Habituellement, le coup d’envoi des finales NBA est donné en juin. Sauf que cette saison, pandémie oblige, il s’agit en réalité d’une série du second tour des playoffs. Brooklyn et Milwaukee se rencontrent pour la première fois samedi soir, à la période à laquelle le champion de l’Est défie traditionnellement celui de l’Ouest. Mais même un mois avant la vraie finale, décalée après un exercice débuté en décembre, cet affrontement fait déjà presque figure de duel pour le titre. Encore plus après l’élimination des Lakers jeudi. "Cette série peut devenir légendaire", promet Steve Nash, le coach des Nets. "On verra ce que ça donne mais ils peuvent défier n’importe qui et nous aussi. Tout dépendra de qui se montre performant, qui fait preuve de dureté et de détermination et comment chaque équipe s’adapte à l’autre."
Tous les ingrédients sont effectivement réunis pour que ce choc soit le plus marquant et le plus important de ces playoffs. Parce que c’est d’abord une opposition de style entre deux franchises qui ne ressemblent en rien sur bien des niveaux et qui pourtant aspirent exactement au même rêve, avec probablement des vraies raisons de pouvoir aller au bout de leurs ambitions. Cette série, c’est l’histoire de deux trios fantastiques et pourtant complètement différents. Kevin Durant, James Harden et Kyrie Irving d’un côté. Giannis Antetokounmpo, Jrue Holiday et Khris Middleton de l’autre.
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Après une reconstruction intelligente entamée en 2015, les Nets ont fait exploser toutes les pierres soigneusement juxtaposées une à une pendant quatre ans pour signer KD et Irving. Un an après, il faisait venir un Harden mécontent à Houston pour constituer l’une des équipes les plus talentueuses – en matière de talent pur – de tous les temps sur le papier. Peut-être même la plus talentueuse, encore une fois de matière hypothétique. L’équipe de Brooklyn est devenue la "superteam" par excellence, poussant ainsi la définition et l’excentricité du terme à son paroxysme. Autrement dit : il n’y a quasiment jamais eu une telle escouade en NBA. Enfin, si. Mais jamais construite de la sorte. Les Celtics et les Lakers des années 80 comptaient encore plus de joueurs All-Stars que les Nets, ce qui est bien souvent oublié d’ailleurs. Sauf que ces associations résultaient de bons choix à la draft ou de transferts minutieusement mis en place. Là, la différence, c’est que le pouvoir appartient désormais aux joueurs et non plus aux dirigeants. Ils contrôlent leur destinée et force leur chemin vers n’importe quel pavillon prêt à les accueillir et à les faire cohabiter. Il n’empêche que les "superteams" ont toujours existé.

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Mais peut-être jamais une aussi puissante que celle des New-yorkais en termes d’individualités. Parce qu’en plus des deux MVP que sont Durant et Harden, il y a donc Irving. Pas le meneur le plus fiable mais l’un des plus électriques et des plus doués de la ligue. Une vraie troisième superstar. Comme une collection de super héros Marvel ou DC Comics. L’ironie, c’est que les Bucks, sans doute leur plus grand obstacle vers une bague, existent à l’autre extrême quand il s’agit de trios de stars. Ils ont réussi le coup de la décennie en dénichant Giannis Antetokounmpo avec le quinzième choix de la draft 2013. Ils ont misé sur un Khris Middleton qui tournait à 6 points par match au moment où il est arrivé en provenance des Pistons après sa première saison chez les professionnels. Enfin, ils ont changé un Eric Bledsoe pour un Jrue Holiday beaucoup plus solide et pourtant longtemps sous-estimé. Là où les pièces maîtresses de Brooklyn se sont empilées soudainement, le puzzle de Milwaukee s’est assemblé dans la durée. Le "Big Three" des Nets n’a joué que 202 minutes ensemble en saison régulière, plus cinq petites rencontres de playoffs. Ils misent sur leurs capacités bien largement supérieures à la norme pour écraser chaque adverse. Les Bucks, eux, ont développé des automatismes depuis des années avant d’intégrer Holiday. Ils font le pari du collectif bien huilé pour prendre le dessus des deux côtés du parquet. D’un côté, une attaque fantastique qui vient de caler 128 points sur 100 possessions pour sortir les Celtics en cinq manches, de l’autre une défense de fer qui a limité le Heat à 95 points marqués avant de les balayer en quatre matches secs. Là où trois sont réputés pour leurs caprices, les trois autres restent relativement discrets et modestes en dehors des parquets.

