La Russie vise jusqu'à 50 médailles lors des Jeux olympiques de Tokyo, a expliqué à l'AFP le patron de son comité olympique (ROC), et cela en dépit des sanctions "injustes" privant les sportifs russes de leurs drapeau et hymne à cause d'un vaste scandale de dopage. "Bien sûr que le drapeau national, l'hymne national sont des facteurs supplémentaire de motivation (...) et que nous allons concourir sans ces éléments manquants, néanmoins nous prévoyons de remporter 40-50 médailles", a déclaré Stanislav Pozdniakov lors d'un entretien à l'AFP.*
Un bilan qui serait honorable, en deçà des 56 médailles ramenées de Rio en 2016, et qui serait loin des 82 podiums de Londres en 2012 (réduits ensuite à 67 en raison d'affaires de dopage), avant que la Russie ne se retrouve engluée à partir de 2015 dans une colossale affaire de triche sportive aux multiples rebondissements. Depuis, la Russie a été suspendue quatre ans des grandes compétitions internationales par l'Agence mondiale antidopage (AMA), sanction ramenée fin 2020 à deux ans par le Tribunal arbitral du sport (TAS) malgré des voix réclamant l'exclusion pure et simple des Russes.
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Jusqu'en décembre 2022, seront donc bannis l'hymne, le drapeau et jusqu'au nom de la Russie. Les sportifs russes, eux, seront bien de la partie, mais cette décision reste "injuste pour nos sportifs" et "excessive", regrette Stanislav Pozdniakov, le patron du ROC. "La génération actuelle de sportifs russes (...) n'a rien à voir avec des accusations qui remontent à 2015", ajoute-t-il.

Sergey Shubenkov

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Travail conjoint
Cette position, selon laquelle les sportifs propres payent pour les dérives de leurs aînés, est celle de la Russie depuis les premières révélations de l'AMA. Le problème est que Moscou a aussi cherché, pas plus tard que fin 2018, à manipuler les données du laboratoire antidopage de Moscou transmises à l'AMA afin notamment de cacher des traces de contrôles positifs.
Stanislav Pozdniakov juge cependant que le temps est venu de tourner la page, alors que les responsables russes, Vladimir Poutine en tête, ont longtemps dénoncé un complot occidental, visant à humilier et éliminer un concurrent sportif et géopolitique. Ainsi, le patron de l'olympisme russe salue "le travail conjoint effectué par le ROC et le CIO (qui) rend nos athlètes heureux" en leur offrant la possibilité d'aller aux JO sous bannière neutre.
Quant aux sanctions du TAS, "nous comprenons que dans tout différend entre deux organisations qui vont en justice - ici Rusada et l'AMA - la vérité est quelque part au milieu", dit-il, un brin langue de bois avant de philosopher sur "la vie humaine (qui) est toujours basée sur une sorte de compromis et la recherche d'un consensus".

Vladimir Poutine

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Tchaïkovsky et couleurs russes

Le consensus a peut-être été trouvé à Tokyo, où les sportifs russes concourront sous le nom du ROC dont ils arboreront le symbole : une flamme olympique aux bandes blanches, bleues et rouges, les couleurs du drapeau national. L'hymne a été remplacé par une oeuvre du compositeur russe Tchaïkovsky et la tenue officielle sera aux couleurs de la Russie.
Un rapport de l'AMA avait conclu en novembre 2015 à l'existence d'un programme de dopage qui n'aurait "pas pu exister" sans l'assentiment du gouvernement russe. L'affaire rebondissait en mai 2016, quand l'ex-directeur du laboratoire antidopage de Moscou Grigori Rodtchenkov, réfugié aux États-Unis, révélait un système de triche généralisé aux Jeux de Sotchi en 2014. Moscou nie tout dopage organisé et évoque des dérives individuelles, tout en contestant la crédibilité de Grigori Rodtchenkov.

Grigory Rodchenkov

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Redonner de la crédibilité

L'arrivée de Stanislav Pozdniakov, 47 ans, a la tête du Comité olympique russe en mai 2018 visait à redonner de la crédibilité à l'organisation. Cet ancien escrimeur, quadruple champion olympique, est éloigné du monde politique, contrairement à son prédécesseur, un député proche du pouvoir. L'ancien médaillé, dans un sport "toujours épargné par le dopage" souligne-t-il, assure que la Russie a fait depuis son arrivée "un excellent travail".
"Ma mission principale est de protéger les futures générations d'athlètes russes des problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui", dit-il, vantant les progrès de l'agence antidopage Rusada "qui bénéficie d'une indépendance opérationnelle totale" et de "plus de dix millions de dollars de budget annuel".
Cela ne va pas sans à-coup. L'ex-patron de Rusada Iouri Ganous, respecté à l'étranger mais dérangeant pour bien des responsables russes, a ainsi été brutalement viré en août 2020. Un limogeage voté notamment par le Comité olympique russe.

Stanislav Pozdniakov (Russie)

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