Getty Images

Reçue par les juges de l'antidopage, Calvin risque gros

Reçue par les juges de l'antidopage, Calvin risque gros
Par AFP

Le 20/11/2019 à 22:12

La grande explication : la marathonienne Clémence Calvin, soupçonnée de s'être soustraite à un contrôle inopiné au Maroc le 27 mars 2019, a fait face mercredi aux juges de l'antidopage en compagnie de son mari et entraîneur Samir Dahmani, dans une affaire qui a sérieusement ébranlé l'athlétisme français.

Clémence Calvin, vice-championne d'Europe 2018, qui s'est toujours défendue d'avoir fui un contrôle, risque une longue suspension (4 ans maximum), l'infraction étant punie aussi sévèrement par le code mondial antidopage que s'il s'agissait d'un contrôle positif à l'EPO. L'enjeu, pour la commission des sanctions de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), qui rendra sa décision ultérieurement, est de déterminer avec exactitude ce qui s'est réellement passé dans une rue de Marrakech, le 27 mars.

La Française a-t-elle été agressée, comme elle le dit, par un étrange trio dont le meneur, le directeur des contrôles de l'AFLD Damien Ressiot, se serait présenté comme un policier et aurait exigé qu'elle les mène à son mari ? Ou bien a-t-elle tout simplement été abordée de manière régulière pour un contrôle antidopage inopiné, qu'elle aurait cherché à tout prix à éviter, avec la complicité de Samir Dahmani, lui aussi sous la menace d'une suspension de quatre ans ?

"C'était long mais c'était bien d'être confrontée à cette commission", a réagi Clémence Calvin, fatiguée à sa sortie de cette audience vers 20h30, près de 11 heures après son arrivée au siège de l'AFLD. Durant l'audience à huis clos, la marathonienne devait être confrontée aux contrôleurs qui se trouvaient à Marrakech. Autre personne entendue: le Directeur technique national de l'athlétisme français Patrice Gergès, arrivé en milieu de journée.

Embarras

Lorsque l'affaire avait été révélée, la licenciée du club de Martigues s'était murée dans le silence pendant plusieurs jours avant de dévoiler sa défense. Au Maroc, elle a déposé plainte pour "violences et menaces". Les agents antidopage ont répliqué par une plainte à Paris en dénonciation calomnieuse, l'AFLD y ajoutant une procédure en diffamation.

Clémence Calvin pendant le marathon - Championnats d'Europe 2018

Clémence Calvin pendant le marathon - Championnats d'Europe 2018Getty Images

L'affaire a déjà ruiné l'année 2019 de Clémence Calvin, suspendue provisoirement et privée des Mondiaux d'athlétisme au Qatar, et qui voit l'avenir s'écrire en pointillés, notamment la route des JO de Tokyo 2020. Elle jette aussi un trouble sur ses performances. La Française, médaillée d'argent au 10.000 m aux championnats d'Europe 2014 (Zurich), avait frappé un grand coup à Berlin à l'été 2018, se classant 2e du marathon pour sa première sur cette distance après une longue période d'arrêt due à la naissance de son fils en mars 2017 puis à des problèmes de santé.

Le cas Calvin a également mis dans l'embarras la Fédération française d'athlétisme (FFA) en posant la question du suivi de ses athlètes de haut niveau, notamment lors de stages à l'étranger. Clémence Calvin était clairement dans le collimateur de l'AFLD pour que l'agence antidopage décide de dépêcher une équipe au Maroc.

Nouvelles ombres

La FFA avait promis en avril d'être plus stricte dans les critères de sélection. Mais de nouvelles ombres ont surgi sur l'athlétisme français avec la mise en cause de Morhad Amdouni et le contrôle positif à l'EPO d'Ophélie Claude-Boxberger. Amdouni, champion d'Europe du 10.000 m en 2018, a été visé par un reportage de la chaîne allemande ARD, qui a révélé des échanges sur la messagerie Whatsapp où il se voit réclamer des paiements pour de l'EPO. Amdouni a fermement rejeté ces accusations.

Morhad Amdouni, sacré champion d'Europe du 10 000m à Berlin

Morhad Amdouni, sacré champion d'Europe du 10 000m à BerlinGetty Images

Autre coup dur mardi, la révélation du contrôle positif à l'EPO, en septembre, de la spécialiste du 3.000 m steeple Ophélie Claude-Boxberger. Une affaire d'autant plus embarrassante pour la FFA qu'elle implique son directeur médical Jean-Michel Serra, avec qui l'athlète entretient une relation sentimentale. En juin, le docteur Serra avait déjà été épinglé pour s'être inquiété auprès de l'AFLD du nombre de contrôles subis par Claude-Boxberger, sans en informer sa hiérarchie.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire le 14 octobre, confiée à l'Oclaesp (Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique).