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James Harden, basketteur qui définit une génération… et ses dérives

Harden, basketteur qui définit une génération… et ses dérives

Le 15/01/2019 à 09:42Mis à jour Le 15/01/2019 à 17:26

NBA – S’il n’est pas la seule référence de son époque, James Harden est le joueur qui capture le mieux l’essence du basket moderne. Un attaquant prodige qui bat des records offensifs à la pelle et affole les compteurs comme très peu de joueurs l’ont fait avant lui dans cette ligue.

James Harden a eu besoin de moins d’une petite demi-heure pour finalement battre le record de Kobe Bryant ce lundi soir. Il lui fallait 30 points, encore une fois, pour atteindre le plateau des dix-sept matches de suite avec au moins 30 unités au compteur. Et ainsi s’assurer la plus longue série de la sorte depuis la fusion de la NBA et de l’ABA en 1976. Il était déjà à 36 à la pause. 57 à l’arrivée, avec une victoire des Rockets contre les Grizzlies et une superstar un peu plus dans l’Histoire. Un nouvel exploit au cœur d’une saison absolument incroyable pour le barbu. Les cartons, on ne les compte même plus. Enfin si, on les compte justement pour déterminer ce record, qui, par ailleurs, reste flou puisque Wilt Chamberlain a marqué plus de 30 points lors de 20 rencontres consécutives en 1964. Peu importe, enfin presque, la NBA veut vendre du record.

Puis les performances d’Harden sont hallucinantes, bien qu’il tende à banaliser l’impossible avec sa nonchalance caractéristique. Une facilité déconcertante pour marquer des paniers. Soir après soir. C’est déjà son troisième match à 50 pions ou plus cette saison. Il affiche une moyenne absolument effarante de 44 pts par rencontre en l’absence de Chris Paul, co-leader à Houston. C’est tellement dingue que certains en viennent à se demander si ce qu’il fait actuellement a même déjà été fait un jour par un autre basketteur. Ceux qui le suivent au quotidien n’ont pas froid aux yeux et se mouillent : non seulement il est unique mais il est aussi le plus fort. Daryl Morey, le GM des Rockets, parle de “meilleur attaquant de tous les temps.” Si Paul ne va pas aussi loin, il déclare tout de même “qu’il n’a jamais vu un attaquant aussi doué“.

Le symbole du jeu moderne

Difficile de vraiment comparer les époques. Il y a eu d’autres phénomènes impossibles à arrêter, de Wilt Chamberlain à Michael Jordan en passant par Kareem Abdul-Jabbar ou même Kobe. Mais James Harden s’en rapproche. Nous, nous préférons le qualifier de prototype ultime du basketteur moderne. Le visage d’une génération. Alors il n’est évidemment pas la seule référence. Pour être honnête, il n’est peut-être même pas LA référence de son époque. Parce que Stephen Curry a révolutionné le jeu avec son adresse à trois-points. Il est le symbole de cette nouvelle vague. Mais Harden se met de plus en plus à sa hauteur. Avec une régularité impressionnante au plus haut niveau : il a fini deuxième du vote pour le MVP en 2015 et 2017 avant de finalement décrocher le trophée l’an dernier. Il est en course pour le doublé. Il est peut-être même le favori (il y a débat avec Giannis Antetokounmpo) à l’heure actuelle.

Le basket d’aujourd’hui est rythmé par la dictature du "moneyball". Les statistiques et les maths qui ont envahi le sport. Les franchises n’embauchent plus seulement des coaches ou des managers. Elles recrutent des spécialistes capables de manier les chiffres pour comprendre ce qui se passe sur le terrain. Et dicter quel tir il faut prendre. Ceux qui rapportent le plus de points. Le trois-points, qui par définition vaut plus que deux. Le noble art du tir à mi-distance, celui de Michael Jordan ou de Kobe Bryant, a donc été proscrit. Autant faire un pas de plus pour marquer un point de plus. Parce que 33% à trois-points sur 10 tentatives apportent presque autant que 50% à deux-points sur le même nombre d’essai. C’est plus que du sport. Les deux autres zones recherchées ? Les layups et dunks, au plus près du panier. Et les lancers-francs, parce qu’un basketteur est censé marquer sans pression défensive. Bon, pour certains joueurs, ça reste théorique.

