LeBron James ne voulait même plus assister à cette mascarade. Trop insupportable. Trop rageant. Isolé au bout du banc, le King s’est finalement décidé à rejoindre le vestiaire cinq minutes avant tout le monde. Seul. La tête baissée. "Tout ce qui me traverse l’esprit à ce moment-là, c’est que l’on se fait botter les fesses. On s’est fait botter le cul, c’est aussi simple que ça", balançait le quadruple champion NBA, dépité après la lourde défaite des Lakers contre les Suns (85-115) mardi soir. Il s’agissait peut-être du match le plus important de la saison pour Los Angeles et les champions en titre sont passés complètement à côté. Ils ont été inexistants.
Il y avait déjà 30 points d’écart à la pause. Et toujours 30 points au buzzer final. Le signe d’une équipe qui n’a même pas su réagir, qui n’a fait preuve d’aucun orgueil et qui s’est fait… botter le derrière, effectivement. La décision de James de quitter ses coéquipiers cinq minutes avant la fin, plutôt que de les encourager, de les soutenir, de faire front, en dit long sur son niveau de frustration – lui qui n’avait jamais perdu deux rencontres de suite au premier tour des playoffs – mais aussi sur le mal-être qui règne actuellement au sein de l’organisation.

Des erreurs de casting qui se payent

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21/10/2021 À 05:33
Sacrés dans la bulle, les Angelenos sont désormais au bord de l’élimination. Ils sont surclassés par une équipe de Phoenix pleine de mérite mais qui ne fait même pas vraiment figure d’épouvantails dans cette ligue. Encore moins avec un Chris Paul blessé à l’épaule, limité depuis le premier match et qui n’a passé que 23 minutes sur le parquet dans la nuit de mardi à mercredi ! Les Lakers ont aussi leur lot de blessés, à commencer par Anthony Davis. Touché à l’aine lors du duel précédent, l’intérieur All-Star a manqué la rencontre du soir. Et son absence s’est évidemment fait ressentir. Il est logique qu’une équipe ne puisse pas réitérer les exploits de l’an dernier quand l’un de ses deux meilleurs éléments – peut-être même son meilleur élément – n’est pas sur le parquet.

Dennis Schröder

Crédit: Getty Images

L’ironie, c’est que les dirigeants californiens avaient anticipé des éventuels pépins physiques au moment de boucler leur recrutement lors de la dernière intersaison. En raison d’une période de repos terriblement courte, ils voulaient justement mettre la main sur des joueurs capables de porter l’équipe en l’absence des deux superstars que sont James et Davis. D’où l’idée de miser sur Dennis Schröder et Montrezl Harrell. Mais déjà au moment de leurs arrivées, nous avions insistés sur le fait qu’en sacrifiant Rajon Rondo et Dwight Howard, les Lakers prenaient le risque de bouleverser leur alchimie, leur cohésion et surtout leur ADN défensif. Cette formation a décroché son dix-septième titre en étouffant ses adversaires. Est-ce vraiment un hasard s’ils ont encaissé 115 points lors d’un match décisif ? Ce ne serait probablement pas arrivé l’an dernier, même sans AD.
Harrell est une machine à scorer dans la peinture mais ses lacunes défensives sont tellement criantes qu’il n’est finalement que très peu utilisé par son coach : 14 minutes dans le premier match, scotché sur le banc lors de l’intégralité des deux suivants puis 4 petites minutes dans le quatrième. Ce n’est pas un joueur de playoffs. Sauf que cette situation, il l’a vit très mal. Et il n’hésite pas à le faire savoir sur les réseaux sociaux. C’est un détail, certes, mais ça illustre très bien ce changement d’atmosphère au sein du vestiaire. Chacun jouait son rôle en silence en 2020. Et ça marchait. Cette saison, Marc Gasol – là encore un pari douteux – s’est plaint, Kyle Kuzma a publiquement réclamé à ce que son coach fasse jouer l’Espagnol plutôt qu’Andre Drummond et Harrell craque sur Twitter dès qu’il est mécontent. Il y a moins de sérieux, moins de sérénité et moins de concentration sur le but ultime.

