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Mayer : "J'ai l'impression d'être un peu le Christophe Colomb du décathlon"

Mayer : "J'ai l'impression d'être un peu le Christophe Colomb du décathlon"
Par AFP

Le 18/09/2018 à 19:13Mis à jour Le 18/09/2018 à 19:15

Tout frais recordman du monde du décathlon, Kévin Mayer, qui vient de vivre "le meilleur moment de [sa] vie" à 26 ans, veut explorer ses limites sportives, peut-être jusqu'aux Jeux de Los Angeles en 2028.

La voix légèrement éraillée des (sur)lendemains de fête, mais surtout le ton calme et réfléchi de l'athlète épanoui, Kévin Mayer a fini par retomber sur terre et s'est penché sur son décathlon record (9.126 points) réalisé les 15 et 16 septembre au Décastar de Talence. "J'ai vécu les meilleurs moments de ma vie dimanche au javelot je pense. Des moments incroyablement forts, parfois négatifs, parfois surpositifs. Ce sont ces montagnes russes d'émotions, cette explosion d'émotions qui a donné toute son importance à cet évènement au-delà du nombre de points que j'ai fait".

"J'ai énormément pris de plaisir pendant les épreuves, mais dès que je rentrais (au vestiaire, ndlr) il y avait toute cette question du record du monde, toute cette pression que j'avais sur les épaules qui me retombait dessus, c'était très dur à gérer", reconnaît-il toutefois.

France's athlete Kevin Mayer reacts after setting a new world record in the decathlon during the IAAF 'Decastar' World Combined Events Challenge in Talence, south-western France

France's athlete Kevin Mayer reacts after setting a new world record in the decathlon during the IAAF 'Decastar' World Combined Events Challenge in Talence, south-western FranceGetty Images

Mayer, passé maître dans l'art de maîtriser son corps (1,86 m, 82 kg) et ses émotions, explique ainsi qu'"il n'est pas possible de rester concentré pendant deux jours, nerveusement ça fatigue trop. Donc le but d'un décathlonien, c'est d'essayer de se déconcentrer entre les épreuves qui ne sont pas du tout pareilles techniquement". Il essaie alors de "baisser le rythme cardiaque pour que le corps récupère un peu". Il a par exemple utilisé l'apnée avant le lancer du disque ce week-end, mais sait ensuite se reconcentrer, parfois avec l'aide d'un petite balle qu'il fait rebondir sur la piste.

" Tout pour être champion olympique"

Son échec aux Championnats d'Europe de Berlin en août avec les trois essais qu'il avait mordus à la longueur ? Balayé et expédié avec aisance, comme il le ferait d'un disque. "Ca a été une frustration, ça a été un échec pour moi, mais si je n'avais pas mordu ces sauts, j'aurais très bien pu battre le record du monde aux Championnats d'Europe à Berlin. Je dirais juste que ça m'a laissé un mois de plus pour m'entraîner, progresser un peu plus, pour avoir encore plus de marge sur le record du monde. Sinon je ne suis pas quelqu'un de revanchard, je n'avais pas un 'noeud dans le coeur' en me disant que j'avais envie de prouver quelque chose à quelqu'un".

Kevin Mayer

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On pourrait se demander avec quelle motivation Mayer retournera à l'entraînement, repu d'un record du monde. C'est tout l'inverse, ce grand curieux voit s'ouvrir le champ des possibles à l'infini. "J'ai l'impression d'être un peu le Christophe Colomb du décathlon. Maintenant tout ce que je vais découvrir, ça n'aura jamais été découvert par personne d'autre. Ca va être à moi de trouver les choses qui me feront encore plus progresser, pour aller encore plus haut."

Plus haut, c'est d'abord le titre olympique, lui qui est déjà champion du monde depuis sa victoire à Londres en 2017. "Bien sûr ça fait des années que je pense au titre olympique, je pense que je vais faire office de 'sur-favori' aux JO de Tokyo (en 2020) et ce serait une énorme déception de ne pas réussir (...) Je donnerai tout pour être champion olympique c'est certain. C'est un rêve de gosse".

On pensait lui faire peur en évoquant les Jeux de Paris en 2024 dans six ans, une éternité dans une discipline aussi éprouvante physiquement. Kévin Mayer, qui aura 32 ans à ce moment-là, s'en amuse presque car il s'imagine beaucoup plus loin avec gourmandise. "Je me vois totalement jusqu'à 2024, le mieux ce serait d'aller jusqu'à 2028 (aux Jeux de Los Angeles). J'ai la chance d'être accompagné par un préparateur physique (Jérôme Simian) que j'estime au top de son domaine, qui fait en sorte que je ne sois jamais blessé, qui fait en sorte que je progresse chaque année. On ne sait pas jusqu'où ça peut aller, c'est ça qui est énorme. Je n'ai pas du tout l'impression d'avoir atteint le sommet de ma carrière ou quoi que ce soit. J'ai l'impression d'en être qu'au début et de construire petit à petit plein de choses. Et la construction je ne sais pas jusqu'où elle peut monter."

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