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NBA - Défaites, disputes… quel mal ronge le vestiaire des Warriors ?

Défaites, disputes… quel mal ronge le vestiaire des Warriors ?

Le 21/11/2018 à 17:06Mis à jour Le 21/11/2018 à 20:09

NBA - Pour la première fois depuis quatre ans, les Golden State Warriors traversent un semblant de crise. Les doubles champions en titre ont l’air éreinté mentalement et physiquement après avoir dominé la ligue sans relâche. Décryptage d’une atmosphère étrangement tendue au sein de la meilleure équipe du monde.

Peut-on vraiment parler de crise ? Le mot paraît trop fort. Pas adapté aux déboires des Golden State Warriors. Surtout en comparaison aux situations sacrément délicates de certaines franchises comme les Washington Wizards ou les Minnesota Timberwolves avant le transfert de Jimmy Butler. Mais il y a tout de même quelque chose qui ne tourne pas (plus ?) rond du côté d’Oakland. Les doubles champions en titre ont perdu trois rencontres de suite, un fait extrêmement rare depuis l’arrivée de Steve Kerr sur le banc de touche en 2014.

Plus que les revers, c’est aussi la manière. Ils ont été balayés par les Houston Rockets (86-107). Ils ont été battus par les modestes Dallas Mavericks (112-109). Puis ils ont été corrigés par les San Antonio Spurs (92-104). Un road trip texan ponctué sans la moindre victoire. Mais encore plus que les résultats, c’est surtout l’ambiance pesante au sein du vestiaire qui marque les esprits.

C’est notre période la plus difficile depuis quatre ans“, reconnaît Kerr. “C’est ça, la vraie NBA. Nous étions comme dans un rêve depuis quatre ans. Et là on découvre la vraie adversité.” Le coach a ajouté que ses ouailles étaient à bout physiquement, épuisées par quatre campagnes consécutives – autant de finales NBA pour trois titres – à presque cent matches joués. Ça laisse évidemment des traces sur les organismes. Mais aussi surtout dans les têtes. Il le dit, ses hommes sont “usés mentalement“. C’est ça le plus choquant pour l’œil extérieur. Les clashs dévoilés au grand jour. Des drames, il y en a toujours eu aux Warriors. Comme dans toutes les équipes du monde, amateurs et professionnelles.

L’ancien joueur David West (retraité depuis le dernier sacre en juin) a été le premier à sous-entendre que les Californiens ont eu beaucoup de soucis à gérer en interne. Sauf que, justement, jusqu’à présent, ça restait en coulisses. Une première querelle a éclaté aux yeux du grand public cette saison. Kevin Durant et Draymond Green se sont pris le bec après une défaite contre les Los Angeles Clippers et la franchise a pris par la suite la décision de suspendre publiquement Green pour un match sans solde. L’intérieur All-Star n’avait écopé une pareille sanction que le jour où il était à deux doigts de frapper son entraîneur dans le vestiaire du Thunder en 2016. Imaginez donc le choc.

Durant et Green lors d'un match entre Golden State et le Utah Jazz en octobre.

Durant et Green lors d'un match entre Golden State et le Utah Jazz en octobre.Getty Images

Mais à quoi joue Kevin Durant ?

Attardons-nous d’abord sur Durant. Pour comprendre ce qui se passe à Golden State, il faut essayer de décrypter ce qui se trame dans la tête de KD. Non pas qu’il soit responsable de tous les maux de la franchise. Bien évidemment que non. Il ne s’agit pas de trouver soudainement un coupable et de faire de la superstar un bouc-émissaire. Mais il y a tout de même quelque chose qui cloche avec l’ancien joueur d’Oklahoma City cette saison. Il a l’air… perturbé.

Personne ne sait justement ce qu’il pense. Même son propre entourage insiste sur le fait que le garçon n’a pas l’air de vraiment savoir ce qu’il veut. Dans la vie. Pour sa carrière. Et il ne sait donc probablement pas ce qu’il veut pour la prochaine intersaison, quand il aura l’opportunité de se retrouver une nouvelle fois sur le marché. Contrairement à la saison précédente, il n’a pas clamé haut et fort son intention de rester aux Warriors. Il n’a pris aucun engagement. Logique. Ce n’est pas nécessairement le signe qu’il va partir. Mais ça montre sans doute qu’il compte réellement étudier les options mises à sa disposition. Il y a donc l’ombre de son départ qui plane sur l’organisation. Ce qui peut stresser ses camarades.

Quand Durant a reproché à Green de ne pas lui avoir passé la balle sur la dernière possession du match finalement perdu contre les Clippers, ce dernier a riposté férocement en évoquant l’avenir de son ami. Il l’a qualifié d’égoïste (avec un paquet d’insultes dans le lot) qui devenait une distraction pour l’équipe en laissant le doute sur sa prochaine décision. Tout en lui rappelant que les Warriors avaient déjà gagné un titre – sans lui – avant qu’il se pointe à l’été 2016. Le coup de chaud de Green peut se comprendre. Stephen Curry, Klay Thompson et lui se sont sacrifiés individuellement pour faire venir KD et le mettre à l’aise au sein de leur système. Quelque part, peut-être même inconsciemment, ils attendent de la fidélité, ou au moins de l’honnêteté en retour.