Des excuses de façade

Si les Lakers venaient à sortir dès le premier tour – ce que LeBron James n’a encore jamais vécu – ils auraient déjà leur lot de justification. Avant même le début du… play in, Jared Dudley parlait déjà du "parcours le plus dur de l’Histoire." Le King, lui, notait qu’il ne serait pas à 100% de ses capacités après son entorse de la cheville. C’est vrai, la saison a été dure pour les troupes de Los Angeles. Elles n’ont eu que 77 jours pour digérer leur campagne héroïque à Disney. Un rythme infernal qui crée évidemment de la fatigue et donc accroît le risque de blessures. La sortie de route du Heat, finaliste dans la bulle et balayé par les Bucks dès le premier tour cette année, montre bien que l’enchaînement a laissé des traces. Mais ces excuses toutes trouvées ne devront pas faire oublier le problème de fond qui est désormais de plus en plus difficile à cacher.
L’état d’esprit sur ce cinquième match crucial n’était vraiment pas le bon. "C’est peut-être la pire prestation des Lakers que j’ai vu dans ma vie", confiait James Worthy, légende de la franchise.

LeBron James

Crédit: Getty Images

Cette absence de combativité est inquiétante. Elle témoigne du décalage qui s’est créé entre Frank Vogel et ses joueurs. D’ailleurs, ne soyez pas surpris si le coach est évincé même après avoir mené l’équipe au titre un an auparavant. Elle témoigne de l’ambiance de moins en moins saine au sein du groupe. Et elle témoigne aussi, quelque part, d’un certain déclin de LeBron James. Un déclin logique ! Pour allez savoir quelle raison, le mot fait peur quand il s’agit d’évoquer le natif d’Akron. Comme si il lui était interdit. Mais non, il est humain. On peut décliner tout en restant un grand joueur. Surtout en partant d’aussi haut comme lui. Il a 36 ans. Il a passé 18 saisons en NBA. Ce n’est même pas juste sa cheville. Blessure ou pas, James n’aurait jamais laissé son équipe prendre une telle rouste dans un Game 5 il y a encore deux ou trois ans. Là, il a tenté, finissant même avec 24 points. Mais avec aussi un différentiel de -24, le plus mauvais de la partie. Il a été bon. Mais pas héroïque. Pas herculéen. Et ce n’est pas juste son corps qui l’a freiné.

Anthony Davis doit devenir le patron

Il en est de toute façon conscient. Dès les jours qui ont suivi le sacre des Lakers, il désignait Anthony Davis comme le grand patron. Parce que l’âge joue en la faveur de son coéquipier, censé entrer dans la meilleure période de sa carrière. AD doit devenir le boss. Mais peut-il assumer ce rôle ? Attention, bien sûr qu’il a le niveau. Là, ce n’est plus seulement une question de basket. Quand il est en forme, il est l’un des trois meilleurs joueurs du monde. Mais mener une équipe au titre après 82 matches de saison régulière et 16 victoires en playoffs nécessite d’autres qualités et notamment une certaine mentalité. Et ça, sur ce point, Davis pêche. Ce ne sont pas juste ses blessures. C’est qu’il n’a pas encore trouvé la formule pour devenir LE joueur ultime. Le chef de file. Il a encore le temps cela dit.
Mais c’est l’une des grandes questions pour la suite. Peut-être que les Lakers finiront pas passer contre les Suns. Nous ne les enterrons pas. En revanche, même s’ils se qualifiaient, il devient très difficile de les imaginer gagner à nouveau. Ils n’ont plus cette confiance. Ils n’ont plus cet avantage. Parce qu’encore une fois, le mal est plus profond. Si on accepte de voir les signes, on se rendra compte qu’ils ne sont pas les favoris. LeBron James avait avoué après son troisième titre qu’il chassait les six bagues de Michael Jordan. Si on accepte de voir les signes, on se rendra compte qu’il n’y arriverait probablement jamais. C’est peut-être aussi pour ça qu’il est rentré au vestiaire bien avant tout le monde.
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