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Les Warriors sans Durant, c’est le feu d’artifice !

Les Warriors sans Durant, c’est le feu d’artifice !

Le 29/05/2019 à 14:41Mis à jour Le 29/05/2019 à 19:36

NBA – Kevin Durant va manquer au moins le premier match des finales. Si son absence pèse évidemment, les Warriors ont déjà prouvé à maintes reprises qu’ils pouvaient gagner sans lui. Avec une équipe sans doute moins forte mais en jouant un basket différent, moins mécanique et plus festif.

"Ici, c'est Kevin Durant et les Warriors.” Le MVP des deux dernières finales NBA a bien conscience de la narration. Il est la pièce rapportée. Il a beau porter un maillot de Golden State, il n’est pas toujours considéré comme un membre à part entière de la franchise. Ce ne sont pas ses coéquipiers, ni même les coaches ou les dirigeants qui l’excluent du groupe. Eux sont tous derrière lui. Ce sont plutôt certains médias US et une partie du public – parfois même des supporters des Warriors – qui “n’apprécient pas que l’on soit ensemble“, selon l’intéressé. Cela donne donc naissance à des débats sans fin : les doubles-champions en titre sont-ils meilleurs avec ou sans Durant ?

"C'est plus difficile de défendre sur eux quand Durant n’est pas là"

Des éléments de réponse sont apportés depuis que l’ailier All-Star s’est blessé au mollet lors du Match 5 des finales de Conférence Ouest. Il n’a plus joué depuis. Il est déjà indisponible pour le Match 1 à Toronto. Rien ne garantit qu’il revienne au cours de la série, même si le staff médical de sa franchise reste optimiste. Les Californiens insistent sur le fait qu’ils ont besoin de lui – sûrement à raison. N’empêche qu’ils n’ont pas encore perdu sans lui dans cette campagne de playoffs. Ils ont terminé les Rockets après sa sortie, ils les ont éliminés lors du Match 6 puis ils ont roulé sur les Trail Blazers. “Je pense que c’est plus difficile de défendre sur eux quand Durant n’est pas là“, osait le joueur de Portland Seth Curry, petit frère de la star des Warriors Stephen. “Ils bougent plus vite sans lui. Ils ne sont pas plus forts mais plus difficile à contenir. Ils jouent évidemment un basket complètement différent quand Steph [Curry] et Klay [Thompson] sont les deux points centraux en attaque.”

Klay Thompson (Golden State Warriors)

Klay Thompson (Golden State Warriors)Getty Images

Les isolations de Durant, logiques mais routinières

Ça signifie surtout que les Warriors jouent un basket plus imprévisible en l’absence de Durant. Donc forcément, quelque part, plus compliqué à défendre. C’est paradoxal parce que KD est le meilleur joueur du monde. Sans doute depuis un moment maintenant. Individuellement, il est l’arme ultime. Il est un système à lui tout seul. Parfois, même souvent, l’option la plus rentable consiste juste à lui filer la gonfle et à le laisser dominer son adversaire direct. Ce n’est pas du beau jeu. Ça va éventuellement à l’encontre des principes collectifs. Mais c’est tout sauf nouveau en NBA. Cela fait des décennies que les meilleurs joueurs de ce championnat jouent leurs duels pour aller marquer, notamment dans les moments chauds. Les Rockets en ont même fait toute leur philosophie – sans doute à tort – en centrant leur attaque autour du talent offensif de James Harden.

Steve Kerr n’a pas été aussi extrême avec sa star. Mais Durant est arrivé d’Oklahoma City, où il jouait ses isolations, pour se fondre dans un basket tout en mouvement. L’adaptation n’était pas forcément aisée. Aussi fou que cela puisse paraître pour tous les détracteurs du bonhomme, il s’est “sacrifié” (entre guillemets évidemment) en signant à Oakland. Il a délaissé une partie de la gloire personnelle. En compensation, Kerr lui accorde régulièrement quelques isolations. Des moments où son équipe se contente de le regarder jouer en un-contre-un. Pour ne pas le frustrer, aussi. Le problème, c’est que c’était devenu plus une nécessité qu’un vrai choix tactique lors des semaines qui ont précédé sa blessure. Golden State était à la peine. Le groupe paraissait fatigué. Moins conquérant. Alors la stratégie revenait de plus en plus à balancer la balle à un Durant stratosphérique et le laisser sauver les meubles.