Mais Durant a lui aussi fait des compromis. C’est son amour propre qu’il a laissé de côté. Parce qu’il en a pris plein la figure, et c’est un euphémisme, depuis qu’il a annoncé sa décision de rejoindre Golden State. Dans ses déclarations, il fait souvent mine de ne pas prêter attention au regard des autres. Mais ses actes prouvent le contraire. Il est touché et ça se voit. Ça se sent. Voilà un basketteur qui a été adulé tout au long de sa carrière et qui se retrouve soudainement détesté juste parce qu’il a fait un choix personnel. C’est probablement difficile à vivre pour un individu qui se cherche encore. Il n’a pas l’air en paix avec lui-même, contrairement à Curry ou Thompson par exemple.

Les gens qui se soucient de ce qui se dit sur eux sont souvent ceux qui sont à la recherche de l’amour des autres. Et Durant, justement, fait attention à tout ce qui se dit sur lui. Au point d’avoir créé des faux comptes pour répondre à ses détracteurs sur les réseaux sociaux. Il se sent mal-aimé. Par les fans. Par la presse. Le pire, c’est qu’il le dit comme s’il en était persuadé. Quelque part, c’est surtout ça qui pourrait le pousser à partir. Il pensait que les bagues lui ramènerait la popularité, comme ce fut le cas pour LeBron James, ennemi public numéro un redevenu chouchou après ses deux titres à Miami puis son troisième héroïque avec Cleveland. Parce que lors des débats incessants et futiles qui passent en boucle, ce sont toujours les vainqueurs, le palmarès, que l’on retient. Durant a gagné mais il n’est toujours pas respecté. Les Warriors sont tellement forts, la ligue tellement déséquilibrée, que sa décision n’a toujours pas été digérée par une partie du grand public. C’est peut-être exactement pour ça qu’il a besoin d’un nouveau défi.

Kevin Durant lors du match Atlanta Hawks - Golden State le 13 novembre.

Kevin Durant lors du match Atlanta Hawks - Golden State le 13 novembre.Getty Images

Quand Stephen Curry n’est pas là, rien ne va

En attendant, il est méconnaissable sur le terrain. Un joueur de cette classe et de ce talent est susceptible de faire gagner les Warriors même avec l’effectif actuel, rafistolé à la hâte. Durant a été MVP en étant entouré de Serge Ibaka et Reggie Jackson à Oklahoma City (Russell Westbrook, blessé, avait manqué une majeure partie de la saison). Ses coéquipiers actuels sont plus forts que ceux de l’époque. Et pourtant le jeu des Dubs est bien pâle en ce moment, avec un KD qui arrose dans le vide sans être en mesure de faire gagner les siens. Preuve qu’il n’y est pas mentalement. C’est peut-être aussi simplement de la faute de Kerr. C’est au coach de mettre en place d’autres systèmes. Golden State se repose soudainement quasiment que sur des isolations ! Un comble ! Le tacticien a bâti tout son système autour de Stephen Curry sans avoir de solutions de rechange quand le double MVP n’est pas là.

L’absence de Curry, justement, elle pèse énormément. C’est là qu’on voit l’impact gigantesque du bonhomme. Pas seulement sur le terrain mais aussi dans le vestiaire. C’est un formidable leader, sans doute l’un des plus brillants de la NBA avec Damian Lillard. Si Curry avait été là, sur le parquet ou en dehors, Green et Durant ne se serait peut-être même pas disputés de manière aussi véhémente. On ne parlerait même pas de mauvaise passe à l’heure actuelle. Ça souligne aussi l’impact de la fatigue sur les Warriors. Ils ont besoin d’être en bonne santé – physique et mentale – pour dominer la ligue. Ils sont leurs propres adversaires. On avait déjà évoqué dans nos papiers d’avant-saison le facteur déterminant de la lassitude après autant de saisons communes au sommet. Kerr notait déjà à l’époque le besoin de “prendre du plaisir et de jouer dans la joie“.

Autant de notions qu’il a remises sur le tapis au cours de cette période sombre. Il paraît que l’amour durerait trois ans et ça fait maintenant trois saisons (en cours) que Kevin Durant et ses coéquipiers se fréquentent. La routine s’est installée. Les défauts des uns et des autres sont de plus en plus difficiles à supporter. Et ça donne une équipe fragilisée… pour l’instant. Parce que nous ne sommes qu’en novembre. Les Warriors peuvent se permettre d’être faibles ou indécis en novembre. Ce groupe est de toute façon taillé pour gagner à partir d’avril. C’est à ce moment-là que la saison débute réellement pour eux. Et les brouilles sembleront sans doute bien loin quand ils se mettront à rouler sur la ligue. Tous ensembles. Parce que crise ou non, cette équipe reste la grande favorite à sa propre succession en juin prochain.

Klay Thompson et Stephen Curry, les deux joueurs de Golden State.

Klay Thompson et Stephen Curry, les deux joueurs de Golden State.Getty Images

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