Kyrie Irving #11, James Harden #13 and and Kevin Durant #7 of the Brooklyn Nets walk off the court during the game against the Miami Heat on January 25, 2021

Crédit: Getty Images

Présenté comme ça, ça peut donner envie de supporter Milwaukee. Présenté comme ça, ça pourrait laisser penser que la franchise du Wisconsin part avec le statut de l’outsider devant l’ogre de la grosse pomme. Et pourtant, ce serait un jugement bien trop précipité. Ça vaut ce que ça vaut mais elle a gagné les trois confrontations entre les deux équipes pendant la saison régulière, même si, à chaque fois, seules deux des trois superstars adverses se trouvaient sur le parquet. Autre point, encore plus important : les trois meilleurs joueurs des Bucks sont aussi leurs trois meilleurs défenseurs. Et ils sont tous à même de chacun s’occuper de l’un des cadors d’en face. Giannis Antetokounmpo, DPOY l’année dernière, est le seul basketteur qui possède à la fois la vitesse et la taille pour gêner Kevin Durant. Jrue Holiday est un stoppeur d’élite sur sa position, avec la puissance nécessaire pour rivaliser avec James Harden. Khris Middleton peut lui limiter la casse sur Kyrie Irving. Il est impossible d’arrêter complètement des joueurs aussi talentueux. Mais au moins, ils ont des armes. Alors que l’inverse n’est pas vrai. Harden et Irving représentent deux points faibles pour la défense très perméable des Nets. Lacunes qui seront évidemment exploitées tout au long de la série.

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Et surtout, qui va défendre sur le "Greek Freak" ? DeAndre Jordan, qui n’a joué que cinq minutes en tout et pour tout depuis le dernier match entre les deux formations le 4 mai dernier ? Blake Griffin, peu réputé dans le domaine, qui a probablement la force mais certainement par la taille pour le tenir ? KD serait la meilleure option mais il ne voudra pas et ne pourra pas assumer cette mission tout au long des rencontres. Il faut comprendre qu’aller au duel avec Antetokounmpo, c’est éprouvant physiquement. Défendre sur lui, c’est accepter de souffrir. Surtout depuis que les coaches ont compris qu’il fallait le faire jouer pivot. Au final, il reste deux hypothèses : Nicolas Claxton, jeune joueur intéressant mais inexpérimenté, et… Harden. Oui, Harden. Parce qu’il est un défenseur plutôt bon près du cercle grâce à son coffre. Ce sont les deux meilleures solutions pour les Nets… et ce sont deux mauvaises solutions.

Giannis Antetokounmpo célèbre la victoire des Bucks face aux Nets en NBA

Crédit: Getty Images

Présente comme ça, ça peut laisser penser que l’équipe de Brooklyn se limite finalement à ses trois superstars. Là aussi, c’est un jugement un peu hâtif. Parce que ce sont justement les Joe Harris, les Jeff Green ou encore les Bruce Brown qui peuvent faire gagner la série en prenant le dessus sur les joueurs de devoir adverse. Surtout que Milwaukee joue désormais sans Donte Di Vicenzo, l’un de ses membres les plus importants. Le jeune homme s’est blessé et il est indisponible pour la suite des playoffs. Du côté des Bucks, le facteur X pourrait être Brook Lopez, un ancien joueur des Nets. Si les New-yorkais décident de jouer "petit" avec cinq joueurs très mobiles sur le parquet – ce qui est prévisible – l’intérieur devra se souvenir de ses belles années dans le New Jersey, où il était encore un grand dominant près des arceaux. Il devra faire payer le "small ball" en scorant près du cercle tout en limitant la casse de l’autre côté du terrain. S’il prend l’eau sans punir, les Bucks n’auront pas d’autres choix que de miser eux aussi sur la même configuration. Ils peuvent se le permettre avec notamment un PJ Tucker susceptible d’être aligné avec Antetokounmpo, Middleton, Holiday et Pat Connaughton.
Mais du "small ball" implique de jouer plus vite et donc de disputer plus de possessions. C’est exactement ce que veulent les coaches de Brooklyn. Ils savent que personne ne peut rivaliser avec eux en cas de basket offensif. Marquez 120 points, ils ont mettront 130. Le rythme des matches sera donc un facteur très important. Mais avec un tempo plus lent, les possessions, plus rares, valent plus chères. Surtout en fin de partie. Et dans ces moments-là, il vaut mieux avoir des grands joueurs capables de faire la différence seuls sur une action ou deux. Il vaut mieux avoir un Durant. Un Harden. Un Irving. Alors, tout pencherait donc en faveur des Nets ? La plupart des analystes imaginent BK l’emporter sans trop de difficultés. Ce serait… précipité. Il est fort probable que cette demi-finale de Conférence se joue sur sept matches. Ce qui, pour le coup, peut aussi tourner à l’avantage de KD et compagnie. Mais il est bien compliqué de se mouiller et de donner un pronostic. Si ce n’est celui-ci : le vainqueur de cette série pourrait très bien être couronné en juillet.
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