Aucune franchise n’incarne mieux cette révolution statistique que les Rockets. Ils sont pionniers en la matière. Leur dirigeant, Morey, est un adepte. Leur coach, Mike D’Antoni, est un adepte. Et leur superstar, James Harden, est un adepte. Il est même plus que ça. Il est le "moneyball" sous enveloppe humaine. Son “step back” (un pas à reculons, parfois deux ou trois quand les arbitres sont inattentifs…) pour se créer de l’espace et shooter derrière la ligne à trois-points est devenu un mouvement signature. Hors de question de tenter sa chance à mi-distance, il recule et déclenche derrière l’arc. Il est d’ailleurs le joueur qui marque le plus de paniers primés cette saison. Il n’est pas ultra-athlétique mais il trouve toujours une façon de pénétrer la défense et de provoquer des fautes. Il est d’ailleurs le joueur qui tire le plus de lancers – et de très loin – lors de chaque saison depuis 2014.

James Harden, “game changer”

Il est le joueur parfait à l’époque d’une explosion offensive quasiment sans précédent. Il est sublimé par la philosophie de D’Antoni (imaginez seulement les cartons que feraient Stephen Curry s’il avait joué autant de picks-and-roll par match). Un Steve Nash qui se serait d’abord mis en tête de marquer le plus de points possible. Il redéfinit le jeu. Et même la manière de siffler selon Steve Kerr, le coach des Warriors : “Certains joueurs change la manière de jouer et il est de cela. Il a même changé la manière de siffler. Il a changé la façon dont les attaquants provoquent des fautes.

C’est là qu’il y a polémique. C’est là qu’il est aussi le visage de certaines des dérives de la NBA actuelle. La ligue veut tellement protéger – et donc vendre – ses superstars qu’elle en devient parfois ridicule. Elle est tellement en faveur des cartons offensifs – et donc vendre – qu’elle en oublie parfois l’essence du jeu. Et Harden symbolise aussi tout ça. Ses marchers non sifflés sur ses sauts à reculons font le tour de la toile et même les autres acteurs de la ligue ne comprennent pas. Récemment, Stephen Curry a mimé le numéro 13, celui d’Harden, à un arbitre pour faire comprendre avec ironie que les coups de sifflet iraient peut-être plus dans son sens s’il était barbu et jouait aux Rockets (ce qui, en soi, est culotté : les Warriors sont évidemment aussi protégés).

C’est la dérive des célébrations à tout va. Un peu à l’image de ce record battu ce lundi par exemple. Voilà deux semaines que la NBA nous vend la série la plus longue de l’Histoire. Et dès ce matin, le compte officiel de la ligue mentionnait soudainement les performances de Wilt Chamberlain qu’elle a sorti de ses livres d’Histoire. Le message ? Continuions à suivre, il y a un autre record à battre ! Encore. Toujours. Pour maintenir le public en haleine. Du coup, on célèbre tous les points et les triples-doubles d’Harden. Mais quid de l’efficacité quand il envoie un 1 sur 17 à trois-points ? Quid du jeu collectif ? Du partage, et ce malgré ses 9 passes par match ?

Passeur oui, mais individualiste quand même

C’est la dérive du pick-and-roll à outrance. Le système le plus simple qui soit, répété et répété jusqu’à épuisement. Le maestro des Rockets joue 17 isolations par match. Soit 7 de plus que DeMar DeRozan, deuxième du classement. Il pose en moyenne plus de 8 dribbles – 8 ! – avant de tenter un tir à trois-points. C’est absolument énorme et ça représente bien les longues possessions interminables où il monopolise la gonfle, ses coéquipiers jouant le rôle des plots, avant de prendre sa chance. Pour comparer, un joueur NBA prend en moyenne 1,44 dribble avant de tirer à trois-points. Stephen Curry monte à 1,99. Harden est à 8,44. Il est peut-être le meilleur attaquant du monde mais il est aussi le plus ennuyeux à regarder.

Enfin, il y aussi les dérives du bonhomme. Le soliste masqué derrière sa capacité à faire des passes et donc, quelque part, paradoxalement, une forme d’altruisme. Mais James Harden vit pour ses ambitions individuelles. Quitte à forcer – on en revient au 1 sur 17 à trois-points – pour battre le record. C’est de bonne guerre. C’est tellement célébré ici et là que ça se comprend. Quitte à s’épuiser pour à tous prix chercher un deuxième MVP, et il a avoué que c’était un objectif prioritaire, quitte à se cramer avant les playoffs. Exactement la même erreur que l’an dernier, quand il a ensuite manqué de jus pour reproduire des performances similaires lors des matches les plus importants de l’année.

La dérivé de l’obnubilation de l’attaque au dépriment de la défense. Nash avait ses lacunes défensives. Harden, lui, n’en a rien à secouer. Et comme le Canadien, il passera peut-être près de gagner une bague sans jamais le faire. Hors, il sera difficile d’être vraiment considéré comme la référence absolue de son époque sans s’offrir au moins un titre…

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