire. Et Doohan? Il disparaitra dès les huitièmes de finale. Mais en un match, il avait gagné un surnom: "The Becker Wrecker" (le démolisseur de Becker). Et sa place dans l'histoire.
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2. LE COURT 2 ENTERRE SAMPRAS
Année: 2002
2e tour
Victime: Pete Sampras
Bourreau: George Bastl
Score: 6-3, 6-2, 4-6, 3-6, 6-4
Certes, Pete Sampras a amorcé son déclin depuis déjà quelques mois. Il n'est que le 6e joueur mondial lorsque débute ce Wimbledon 2002. Il n'en est même plus le tenant du titre, après sa défaite face à Roger Federer, l'année précédente. Mais son statut de septuple lauréat du tournoi, un record, lui confère une autorité naturelle. Personne, en tout cas, n'imagine un seul instant qu'il puisse disparaitre dès le deuxième tour, surtout pas face à George Bastl, 145e joueur mondial, éliminé en qualifications et qui ne doit sa place dans le tableau final qu'au forfait de dernière minute de Felix Mantilla. Lucky loser, shocking winner. Car un an après Federer, cet autre Suisse va lui aussi le faire chuter dans le cadre champêtre du court numéro 2. Sampras, méconnaissable, perd les deux premiers sets (6-3, 6-2). Lorsqu'il revient à deux manches partout dans un sursaut (6-4, 6-3), on pense qu'il va malgré tout se sortir d'affaire. Mais Bastl réussit le break dans le neuvième jeu du cinquième set avant de conclure dans la foulée. Le choc est immense. Le court 2 se gondole. Il vient de jouer un nouveau mauvais tour à un géant. Par le passé, il avait déjà enterré Nastase (1973), Connors (1983), Cash (1991), Agassi (1996) et Krajicek (1996). Il s'offre un nouveau géant, le plus illustre de tous à Wimbledon. Lors de la conférence de presse d'après-match, un journaliste demande à Sampras s'il envisage de prendre sa retraite après ce désastre. "Non, je vais revenir, pas question de m'arrêter sur cet échec. Puis je crois que j'ai toujours la force de gagner un tournoi du Grand Chelem", répond l'Américain. Sourires en coin dans l'assistance. Pourtant, deux mois plus tard, Pistol Pete, ressuscité, s'imposera à l'US Open, en battant Agassi en finale. Cette fois, il peut sortir. Par le haut.
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3. NADAL K.O. DEBOUT
Année: 2012
2e tour
Victime: Rafael Nadal
Bourreau: Lukas Rosol
Score: 6-7, 6-4, 6-4, 2-6, 6-4
Dans la foulée de son septième titre record à Roland-Garros, Rafael Nadal a-t-il trop décompressé? Toujours est-il qu'il vient de subir face à Lukas Rosol une des plus grosses désillusions de sa carrière en disparaissant dès le deuxième tour. Cela faisait sept ans que l'Espagnol n'avait plus perdu si tôt dans un tournoi du Grand Chelem. Lors de ses cinq dernières participations à Wimbledon, il avait toujours atteint la finale. Mais jeudi soir, il est tombé sur un martien. Lukas Rosol a joué comme jamais il n'avait joué, lâchant tous ses coups sans aucune retenue, et ce, jusqu'à la balle de match, pour l'emporter en cinq sets (6-7, 6-4, 6-4, 2-6, 6-4). Comment expliquer qu'un joueur qui, à 27 ans, n'avait gagné que trois matches en Grand Chelem dans sa carrière, et qui restait sur trois éliminations au premier tour des qualifications à Wimbledon, puisse produire un tel tennis et s'offrir le numéro deux mondial? Ça ne s'explique pas. Ce match n'était pas de l'ordre du rationnel.
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4. HEWITT SE COGNE DANS LE GEANT
Année: 2003
1er tour
Victime: Lleyton Hewitt
Bourreau: Ivo Karlovic
Score: 1-6, 7-6, 6-3, 6-4
Lorsqu'il rentre sur le court central au gazon encore impeccable ce lundi 23 juin 2003, Lleyton Hewitt est tenant du titre à Wimbledon. Deux heures plus tard, battu en quatre sets par un géant venu de Croatie, Ivo Karlovic, il ne l'est plus. A l'époque, personne ne connait la grande gigue de Zagreb. A 24 ans, Karlovic sort des qualifications et il n'a gagné au total qu'une dizaine de matches dans sa carrière. C'est dire si, malgré ce service que l'on dit impressionnant, il n'a pas de quoi faire frémir celui qui domine le circuit depuis deux ans. Quand Hewitt remporte le premier set 6-1 en 19 minutes, cette impression semble se confirmer. Mais peu à peu, le natif d'Adélaïde parait sans solution face à ce joueur au gabarit inédit pour lui. Karlovic enchaîne les aces et, surtout, il avance dans le court. Hewitt s'acharne à vouloir le lober. Mauvaise pioche. La perte du deuxième set au tie-break marque le début de la fin pour l'Australien qui s'incline ensuite 6-3, 6-4 presque sans réagir. Ce n'est que la deuxième fois en 126 éditions que le tenant du titre disparait d'emblée. Ce tournoi 2003, Roger Federer le remportera. Son premier titre majeur. Une sorte de passage de témoin.
