Kevin Mayer est un cas à part dans la délégation française. A Londres, il est le seul Tricolore à se pointer au Stade Olympique avec la pancarte du favori plaquée dans le dos. Vice-champion olympique l'an dernier à Rio avec une performance qui l'avait placé parmi les meilleurs spécialistes de l'histoire du décathlon, le Français veut passer du statut de dauphin à celui de roi.
Une ambition légitime, après le départ à la retraite du médaillé d'or au Brésil, Ashton Eaton. Mais ce nouveau statut, le Français s'en passerait bien. "C'est du décathlon, pas un 100m, donc il faut arrêter de dire que je suis favori et que ça va être facile, a-t-il rappelé à l'AFP. J'ai dix épreuves à maîtriser et il peut se passer tellement de choses durant un décathlon... Cela va être très, très compliqué".

A Rio, déjà...

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D'autant qu'au décathlon, avant de lutter contre les autres, on se bat d'abord contre soi-même. C'est tout particulièrement vrai de Kevin Mayer, en proie à un stress qu'il peine à contrôler. Pour lui, ces journées qui précèdent le grand saut dans l'arène, vendredi et samedi, s'apparentent à un calvaire.
L'an dernier, à Rio, il avait déjà avoué a posteriori à quel point il avait souffert. "Je vous avais dit que j'étais serein mais je me chiais clairement dessus, avait-il confié, sa médaille d'argent autour du cou. J'avais du mal à dormir tellement je m'imaginais ces dix épreuves, et j'en foirais toujours une. Il y avait énormément de peur, de souffrance." A l'époque, il avait ajouté qu'il se savait "physiquement prêt pour faire une grand décathlon", mais que "mentalement", il l'ignorait. On pourrait imaginer qu'après sa formidable réussite brésilienne, l'approche de ces Mondiaux serait moins douloureuse. Mais non.
Peu importe l'événement, son propre statut, ses ambitions ou son état de forme, chaque décathlon produit les mêmes effets secondaires. Cette semaine, il a d'ailleurs employé les mêmes paroles qu'aux Jeux. "Je me chie dessus les 15 jours avant un décathlon, a-t-il encore rappelé. Un décathlon c'est compliqué à appréhender, on imagine les dix épreuves et on se demande comment elles pourraient toutes bien se passer. Il y a énormément de stress. J'ai tout le temps envie d'arrêter l'athlé avant un décathlon."
Je suis une petite chialeuse 15 jours avant un décathlon
Ce n'est pas tant la peur de mal faire que la gestion de la souffrance à venir, inévitable, consubstantielle au déca, qui le met dans un tel état. "Je suis une petite chialeuse les jours qui précèdent un décathlon et ça fait énormément de bien de pleurer seul, reprend le vice-champion olympique. Après, il y a une espèce de léthargie qui apparait et je me dis : 'profite de ton lit parce que demain tu vas en chier'".
Alors, ayez une pensée pour Kevin Mayer, qui vit ses pires moments de l'année. Mais vendredi soir, tout ira mieux. Une fois confronté à l'arène, tel un dramaturge grimpant sur scène, le trac laissera la place à l'expression. Après tout, mieux vaut flipper avant que pendant. Sportivement, il a tout pour réussir son pari : devenir le premier champion du monde français au décathlon. "Je suis plus fort qu'à Rio", annonce le recordman de France (8834 points). Et au moins aussi stressé... Ce n'est pas forcément bon signe.

Kévin Mayer, champion d'Europe et nouveau recordman d'Europe de l'heptathlon à Belgrade

Crédit: AFP

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