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Il était une fois les Jeux

Il était une fois les Jeux (4)
Par Eurosport

Le 14/08/2008 à 18:45Mis à jour

Chaque jour, nous vous proposons de revivre une grande page de l'histoire des Jeux. Jeudi, Hicham El Guerrouj. Longtemps, le Marocain fut le grand maudit des J.O. Jusqu'à une douce soirée athénienne d'août 2004, où le talent d'Hicham le magnifique, triomp

Il y avait tout et nous n'avons rien oublié. La peur, d'abord. Celle de voir resurgir à la surface les vieux démons olympiques. Ceux d'Atlanta, lorsque Hicham, le jeune Marocain impétueux, menaçant le trône du voisin et néanmoins rival algérien Nourredine Morcelli, se retrouva à terre, et ses illusions avec, à 450m de la ligne. Maudite chute. Ceux de Sydney, plus encore peut-être. Au bout du monde, invaincu depuis... Atlanta, il se fit planter dans la dernière ligne droite par Noah N'Geny, ratant un sacre qui lui était promis. El Guerrouj devint le maudit des Jeux.

    On ne jurerait pas que ces sombres souvenirs ne flottaient pas dans son esprit, le mardi 24 août 2004, sur les coups de 22h40, à l'heure de débuter la finale des 1500 mètres. Ce soir là, au stade Spyridon-Louis d'Athènes, Hicham a rendez-vous avec son destin. Il y eut donc la peur, bien présente, presque palpable. Puis l'intensité. Celle d'un combat âpre, tendu. Loyal mais féroce. Après un long round d'observation, El Guerrouj décide de déclencher les hostilités peu avant la cloche. Tous derrière et lui, devant. Dans la dernière ligne droite opposée, seul Bernard Lagat reste dans ses pointes. Hicham contre un Kenyan, ça ne vous rappelle rien? Lui, si. Inexorable et impitoyable, la malédiction va se reproduire.

    "J'étais prêt à mourir sur la piste"

    Dans le stade, sur la piste, tout le monde s'est fait une raison. Tout le monde, sauf un. Dans un dernier souffle venu d'on ne sait où, mais en tout cas de très loin, Hicham El Guerrouj s'arrache, se dépouille, avec une volonté proche de l'instinct de survie. Soudain, la crispation a changé de camp. Lagat sent le souffle de son rival, et celui du boulet. "Dans les derniers 100 m, raconte El Guerrouj, je ne voulais pas lâcher car je voulais à tout pris gagner l'or. J'étais prêt à mourir sur la piste." La ligne est là. Hicham la franchit 12 centièmes avant Lagat. 12 centièmes pour changer un destin de héros malheureux en dieu de l'Olympe.

    Au bonheur de... Lagat

    Après la peur, après l'intensité, après le drame, c'est l'heure de l'ivresse. El Guerrouj s'effondre sur le tartan du stade Spyridon-Louis, terrassé par l'émotion, plus encore que par la fatigue. Tout se bouscule dans sa tête. Ces instants si longtemps rêvés et capricieusement repoussés depuis des années n'appartiennent qu'à lui. Pourtant, tout le monde partage son bonheur: spectateurs, téléspectateurs, journalistes. Et même ses adversaires. La réaction de ces derniers ne trompe pas. Empreintes du plus profond des respects, serties d'admiration, elles témoignent de la marque que l'enfant de Berkane laissera derrière lui. Battu, Bernard Lagat était tout sauf déçu. Comment l'être? " J'ai été le premier à le féliciter car je sais combien cela représente pour un athlète de gagner un titre olympique et d'obtenir ce pour quoi il a tant travaillé. Il mérite son titre et je suis très content pour lui", confie le Kenyan, avant d'insister: "Je suis vraiment très, très content pour lui. "

    Pour El Guerrouj, le bonheur est à la hauteur du soulagement. Immense. "C'est fait, enfin! Il y a quatre ans, j'étais en pleurs dans la salle de conférence de presse de Sydney. Aujourd'hui, je suis devant vous et j'ai des larmes de bonheur, des larmes d'un enfant de quatre ou cinq ans. Je pense aux personnes qui m'aiment, ou que j'aime. Je suis heureux pour moi, pour mon entraîneur, pour mon pays, pour ma famille, pour tous les gens qui me soutiennent. Je crois qu'on peut dire que je mérite ce titre, j'ai attendu huit ans depuis Atlanta. Je crois qu'on peut dire que c'est l'histoire". Il n'a dès lors plus fini de l'écrire. Quatre jours plus tard, il réussit le doublé de l'impossible en remportant le 5000m au nez et à la barbe de Bekele, avec un dernier 400 en moins de 53 secondes. Seul Paavo Nurmi avait réussi un tel exploit, 80 ans plus tôt. Le roi n'est plus maudit. La légende lui appartient.

    HICHAM EL GUERROUJ EN 5 DATES

    . 1990: Agé de 16 ans, Hicham El Guerrouj convainc son père de le laisser partir à Rabat pour intégrer l'Institut national de l'athlétisme. Il est venu à l'athlétisme par son frère ainé. Son idole de jeunesse, Said Aouita, l'incite à s'orienter vers le demi-fond. "Je voulais lui ressembler", avoue-t-il.

    . 1995: A 21 ans, quasi inconnu du grand public, il prend la deuxième place des Mondiaux de Göteborg sur 1500m, derrière Nourredine Morcelli. Le premier coup d'éclat de sa carrière internationale.

    . 1998: Déjà double champion du monde, El Guerrouj s'offre le record du monde du 1500m le 14 juillet, lors du meeting de Rome. En 3:26.00, il efface Morcelli des tablettes. 10 ans plus tard, son record tient toujours.

    . 2000: Invaincu depuis la finale d'Atlanta, El Guerrouj est archi-favori des jeux de Sydney sur 1500m. Mais il s'écroule inexplicablement en finale. Une énorme désillusion dont il mettra plusieurs mois à se relever.

    . 2006: Le 22 mai, à 31 ans, le Marocain annonce qu'il met un terme à sa carrière. Son palmarès, gigantesque (4 titres mondiaux sur 1500m, 2 titres olympiques sur 1500 et 5000m) fait de lui le plus grand miler de l'histoire.

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