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Quand Jordan était impressionné par Kobe : "Est-ce qu’on sautait comme ça ? Je ne m’en souviens pas"

Quand Jordan était impressionné par Kobe : "Est-ce qu’on sautait comme ça ? Je ne m’en souviens pas"
Par Eurosport

Le 11/04/2018 à 15:11

Eurosport s’est procuré les bonnes feuilles du livre "Kobe Bryant, Showboat". Ecrit par Roland Lazenby, aux éditions Talent Sport, l’ouvrage revient sur la carrière hors-norme de Kobe Bryant et nous révèle quelques anecdotes sur son parcours. En voici quelques extraits.

Premiers contacts et débuts avec les Lakers

Kobe Bryant devait retourner à Los Angeles pour tourner une pub pour Adidas. "A priori tu vas aller faire un autre essai aux Lakers", lui a dit Joe un matin.

L’ambiance qui s’est dégagée de ce deuxième entraînement a incité Kobe à penser que l’équipe envisageait sérieusement sa candidature. Avant la séance, Bryant a pu parler longuement pour la première fois à Jerry West, qui lui a fait part de quelques-unes de ses pensées sur la compétition en NBA. Ça a été le début de sa relation de mentor avec le "gamin", comme les fans de L.A. allaient bientôt l’appeler. "Il savait tant de choses sur le basket", m’a dit Bryant.

Cette fois-là il s’entraînait également devant le coach Del Harris, qui n’avait pas vu le premier entraînement, une indication du faible investissement de l’équipe dans cette première évaluation. Le second entraînement a eu lieu dans une YMCA 63 située dans une rue secondaire de L.A., et Bryant a été stupéfait par la localisation de la salle, à l’écart, et par le caractère secret de cette seconde séance. Bryant a été opposé au très en vue Dontae’ Jones de Mississippi State, qui ce printemps avait été le MVP du tournoi NCAA Southeastern Regional. Les deux joueurs ont commencé par des exercices de tir. Puis Bryant a fait des un-contre-un face au très endurci senior d’université et l’a battu sans appel, lui dunkant dessus.

Dans l’esprit de Bryant, ce moment lui a montré ce qu’il aurait pu faire à l’université. Bryant s’était montré très désireux de participer à des camps de prédraft de la NBA pour défier les joueurs d’université, mais son agent et son père ne l’y ont pas autorisé. À la place, il a effectué des entraînements individuels pour plusieurs équipes : Phoenix (où il a disputé des un-contre-un enflammés contre le big man Todd Fuller), New York, New Jersey (où il s’est rendu trois fois et où il a fait une forte impression aux tirs et s’est créé un lien avec le coach John Calipari, qui a fait tous les exercices avec lui), et Boston.

D’après Vaccaro, les Lakers ont arrêté le second entraînement après seulement vingt minutes. West s’est levé de son siège sous l’un des paniers et s’est précipité au milieu du terrain, il a pris Sonny Vaccaro par le bras et lui a demandé de s’arrêter là.

"C’est bon, a soufflé West à Vaccaro. Je vais le prendre."

"Ça a été l’un des plus grands moments de ma vie. Il y avait là Jerry West qui me disait que j’avais eu raison à propos de ce gamin", a déclaré Vaccaro en 2015.

Quelques minutes plus tard, West a dit la même chose à Bryant : la franchise allait faire tout ce qui était en son pouvoir pour le drafter.

Bien plus tard, un bruit est parti de l’organisation des Lakers selon lequel West considérait l’entraînement de Bryant comme le meilleur qu’il n’ait jamais vu. C’est ce qu’il a affirmé au légendaire speaker des Lakers Chick Hearn, qui s’est plu à raconter cette histoire pendant des années. West s’en était longtemps remis à la croyance qu’en tant que recruteur on pouvait voir ce dont un joueur était capable sur le terrain, mais qu’il était beaucoup plus difficile, presque impossible, de savoir ce qu’il avait dans le coeur, qui était le lieu de la vraie grandeur. Mais la séance d’entraînement de Bryant avait été si impressionnante que pour Jerry West, elle avait révélé son coeur, tout comme cela avait été le cas précédemment pour Tony DiLeo. C’était là, dans ses seules qualités techniques, d’une certaine façon, que l’on pouvait voir la somme de travail, toutes les heures qu’un joueur avait dû accumuler pour maîtriser de tels moves, des appuis, des feintes et les exécuter parfaitement.

Duel et comparaisons avec Jordan

Dans le troisième quart-temps de ce match à sens unique, alors que Jordan défendait sur lui, Bryant a eu l’opportunité qu’il attendait. Il est parti de l’aile gauche pour couper en bas côté droit, là, il a reçu la balle et a exécuté un des gestes caractéristiques de Jordan en face du maître lui-même. Dos à Jordan, Bryant a fait une feinte sur sa gauche comme s’il allait partir ligne de fond, puis a pivoté brusquement sur sa droite, s’est élevé et a planté un tir à six mètres en plein devant "His Airness".

