Comment avez-vous appris la signature de Kawhi Leonard et Paul George aux Clippers l'été dernier ? Si vous veillez tard et que vous gardez un oeil sur Twitter, il y a de fortes chances pour que ce soit via un tweet d'Adrian Wojnarowski. Personnage incontournable de la NBA, le "Woj" a été suspendu par ESPN pour avoir répondu "Fuck You" à un sénateur qui critiquait le soutien de la NBA à Black Lives Matter. Mais si le média sportif numéro un aux Etats-Unis s'est permis de se passer de ses services, c'est que la période est calme. Jamais ESPN n'aurait pris le risque de le mettre de côté un soir de draft ou pendant la free agency. Et pour cause, Wojnarowski figure au casting de tous les moments importants de la NBA.

Admiré, critiqué, raillé, suivi par 4 millions de personne sur son compte Twitter, Adrian Wojnarowski ne passe pas inaperçu dans le paysage de la NBA. La plupart des fans le connaissent pour ses informations délivrées avant tout le monde, ses fameuses "Woj Bomb". Pendant les périodes charnières de la saison (la draft, la free agency, la date limite des transferts...), ils sont nombreux à activer les notifications sur ses tweets. Ils ont ainsi l'assurance d'être toujours à la pointe de l'actualité et de ne rien rater. Arrivé en 2006 chez Yahoo, là où il a fait son réseau et sa notoriété, Woj a peu à peu tissé une toile invisible dans la ligue.

NBA
Insultes, suspension et soutien de stars : la mésaventure de Wojnarowski, journaliste d'ESPN
12/07/2020 À 19:21

La draft 2011, son premier fait d'armes

La question qui brûle les lèvres de tout le monde : comment ? Comment celui qui a longtemps eu un nom et seulement un nom avant que la majorité ne découvre son visage sur ESPN (où il travaille depuis 2017), fait pour avoir autant d'informations et se tromper si peu souvent ? Quand il a commencé à travailler sur la NBA, "Woj" s'est concentré sur les jeunes agents, les jeunes assistants du manager général. En clair, ceux qui allaient devenir les personnages principaux de la ligue quelques années plus tard. Et cette stratégie a payé puisqu'en 2011, il frappe son premier grand coup.

"The Timberwolves have already alerted Derrick Williams' camp: They're drafting him with the No. 2 pick". A 19h43, heure de la côte est américaine, Adrian Wojnarowski postait ce message sur Twitter. Deux minutes plus tard, David Stern, le commissionnaire de la NBA à l'époque, annonçait le choix de Minnesota. Ce soir-là, Wojnarowski "spoile" la draft pour la première fois mais pas la dernière. Il s'adresse alors à 90 000 followers. Neuf ans plus tard, il en a 45 fois plus. Le fruit de longues années d'intrigues et de scoops en tout genre.

Si vous cherchez des gens pour critiquer Wojnarowski, la file d'attente risque d'être longue. Ici on vous dira qu'il use de ses articles pour punir ceux qui refusent de lui donner des informations, là on vous dira qu'il ne mérite pas sa renommée. Dans le débat, les premiers vous parleront sans doute de deux sujets : LeBron James et Joe Dumars. Si "LBJ" a pris position en faveur du journaliste avec le hashtag #FreeWoj ces derniers jours, son inimitié avec Wojnarowski a longtemps été de notoriété publique.

Dans ses articles, ainsi que le montre le site américain New Republic, "Woj" n'a cessé de critiquer LeBron, pas assez clutch, trop soft et trop égocentré à ses yeux. Pendant toutes ces années, alors qu'il a dévoilé les transferts les plus retentissants, Wojnarowski n'a jamais eu la primauté sur une information concernant le meilleur joueur de la ligue.

Dumars, la taupe chez les Pistons

A l'inverse, entre 2008 et 2012, absolument rien ne lui échappait du côté des Detroit Pistons. Et pour cause, le manager général, Joe Dumars, ancienne légende la franchise de Motor City, était sa source. L'arrivée d'Allen Iverson, le lucratif contrat de Ben Gordon, les tensions entre le vestiaire et le coach John Kuester (de 2009 à 2011), il savait tout. En échange, Wojnarowski, qui se définit lui-même comme un journaliste d'opinion, n'a jamais écrit une ligne négative sur la franchise qui enchaînait pourtant les saisons horribles (39 victoires en 2009, 27 en 2010, 30 en 2011, 25 en 2012).

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A la place il rappelait les faits d'armes de Dumars en tant que joueur et estimait que "doucement mais sûrement, il [faisait] renaître les Pistons". Las de voir de notes confidentielles être divulguées, la NBA a alors cherché la taupe en envoyant aux 30 franchises le même mémo, modifiant ici et là les chiffres. Une fois celui-ci rendu public, les dirigeants savaient d'où venait la fuite et la relation Dumars-Wojnarowski était mise au jour.

Plus grand que ESPN ?

C'est ainsi que bosse ce boulimique de travail qui assume, dans une interview à GQ, être sur le pont "52 semaines" par an. Aucune contrainte ne doit interférer dans sa quête du scoop. Le sommeil ? Une poignée d'heures, tout au plus. L'avion où internet est interdit ? Tôt le matin ou tard le soir. En août 2012, au retour des JO de Londres, il impose à son fils de le cacher avec un journal pendant que les hôtesses demandaient à chacun d'éteindre son portable. Le but ? Connaître et donc divulguer le montant de la prolongation de Serge Ibaka au Thunder.

Quelques années plus tard, Wojnarowski a rejoint ESPN. Son temps se partage désormais entre Twitter, les plateaux télés de la chaîne, un podcast et le site internet. Suspendu pour l'heure, il n'a plus twitté depuis le 10 juillet et ses excuses au sénateur Hawley. Nul ne sait encore quand sa suspension prendra fin mais chacun sait qu'elle aura un terme.

En 2018, alors qu'il avait pris l'habitude de "spoiler" la draft, Wojnarowski était sommé par ses employeurs, diffuseurs de l'événement, de se tenir à carreau. Son fil twitter regorgeait alors de paraphrases pour annoncer quand même les choix sans en avoir l'air. On ne se refait pas et Adrian Wojnarowski, devenu star, n'a pas l'intention de changer.

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