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5. DEDE AU BOUT DU ROULEAU
Année: 1996
1er tour
Victime: Andre Agassi
Bourreau: Doug Flach
Score: 2-6, 7-6, 6-4, 7-6
Andre Agassi s'est largement épanché dans sa remarquable autobiographie sur les états d'âme qui ont pu être les siens tout au long de sa carrière. A l'été 1996, Dede est en plein marasme. Sa vie personnelle traverse une période de tumulte et son jeu, forcément, s'en ressent. A Wimbledon, là même où il avait décroché son premier titre majeur quatre ans plus tôt, le Kid de Las Vegas va connaître au premier tour de l'édition 1996 une de ces gifles qui vous marquent une carrière. Pour son premier match, il est opposé à son compatriote Doug Flach... 281e mondial, plus connu pour être le petit frère de l'ancienne star du double, Ken Flach. OK, Doug est en pleine progression, puisqu'il était 600e au mois de janvier. Mais bon. Même pour un Agassi investi à 50%, ça devrait passer. Mais ça ne passe pas et le numéro trois mondial se fait éjecter comme un malpropre en quatre sets, 2-6, 7-6 (7-1), 6-4, 7-6 (8-6). "C'est le plus grand moment de ma carrière !", lance Flach après le match. Tout le monde le croit sur parole. Pour la petite histoire, lors du tirage au sort, une fois son nom sorti du chapeau, Doug Flach avait été invité par les officiels de l'ATP à tirer lui-même le nom de son adversaire. "Je vais me porter la poisse, je vais tirer Agassi!", avait-il plaisanté. Ça n'a pas loupé. Mais ça lui a plutôt porté bonheur.
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6. EDBERG EMPORTE PAR LA TEMPETE
Année: 1994
2e tour
Victime: Stefan Edberg
Bourreau: Kenneth Carlsen
Score: 6-7, 6-7, 6-2, 6-4, 6-4
Double vainqueur de Wimbledon, Stefan Edberg a toujours atteint au moins les quarts de finale lors des sept éditions précédentes. En 1994, le Suédois, toujours troisième mondial à 28 ans, a toujours l'ambition de décrocher une troisième couronne. Mais un vent de rébellion souffle sur Londres cette année-là. Le mardi, Steffi Graf, battue d'entrée, est la première tenante du titre éliminée au premier tour. Le mercredi, Michael Stich devient la première tête de série numéro 2 dans l'histoire à s'incliner face à un qualifié (voir ci-dessous). Et voilà que le jeudi, Edberg, lui, subit la loi d'un autre Scandinave, venu du Danemark celui-là. Kenneth Carlsen, 21 ans, classé à la 117e place mondiale, réussit l'impensable en s'imposant en cinq sets sur le central. "Une journée pas ordinaire", conclut Edberg, toujours flegmatique. Edberg sera vengé au tour suivant par son compatriote Jonas Bjorkman. Carlsen ne dépassera jamais le troisième tour à Wimbledon.
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7. CONNORS: "C'EST QUOI VOTRE PROBLEME?"
Année: 1986
1er tour
Victime: Jimmy Connors
Bourreau: Robert Seguso
Score: 6-3, 3-6, 7-6, 7-6
D'accord, Jimmy Connors n'était plus tout frais. A presque 34 ans, il n'est plus dans ses meilleures années en cet été 1986. Mais quand même. La défaite de Jimbo au premier tour face à Robert Seguso fait l'effet d'une petite bombe. Lors de ses 14 premières participations à Wimbledon, le gaucher américain avait toujours atteint la deuxième semaine: deux victoires, quatre finales, quatre demies, trois quarts et un huitième. Un an plus tôt, il était encore dans le dernier carré. En Grand Chelem, sa dernière élimination au premier tour remonte à 1972. D'où la stupeur. Plus que le match, c'est la conférence de presse qui le suit qui vaut le détour. Connors se chamaille avec les journalistes qui, comme ils le feront seize ans plus tard avec Sampras, s'empressent de savoir si Connors va quitter le circuit. Il répond d'abord poliment, puis il s'agace. Le show Jimbo: "Je n'aime pas perdre, que ce soit au premier tour ou en finale. Si vous n'avez pas compris ça, c'est que vous n'êtes pas dans le coin depuis longtemps. Laissez-moi décider si je vais continuer ou non, ce n'est pas votre affaire. C'est quoi votre problème? Pourquoi vous voulez me voir quitter le tennis? Laissez-moi vous dire une chose: on sait ce qu'on a une fois qu'on l'a perdu. C'est ce que vous ressentez avec McEnroe maintenant. Vous lui sautez dessus sans arrêt mais maintenant qu'il n'est plus là (ndlr: McEnroe n'avait joué ni en Australie, ni à Roland-Garros, ni à Wimbledon en 1986), il vous manque. Vous allez faire pareil avec moi si je ne reviens pas l'an prochain?" Connors reviendra. Il ira même… en demi-finales.
