Pas facile d'être un petit marché en NBA. Ce n'est pas un hasard si Boston, Los Angeles, Chicago et Golden State trustent les hauteurs du palmarès. Toutes ces franchises figurent dans des marchés que la ligue qualifie de "gros" ou "très gros". A l'inverse, San Antonio, ville au rayonnement modeste à l'échelle des Etats-Unis, se pose en exception. Pour les autres, il faut espérer un petit coup de pouce du destin et surtout ne pas se rater quand une future star atterrit chez vous via la draft. Les Milwaukee Bucks, qui ont façonné Giannis Antetokounmpo depuis 2013, l'apprennent à leurs dépens. Une paire d'échecs et votre star est invitée à aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs, dans un "gros" marché, si possible.

Pour bien comprendre ce qui arrive aux Bucks, éliminés en demi-finale de conférence par Miami (4-1) après un revers frustrant l'an dernier aux portes des finales NBA face à Toronto (4-2), retraçons l'itinéraire d'un joueur arrivant en NBA. S'il est drafté au premier tour, deux ans de contrat lui sont garantis (plus deux autres en option). S'il fait ses preuves, il se voit offrir un nouveau bail après trois ou quatre ans dans la ligue. Mais cette négociation n'en est pas vraiment une. Pour protéger les petits marchés, la NBA restreint les possibilités du joueur, obligé de signer dans sa franchise d'origine si celle-ci s'aligne sur une offre concurrente. Quand ce contrat prend fin, le joueur est enfin libre de signer où bon lui semble. C'est à ce moment-là que LeBron James a quitté Cleveland pour Miami. Giannis est à la même croisée des chemins.

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Milwaukee, c’est quoi la suite ?
09/09/2020 À 08:06

Giannis l'assure : il ne pense pas à un départ

La tendance actuelle de la NBA, qui voit les joueurs changer de crèmerie à l'envi, pousse à penser que le Grec claquera la porte des Bucks à la fin de saison prochaine. Mais Giannis ne veut pas fuir Milwaukee, du moins c'est ce qu'il a dit mardi soir : "Quand certains voient un mur, ils vont dans une autre direction. Je préfère le franchir. Nous devons juste nous améliorer en tant qu’équipe et individuellement, et nous y remettre dès la saison prochaine." Une sortie qui n'empêche pas la presse américaine de parler d'un transfert. ESPN assure que "le compte à rebours est lancé pour Milwaukee". Ainsi va la vie d'un petit marché NBA.

Un compte à rebours qui a pour fin l'issue de la saison prochaine, dont personne ne sait à l'heure actuelle quand elle débutera et donc quand elle s'achèvera. Dans une situation normale, les Bucks auraient proposé à Giannis Antetokounmpo, dont le contrat s'achève en 2021, une prolongation dans les semaines à venir. Pas n'importe quelle prolongation, la plus importante jamais offerte en NBA : 254 millions de dollars sur cinq ans. Un chiffre fou mais logique.

254 millions de dollars sur cinq ans

Difficilement compréhensible, la valse des contrats dans la ligue nord-américaine est très encadrée. Si Giannis Antetokounmpo peut prétendre à un tel contrat c'est parce qu'il remplit certains critères, notamment d'avoir été élu MVP dans l'une des trois dernières saisons. D'autres critères peuvent vous offrir le "super max", avoir été élu défenseur de l'année ou avoir figuré dans un des trois meilleurs cinq de la saison passée ou dans deux des trois dernières saisons, par exemple. Récemment, Stephen Curry, James Harden, Russell Westbrook et John Wall ont ainsi paraphé un contrat en or. Giannis aurait pu en faire autant mais le Covid-19 est passé par là.

Jimmy Butler et le Heat ont muselé Giannis Antetokounmpo, le 31/08/2020 à Orlando

Crédit: Getty Images

Le montant du contrat "super max" en NBA ne tombe pas du ciel, il correspond à 35% du "salary cap", l'enveloppe que les franchises peuvent dépenser en salaires chaque année. Le montant de ce "salary cap" est calculé en fonction des revenus de la NBA. C'est là que le bât blesse. Avec la crise liée au coronavirus, ceux-ci sont en chute libre et si le montant du cap de la saison prochaine, et des suivantes, n'a pas été annoncé, il sera en baisse pour la première fois depuis plus de dix ans. Si Antetokounmpo venait à signer cette extension maintenant, le montant total de ses gains sera plus bas que prévu.

Un champion et des échecs, la NBA et son univers impitoyable

C'est pourquoi certains imaginent le Grec refuser une prolongation longue durée. Deux issues s'ouvrent alors : soit Giannis signe un contrat court (1 année + 1 autre option pour se garder la possibilité de partir quand il veut à partir de 2022), soit il aborde l'été 2021 en tant qu'agent libre. Le scénario catastrophe pour Milwaukee s'écrirait alors sous nos yeux. Un nouvel échec et la pression médiatique autour de Antetokounmpo s'amplifierait encore plus.

La NBA, contrairement à nos championnats de basket, de football ou de rugby européens, est ainsi faite qu'une seule équipe se voit attribuer toute la gloire. Pas de coupe nationale, pas d'accessits au classement, c'est la bague ou rien. Pourtant, nombreuses sont les légendes, de Karl Malone à Patrick Ewing, à n'avoir jamais goûté à l'ivresse d'un titre NBA. Chris Paul ou Carmelo Anthony peuvent en témoigner : le récit médiatique autour de leur carrière ne retient, pour l'heure, qu'une chose : ils n'ont jamais été champion.

Giannis Antetokounmpo veut-il se retrouver dans cette situation ? Il semble, pour le moment, ne pas se soucier de ça. Un titre acquis dans une franchise qui n'est pas la sienne a-t-il autant de valeur qu'une douzaine de saisons à se battre, sans y parvenir, dans celle qui a toujours été la vôtre ? Giannis Antetokounmpo doit trouver sa réponse à cette question. LeBron James et Kevin Durant ont opté pour la première solution, Patrick Ewing et Karl Malone pour la seconde. Dirk Nowitzki a choisi une troisième voie et son titre en 2011 en a été magnifié. De quoi l’inspirer ?

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