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Lavillenie : "On m'avait enterré et ça me faisait rire"

Lavillenie : "On m'avait enterré et ça me faisait rire"

Le 05/03/2018 à 09:30

MONDIAUX EN SALLE – Impérial, Renaud Lavillenie a dominé tous ses adversaires dimanche à Birmingham pour conquérir son troisième titre planétaire en salle. Un retour au sommet qu'il savoure à sa juste valeur après des mois difficiles. Mais l'intéressé n'a jamais douté de sa capacité à rebondir.

Il flottait dans l'air comme un petit parfum de déclin. Depuis cette venteuse et pluvieuse soirée d'août 2016, du côté de Rio de Janeiro. Renaud Lavillenie avait été parfait ce soir-là. Toutes les barres effacées au premier essai. Un record olympique à 5,98m. Une deuxième médaille d'or consécutive historique. Et puis Thiago Braz est passé par là, sortant de son chapeau cet improbable saut à 6,03m, dix centimètres au-dessus de son record. Dans les 18 mois qui ont suivi cette gigantesque frustration, comme si quelque chose s'était brisé, le Français a passé le cap de la trentaine et paraissait à la recherche de sa gloire passée.

C'était oublier que la source de sa relative stagnation a d'abord pris sa source dans une série de blessures qui l'ont empêché de s'exprimer comme il l'aurait souhaité tout au long de la saison 2017. Dans ces conditions, sa médaille de bronze aux Mondiaux de Londres, l'été dernier, était apparue comme un moindre mal. Mais le corps ne répondant plus, la tête avait du mal à suivre. "L'année dernière a été très, très compliquée, avoue son entraîneur Philippe d'Encausse. Renaud marche au feeling et le feeling n'y était pas." Le feeling, le Clermontois l'a retrouvé cet hiver. A Birmingham, il a validé son retour au plus haut niveau avec ce troisième sacre mondial en salle. Avec la manière, qui plus est.

Gestion parfaite

Car le rendez-vous hivernal était particulièrement relevé. Les meilleurs perchistes de la planète étaient là, donnant un peu plus de relief encore à cette reprise de pouvoir par le recordman du monde. "C'était super intense", juge Lavillenie, même s'il s'attendait à ce que cette finale plane un peu plus haut. A l'arrivée, il aura été le seul à franchir 5,90m. "Mais la longueur du concours a tué un peu la bagarre", analyse-t-il.

Peu importe. Lui a géré de main de maître son affaire. "J'ai pris du plaisir parce que j'ai contrôlé, explique le Français. A aucun moment, je n'ai été dans le doute. J'avais ma stratégie, je m'y suis tenu et ça a payé." D'où sa grande satisfaction, car il y a bien longtemps qu'il n'avait pas été à ce point maître des évènements. Sans doute depuis la finale olympique de Rio, même si l'affaire s'était achevée douloureusement. "Ce qui est cool, reprend-il, c'est que c'est la compétition de l'année que j'avais visée et tous les réglages se sont mis en place. Je n'ai pas failli et j'ai réussi à faire ce qu'il fallait. J'ai été capable de rester calme."

Renaud Lavillenie

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" Ce n'est pas parce que j'ai 31 ans et demi que c'est fini"

A 31 ans, Renaud Lavillenie a un CV long comme le bras. "C'est ma 17e médaille internationale, mon 11e titre, donc ça commence à faire beaucoup de belles choses", rappelle-t-il. Mais on ne se souvient pas de l'avoir vu aussi ému après une victoire. Sur le podium, pendant la Marseillaise, les larmes ont abondamment coulé. Alors, sa plus belle victoire, peut-être pas. Mais une victoire à part, ça oui, aucun doute :

" C'est la première fois que j'ai autant d'émotions, avoue le champion olympique 2012. Je sais d'où je viens, l'année dernière je me suis fait opérer du ménisque, j'ai galéré tout l'hiver et en été, il y a eu l'arrivée de ma petite fille. Il y a eu plein de choses qui ont changé en l'espace d'un an et demi et cela fait un bien fou de se dire que malgré tout ça, il y a toujours cette envie de gagner et que je suis capable de le faire."

Si ces Championnats du monde auront prouvé une chose, c'est qu'un Renaud Lavillenie à 100% de ses moyens physiquement est tout à fait capable de rester le meilleur perchiste du monde. "Il peut de nouveau se projeter sur les années à venir et se dire qu'il peut continuer à être meilleur que les autres", juge D'Encausse. "Ce n'est pas parce que j'ai 31 ans et demi que c'est fini, sourit de son côté l'Auvergnat. J'ai montré aux petits jeunes que c'est loin d'être fini et quand on voit mes tentatives à 6 m, il y a de quoi nourrir des ambitions pour l'avenir."

Mine de rien, Birmingham aura eu un petit parfum de revanche pour lui. "Sur les deux dernières années, on m'avait enterré et ça me faisait rire parce que je savais ce que je valais", glisse le recordman du monde. Désormais, tout le monde le sait.

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