La belle victoire d’avant-hier soir, avec un Stephen Curry magistral (41 points) et une remontée héroïque contre des Bucks, privés de Giannis Antetokounmpo, ne fera pas tout oublier pour les Warriors. Elle ne fera pas oublier les semaines de doute, les résultats décevants ou encore la rouste humiliante de 53 points subie il y a quelques jours. Elle ne fera pas oublier non plus la situation délicate dans laquelle se trouve la franchise depuis deux ans. Cette saison devait être celle du renouveau. Celle de la revanche. Du retour au premier plan de Steph, Klay Thompson, Draymond Green et compagnie. Avec pourquoi pas même une campagne de playoffs fantastique, à l’image de celles que nous ont offert les Californiens en 2015 et 2016. Ça paraît aujourd’hui tellement loin.
Les Dubs ont perdu Thompson – victime d’une déchirure du tendon d’Achille – avant le début des hostilités. Un coup dur terrible pour l’arrière All-Star, qui revenait déjà d’une rupture des ligaments croisés du genou. De quoi briser les ambitions retrouvées de l’organisation. Mais même sans lui, les hommes de Steve Kerr avaient a priori suffisamment de talent à disposition pour s’accrocher dans le top 8 à l’Ouest. "Je m’attendais à ce que l’on soit parmi les quatre premiers de notre Conférence", avouait Kent Bazemore après la rouste 77-130 contre les Raptors la semaine dernière. Sauf qu’à 21 rencontres de la fin de la saison, ils ne sont finalement que dixièmes (donc qualifiés pour le play-in si les compteurs s’arrêtaient dès maintenant) avec un bilan négatif de 24 victoires et 27 défaites. Ils n’ont remporté que 5 de leurs 17 derniers matches. Et l’impression globale est vraiment mitigée, si ce n’est pire.

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Mais où vont les Warriors ? Ils s’étaient fait la promesse de rester compétitifs tout en développant des jeunes joueurs pour assurer leur avenir. Au final, ils ne réussissent ni l’un, ni l’autre. La frustration ambiante grandit au point d’être de plus en plus palpable avec de nombreux petits dysfonctionnements en interne. L’évolution, ou plutôt l’absence d’évolution de James Wiseman est le sujet qui revient le plus fréquemment sur le tapis à San Francisco. Le deuxième choix de la draft reste très jeune – il vient de fêter ses 20 ans – mais il ne montre que très peu de signes de progrès. Pire encore, il paraît encore plus perdu sur le terrain qu’au mois de janvier… Incapable de suivre le rythme, incapable de s’acclimater aux schémas offensifs et défensifs de son coach. Un talent brut, certes, mais finalement loin d’aider Curry et consorts à franchir un cap.

Stephen Curry lors de Atlanta - Golden State en NBA le 4 avril 2021

Crédit: Getty Images

Après tout, c’était prévisible. Wiseman n’a quasiment pas joué à l’université et il ne maîtrise pas du tout les fondamentaux. L’intérieur deviendra peut-être un grand joueur un jour. Mais les Warriors ne sont pas en mesure d’attendre. Ce qui devient justement une source de tension au sein du management : certains dirigeants (probablement le propriétaire Joe Lacob) militeraient en faveur d’un temps de jeu accru pour le prospect tandis que d’autres (probablement le coach Steve Kerr) veulent maximiser les chances de playoffs histoire d’offrir à Curry la dernière partie de carrière qu’il mérite. Pour l’instant, aucune des parties n’est satisfaite : Wiseman manque de minutes et Golden State manque de victoires.
Au-delà de ça, Andrew Wiggins est encore et toujours irrégulier (ça devient un pléonasme), Kelly Oubre fait déjà savoir qu’il ne veut pas sortir du banc même après le retour de Thompson l’an prochain – ce qui lui a valu un sérieux coup de pression de la part d’un coéquipier resté anonyme – et surtout, surtout, surtout… même Stephen Curry, d’ordinaire calme et positif, commence à en avoir marre. "On doit jouer mieux que ça. On doit développer une attitude de vainqueur soir après soir. Et, honnêtement, il faut que l’on soit fatigué de se faire écraser parce que c’est embarrassant. Il faut un peu de fierté ! On peut perdre des matches, mais pas comme ça", déclarait-il déjà en mars. Puis deux semaines après : "Ça craint en ce moment. Perdre, ça craint. C’est un sentiment terrible. C’est dur. Pour être franc, nous avions tous de plus grandes attentes concernant ce que nous étions supposés faire cette saison. (…) J’espère que ça pique. J’espère que c’est inconfortable. J’espère que ça nous motive à continuer à nous battre. J’espère que personne n’est satisfait d’être dans cette situation intermédiaire."

