Personne ne pouvait prévoir l’ascension soudaine et rafraîchissante des Phoenix Suns. Pas même la franchise elle-même. Qui aurait vraiment pu imaginer que cette équipe qui terminait la saison avec 19 pauvres victoires en 2019 jouerait les finales de Conférence en 2021 ? Qui aurait pu imaginer qu’elle serait même en position de décrocher le premier titre de son Histoire après des années de disette et d’humiliations ? Impossible. Parce que les Suns n’avaient plus disputé les playoffs depuis 2010. Et dès leur retour, 11 ans après, les voilà revenus au même stade que Steve Nash et ses camarades à l’époque : à la lutte avec une formation de Los Angeles pour une place en finale. Incroyable. Même après les belles performances dans la bulle et même après l’arrivée de Chris Paul, (très) peu sont ceux qui voyaient Phoenix aller aussi haut dès cette saison.
Parce que cette organisation s’est plantée dans les grandes largeurs pendant tellement longtemps. Avec à sa tête Robert Sarver, un propriétaire terriblement égocentrique, peut-être encore plus néfaste pour son équipe que James Dolan (Knicks). Un milliardaire qui veut un droit de regard sur ce qui se passe et qui a un jour fait rentrer des chèvres (oui, oui) dans le bureau de son GM pour lui faire comprendre qu’il cherchait un G.O.A.T (Greatest Of All Time, le plus grand de tous les temps en VF). Résultat, le pauvre Ryan McDonough a retrouvé son espace saccagé avec des excréments partout. Pendant ces 11 saisons catastrophiques, les Suns ont connu huit coaches différents. Ils ont gagné moins de 30 matches à cinq reprises. Ils se sont détruits, reconstruits, détruits puis reconstruits en vain. C’est dans ce bourbier, que Devin Booker a débarqué en 2015. C’est dans ce marasme qu’il traînait depuis, en essayant tant bien que mal de se démarquer et de se frayer un chemin parmi les plus grands joueurs de la ligue. Avec un leitmotiv "devenir légendaire" inscrit par Kobe Bryant sur une paire de chaussures dédicacées que lui a offerte le "Black Mamba" après l’un de leurs premiers duels. Aujourd’hui, alors que les Suns sont à sept victoires du sacre, le jeune homme tient sa revanche.

Devin Booker (Phoenix Suns) face à Paul George (Los Angeles Clippers)

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Gros scoreur, petites victoires

"J’ai attendu ce moment tellement longtemps. Beaucoup de gens me disaient que je n’avais jamais joué de matches importants et que je n’étais pas prêt pour ça. C’est le moment de prouver qu’ils ont eu tort", confiait l’intéressé après avoir éliminé les Lakers, champions en titre, au premier tour. Il découvre effectivement les playoffs. Mais c’est à se demander si c’est vraiment le cas, tant il maîtrise son sujet. Booker a attendu longtemps et il s’assure désormais que ça valait le coup de galérer à porter des Suns ridicules depuis le début de sa carrière. Parce que même s’il s’est affirmé très rapidement comme un scoreur de premier plan en NBA, le joueur s’est vu coller une étiquette d’attaquant prolifique mais qui n’impacte pas le jeu de son équipe. Un joueur qui marque mais qui ne fait pas gagner. Avec une pointe à 70 unités lors d'une... défaite, bien évidemment. Des statistiques – 23 points en carrière déjà – vides. Un peu comme les calories apportées par l’alcool : inutiles.
C’est un constat peut-être un peu trop hâtif à chaque fois qu’une star montante flambe dans une équipe qui perd. Surtout au tout début de sa carrière, quand elle est encore en phase d’apprentissage. Les exceptions comme Luka Doncic, qui qualifient de suite leur franchise en playoffs, sont, par définition, très rares. Parce que ça dépend déjà de la situation de l’équipe dans laquelle se retrouve le joueur en question. Là, Devin Booker pouvait difficilement faire pire. Ensuite, ça prend évidemment du temps. "Pour devenir légendaire, vous devez aussi grandir en tant qu’homme", rappelait LeBron James après avoir donné son maillot à son bourreau il y a quelques semaines.

Devin Booker et Chris Paul

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Devin Booker, inspiré par Kobe Bryant et Chris Paul

Book’ est arrivé chez les pros à 19 ans. Il soufflera ses 25 bougies en octobre prochain. Il a encore beaucoup de temps devant lui… mais il a aussi mûri depuis ses premiers pas dans la ligue. Quelque part, il est devenu un homme. Et cette maturité se sent dans son jeu. Il est de plus en plus sûr de sa force et il ne cherche plus à l’imposer sans réfléchir. Il aime toujours scorer. Mais il comprend de mieux en mieux quand il doit vraiment le faire. C’est comme si le rythme des matches s’était ralenti et qu’il arrivait désormais à lire ce qui se passe à l’avance. Il laisse le jeu venir à lui. "Il y a des gars qui prennent juste la balle et vont marquer. J’ai le sentiment que Devin le fait tout en respectant nos systèmes et notre manière de jouer", déclarait Monty Williams, le coach, après le Match 1 décroché contre les Clippers dimanche soir. En acceptant de s’inscrire dans une philosophie de jeu, il impacte bien plus les résultats de son équipe. Parce qu’il permet à ses coéquipiers de briller, de se mettre en valeur, de progresser et d’apporter du danger tout en continuant à faire ce qu’il fait de mieux : mettre des points.
Au-delà de ça, c’est un vrai bosseur qui apprécie l’effort. Il ne se repose pas sur ses talents ou ses acquis. Derrière cette ascension, il y a du boulot. Des heures passées à répéter les mêmes gestes pour être sûr de pouvoir faire la différence en match. Une éthique professionnelle dont il est fier et qui le rapproche de Bryant, son idole. Booker est d’ailleurs l’une de ceux qui maintiennent en vie l’héritage de Kobe – et donc de Michael Jordan – à savoir le tir à mi-distance. Cette zone proscrite par les analytiques. Une faille des défenses, qui laissent leurs adversaires tirer plus facile à cinq mètres, qu’il exploite soir après soir avec brio. La gestuelle de la star des Suns est parfaite. Propre. Sa mécanique et son aisance témoignent de son travail dans le domaine. Et il a achevé les Clippers comme ça tout au long du Game 1 pour compiler 40 points, 13 rebonds et 11 passes. Le premier triple-double de sa carrière. En étant impliqué sur 43 des 50 derniers points de Phoenix. Une performance digne d’une superstar. Certainement pas celle d’un joueur sans impact.
Les Suns l’ont emporté malgré l’absence de Chris Paul. Mais même le forfait du maestro ne doit pas inquiéter la franchise de l’Arizona. Parce que son influence reste très forte, notamment auprès de son jeune disciple. Booker n’a pas peur de l’avouer : il apprend énormément au côté de CP3. "Je le regarde contrôler le jeu depuis le début de la saison et il ne perd jamais la balle", fait-il remarquer. Il regarde et… il reproduit. Ses 11 passes décisives en sont la preuve. Inspiré par Bryant, inspiré par Paul, il fallait juste que les conditions soient réunies pour qu’il fasse enfin franchir un cap à son équipe. Il peut désormais compter sur un tacticien hors pair sur le banc. Et sur un mentor expérimenté et très talentueux à ses côtés. Les Suns sont de retour. Et avec Devin Booker, ils pourraient bien rester au sommet pendant un moment.
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