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8. GORAN, UN RECORD ET LA PORTE
Année: 1997
2e tour
Victime: Goran Ivanisevic
Bourreau: Magnus Norman
Score: 6-3, 2-6, 7-6 (7-4), 4-6, 14-12
Sorti au premier tour à Roland-Garros, Goran Ivanisevic compte sur Wimbledon pour se faire la cerise. Après tout, le Croate a quand même a déjà atteint deux fois la finale et deux autres fois le dernier carré depuis 1990. Tête de série numéro 2, il est même le principal rival de Sampras sur le papier. Mais au deuxième tour, il se prend les pieds dans le tapis contre un jeune Suédois de 21 ans, Magnus Norman. Dans le cinquième set, le match vire au thriller et Norman, à 6-6, est pris de palpitations cardiaques. Un médecin vient le voir, le rassure et lui dit qu'il peut continuer. Une heure plus tard, il s'impose 14-12 et, un mois après avoir sorti Sampras à Roland-Garros, s'offre une nouvelle star du circuit en Grand Chelem. Ivanisevic (qui a commis aussi 19 doubles fautes), lui, peine à se consoler avec ses 46 aces, nouveau record du tournoi, quatre de plus que John Feaver en 1976.
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9. SHELTON, FALLAIT PAS LE MOTIVER
Année: 1994
1er tour
Victime: Michael Stich
Bourreau: Brian Shelton
Score: 6-3, 6-3, 6-4
Il y a des innovations dont on se passerait bien. Prenez Michael Stich. Wimbledon, c'était plutôt son truc. Vainqueur en 1991 en battant son compatriote (mais pas son copain) Boris Becker en finale, il a atteint les quarts de finale les deux années suivantes. En 1994, on l'attend donc au moins à ce niveau, d'autant qu'il est affublé du statut de tête de série numéro 2. Au premier tour, il est opposé à Bian Shelton, jouer noir américain, bon serveur, mais pas une terreur non plus, qui s'est extrait des qualifications. Manque de bol pour Stich, la veille, Lori McNeil a battu Steffi Graf au premier tour. Un tremblement de terre dans le tableau féminin. Pourquoi manque de bol? Parce que Lori McNeil est une très bonne amie de Shelton. Ces deux-là jouent souvent en double mixte ensemble. "Sa victoire m'a inspiré, explique Shelton. Je me suis dit 'si elle l'a fait, je peux le faire moi aussi'. Comme quoi, c'est simple, parfois, le tennis. Effectivement, Shelton le fait. Vite et bien. 6-3, 6-3, 6-4. Jamais une tête de série numéro 2 n'avait disparu contre un qualifié.
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10. McENROE APPREND LA VIE
Année: 1978
1er tour
Victime: John McEnroe
Bourreau: Erik Van Dillen
Score: 7-5, 1-6, 8-9, 6-4, 6-3
1977: John McEnroe, inconnu au bataillon de 18 ans, sort des qualifications et se hisse en demi-finales de Wimbledon. Un an plus tard, le fantasque gaucher au style unique a commencé à confirmer ses progrès. Il est aux portes du Top 10 (11e) lorsque débute Wimbledon et nourrit légitimement quelques ambitions. Mais dès son premier match, il trébuche, s'inclinant en cinq sets face au Californien Erik Van Dillen, 27 ans, sorti des qualifications, comme McEnroe l'année d'avant. Mais Van Dillen, lui, n'ira pas jusqu'en demi-finales. Il disparaitra dès le tour suivant. Quant à McEnroe, on ne l'y reprendra plus de si tôt. Il faudra attendre son crépuscule, douze années plus tard, pour le voir à nouveau sorti au premier tour à Londres.
Laurent VERGNE