Kevin Durant (Warriors de Golden State)

Kevin Durant (Warriors de Golden State)Getty Images

Stephen Curry, feu follet en point d’ancrage

C’est donc sensiblement différent sans KD. La défense a un MVP de moins à surveiller et la pression est accrue sur les épaules de Stephen Curry. Mais c’est étonnamment plus difficile à défendre. Pour visualiser le jeu des Warriors, il faut imaginer cinq éléments constamment en mouvement. Avec un point central, Curry. Il remonte la balle, la donne mais continue sa course sans le ballon, se dirige vers l’un de ses coéquipiers près du cercle ou dans l’aile, prend un écran, remonte, récupère le ballon, profite d’un écran pour se créer son tir, et ainsi de suite. Ça ne s’arrête jamais. Et il n’y a rien de plus fatiguant pour un défenseur que de courir sans cesse après un adversaire. C’est ce qui pousse à la faute. Le meneur de la Bay est libéré dans cette configuration. Et il est intenable. Pas un match sous les 30 points depuis la blessure de son coéquipier. 33 pour finir Houston puis 36, 37, 36 et encore 37 contre Portland !

En théorie, les mêmes principes sont applicables même quand Kevin Durant est sur le terrain. C’est d’ailleurs quand ils jouent de la sorte, avec leurs quatre All-Stars (Klay Thompson, Draymond Green, Curry et Durant) que les Warriors sont absolument invincibles (sur une série). Probablement l’équipe la plus forte de tous les temps. Quand ils se poussent à garder le même basket de mouvement, même avec KD, ils sont assurés de s’offrir des tirs ouverts pour trois des snipers les plus adroits de l’Histoire. Injouable. Ils ont démantelé une superbe équipe de Cleveland (celle de 2017 qui, selon les statistiques, étaient une formation impressionnante) 4-1 en finales avant de sweeper (4-0) ces mêmes Cavs l’année d’après. Sauf qu’ils sont devenus paresseux après autant de succès. Ils sont plus statiques. Peut-être conscients que, quoi qu’il arrive, il y aura un Durant ou un Curry pour faire la différence.

Stephen Curry

Stephen CurryGetty Images

L’absence de KD offre plus de responsabilités à Curry mais aussi à Draymond Green. Ce dernier est peut-être été celui qui s’est le plus sacrifié individuellement – parmi les All-Stars qui étaient déjà présents dans l’équipe – depuis 2016. Il n’y a qu’un ballon sur le terrain. Green a donc moins souvent l’occasion de créer du jeu. C’est dommage, parce qu’il excelle dans cette situation. Sans Durant, il retrouve aussi cette tâche. Ou, du moins, il est plus souvent en mesure de le faire. Les Warriors s’appuient par exemple sur des picks-and-roll entre Curry et Green. Le schéma le plus simple du basket. L’intérieur vient poser un écran sur le défenseur du meneur. Ce qui offre a priori l’espace pour a) tirer ou b) attaquer le cercle.

Moins de marge, plus de plaisir

Les défenses adverses redoutent tellement – mais tellement – l’adresse extérieur de Curry qu’elles choisissent généralement de faire prise-à-deux sur le double MVP. C’est donc l’adversaire direct de Green et celui de Curry qui essayent d’empêcher le numéro 30 de prendre un tir. Ce dernier passe alors la balle à son coéquipier venu posé l’écran. Et là, Draymond est super efficace. Il se retrouve avec le ballon entre les mains, face au cercle sans vis-à-vis, et brièvement en supériorité numérique : 4 contre 3 (les deux autres défenseurs étant sur Curry). Il n’est pas un grand attaquant au sens premier du terme. Mais cette situation lui permet d’exploiter toutes ses qualités, notamment de passe. Il va pousser la pénétration le plus loin possible et, si un défenseur vient lui couper l’accès au panier, ressortir la balle sur le joueur démarqué. Green a compilé 15 points, 11 rebonds et 8 passes sur les cinq matches joués sans Durant (et plus globalement 13 points, 10 rebonds et 8 passes depuis le début des playoffs).

En l’absence de KD, cette équipe a retrouvé ses deux premiers moteurs : Curry et Green. Sans oublier Klay Thompson, qui évolue lui aussi constamment en mouvement pour obtenir des tirs ouverts. Il est évident que cette formation a moins de marge, car il lui manque l’un de ses plus grands talents. Mais, du coup, ça donne le sentiment que les joueurs s’appliquent plus. Comme s’ils prenaient enfin conscience que, là, ils ne doivent pas se planter. Ils semblent plus concentrés. Presque rafraîchis par ce retour en 2015 ou 2016, quand ils dominaient la ligue sans Durant. Il y a plus de joie dans leur jeu. Et c’est ce qui le rend aussi bien plus enivrant et beaux à regarder.

Stephen Curry et Draymond Green

Stephen Curry et Draymond GreenGetty Images

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