Klay Thompson ne sera pas le sauveur attendu

Il n’en fallait pas plus pour que les médias rappellent que le double-MVP a refusé de signer une prolongation de contrat l’été dernier. Il n’en fallait pas plus pour que les rumeurs d’une supposée association avec LeBron James – pourtant très hautement improbable – fasse surface. Peu importe que les spéculations soient bidons. Elles sont là et elles créent une distraction autour de la franchise. Surtout que Lacob, le proprio, en rajoute une couche en rappelant que "même les plus grands joueurs vieillissent et finissent par décliner." Un commentaire très maladroit à l’approche d’un nouveau round de négociations avec la superstar en août. Mais sauf catastrophe autre que le Covid-19, Curry devrait signer une extension massive en 2021. Ou à l’expiration de son bail en 2022.
Mais ça ne répondra pas à toutes les questions. Soyons réalistes. Même avec un Klay Thompson en pleine forme, les Warriors ne seraient sans doute pas en mesure d’aller au bout. Plus forte, indéniablement, et très certainement dangereuse. Mais pas au niveau des Lakers, des Clippers, des Nets ou des Bucks. Pas tout à fait dans la même catégorie. Pas avec ce supporting cast autour. D’ailleurs, Thompson va revenir, mais dans quelle condition après deux saisons blanches ? Il finira peut-être par retrouver un excellent niveau de jeu, surtout qu’il se repose essentiellement sur son tir et sa défense, mais pas dès l’année prochaine. Ça prendra du temps. Il le reconnaît lui-même.

Klay Thompson

Crédit: Getty Images

Il devient donc très difficile d’imaginer les Warriors redevenir… les Warriors. Redevenir une dynastie ou au moins un candidat très sérieux au titre chaque saison. Steph n’est pas LeBron. Déjà personne ne gagne seul. Mais il est clair qu’il lui faut les soutiens parfaits pour vraiment mener un groupe tout en haut. Wiggins, Oubre, Wiseman et consorts ne s’inscrivent pas dans cette lignée pour l’instant. Mais les performances extraordinaires du meneur cette saison laissent tout de même la place à un peu d’espoir. Avec 30 points, 5 rebonds, 6 passes, 48% aux tirs et 40% à trois-points, Curry se rapproche des statistiques de sa saison 2016, quand il avait été le premier joueur de l’Histoire à décrocher le trophée de MVP à l’unanimité. Sauf qu’il assure un volume incroyable en étant nettement moins bien entouré. Ce qui fait dire à certains analystes qu’il n’a jamais été aussi fort.

Une chance de jouer le titre dans... quatre ans ?

Du coup, même si les chances de sacre sont réduites, la fenêtre de tir est paradoxalement peut-être un peu plus longue qu’initialement prévue. Curry peut briller pendant encore quatre, cinq, voire six ans. Avec son tir, sa vitesse, son agilité et l’évolution de plus en plus moderne du jeu qui devraient continuer à le favoriser. Il faut donc un casting plus performant autour. Mais avec Wiseman et le choix de draft des Timberwolves (protégé top 3 en 2021 puis non protégé en 2022), les Warriors ont des atouts pour remporter les enchères si une superstar venait à manifester son envie d’ailleurs. Et en NBA, ça va très vite. Il suffit de quelques désillusions pour qu’un joueur majeur se décide à faire ses valises. Que ce soit un Karl-Anthony Towns, un Bradley Beal, un Malcolm Brogdon, un Domantas Sabonis, etc. Il y a potentiellement des joueurs à aller chercher.
Les Warriors ne reviendront peut-être jamais les Warriors, même en faisant venir un joueur de ce calibre. Dans l’idéal, ils auraient eu besoin de Giannis Antetokounmpo, leur cible rêvée. Mais attention à ne pas les enterrer trop tôt. L’erreur a déjà été faite avec les Spurs de Tim Duncan, Tony Parker et Manu Ginobili, souvent perçus comme trop vieux ou trop essoufflés. Finalement, ils avaient décroché une nouvelle bague en 2014, sept ans après leur dernier trophée ! Qui sait, peut-être que Stephen Curry et ses camarades sauront s’offrir un ultime baroud d’honneur héroïque en 2024…
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