Ce fait d’armes a décuplé la confiance de Bryant ainsi que le sentiment dans le public que le prochain grand joueur de légende était arrivé. Jordan était allé brièvement sur le banc, puis est revenu en jeu, dans un match déjà plié, pour un duel avec Bryant dans le plus pur style des playgrounds.

"Michael adore ce genre de défi, a commenté l’arrière des Bulls Ron Harper après coup. [Kobe] est un très jeune joueur qui montera peut-être sur le trône un jour, mais je ne pense pas que Michael soit prêt à céder son trône. Il a voulu montrer à tout le monde qu’il était toujours Air Jordan."

Ça s’est transformé en soirée à grand spectacle pour les émissions de télé, avec les deux joueurs jouant les équilibristes poste bas, enquillant les tirs dans le périmètre et se faufilant dans la raquette pour des dunks de toute beauté. Jordan a marqué 36 points et Bryant a battu son record en carrière avec 33 points, le tout chaussé de ses nouvelles Adidas.

"J’avais cette même vitalité quand j’étais jeune, a déclaré ensuite Jordan aux journalistes. C’est excitant de rivaliser par l’esprit avec les qualités physiques de l’adversaire, sachant que ça fait déjà longtemps que je suis là et que si je dois défendre sur Kobe Bryant… je peux encore y arriver."

À presque 35 ans, Jordan a reconnu être assez époustouflé par les qualités athlétiques démontrées par Bryant. "Est-ce qu’on sautait comme ça ? Je ne m’en souviens pas, a-t-il dit à son coéquipier Scottie Pippen lors d’un temps-mort.

- Je pense que oui, mais ça fait si longtemps que je ne m’en souviens pas", lui a répondu Pippen, forfait sur blessure.

"J’avais l’impression d’être dans la même situation que certains des autres joueurs contre qui j’ai joué, a déclaré Jordan sur le fait de défendre sur Kobe Bryant. Il a très certainement montré qu’il peut être une force chaque fois qu’il entre en jeu. Il a beaucoup d’attitudes différentes. En tant que joueur offensif, vous voulez montrer beaucoup d’attitudes différentes pour que la défense soit toujours dans le doute."

Jordan a souligné que, tout comme lui lorsqu’il était un jeune joueur talentueux, Bryant devait apprendre à s’assurer que le fait de "prendre le match à son compte » ne nuise pas au jeu collectif.

"Oh, c’est la chose la plus dure dans le basket", a reconnu Bryant, tout en admettant que son désir de défier Jordan individuellement avait été énorme. Il a dit que le pouvoir de marquer était quelque chose qu’il devait apprendre à contrôler. "Parfois, vous devez le refréner. C’est tellement grisant. Je peux lire comment les équipes adverses défendent sur moi. En ce moment, elles me laissent prendre le tir. Elles ne veulent pas que je drive au cercle", a-t-il déclaré.

Kobe Bryant et Michael Jordan

Kobe Bryant et Michael JordanPanoramic

Team USA et le "sphinx glacial"

"Le fait d’avoir joué avec lui aux Jeux olympiques est probablement le meilleur souvenir que j’ai de lui, a dit Dwyane Wade en 2015, rappelant un témoignage similaire de LeBron James à propos du premier été où l’équipe a travaillé ensemble. Je me souviens d’un jour où nous sommes arrivés très tôt dans une ville, et tout le monde voulait dormir un peu avant l’entraînement du lendemain. Je me lève le lendemain, j’arrive et je vois Kobe assis, en sueur, en train de se mettre de la glace. »

"Qu’est-ce que tu fais ? lui a demandé Wade.

J’en suis déjà à mon deuxième entraînement", lui a répondu Bryant.

"Il en était déjà à son deuxième entraînement avant que quiconque se soit présenté, s’est rappelé Wade. C’est là que j’ai compris qu’il était différent. Il m’a parlé de son éthique de travail et de sa volonté d’être un grand joueur."

Son exemple l’a inspiré, lui ainsi que d’autres dans l’équipe. "J’avais toujours beaucoup travaillé également – je n’ai jamais été avare dans ce domaine – mais vous comprenez pourquoi un gars est si fort quand vous voyez des choses comme ça", a poursuivi Wade.

C’était en quelque sorte le propre jeu psychologique de Bryant, un défi lancé et bien visible pour ses coéquipiers. Cela contredisait l’image du "cool" que donnait souvent le sport, même au plus haut niveau, et bousculait la notion : "Ne montre jamais tout le mal que tu te donnes."

Bryant était l’antithèse de cela. Il donnait à voir son dur labeur à ses coéquipiers olympiques, bien qu’il évite la compagnie de la salle de restauration. En dehors du terrain, Bryant était perçu comme un sphinx glacial. Il n’y avait pas les parties de cartes que Jordan faisaient durer toute la nuit avec ses coéquipiers qui, incrédules, rapportaient plus tard à leurs familles et à leurs amis : "Il ne dort pas. "

  • Kobe Bryant, Showboat, par Roland Lazenby, Talent Sport, 24 euros
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Kobe Bryant - "Showboat"
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