Même le Jazz, la meilleure équipe de la ligue depuis le début de la saison, ne pouvait rien faire devant Nikola Jokic. Même Rudy Gobert, deux fois nommé meilleur défenseur de la NBA et patron du rideau de fer mormon, restait impuissant contre le Serbe. Sans solution. Une soirée cauchemardesque pour les joueurs de Salt Lake City, dépassés par le génie de leur adversaire. Et à un peu moins de deux minutes de la sirène, la partie semblait déjà pliée pour les Nuggets. Alors Mike Malone pensait bien faire en sortant sa superstar. Histoire d’éviter toute blessure. Ses joueurs n’ont pas apprécié.
Jamal Murray lui a lancé la balle, dépité. "Il [Murray] m’en a voulu. Mais j’aime bien le fait qu’il défende coéquipier", raconte le coach. Alors pourquoi les joueurs de Denver seraient-ils dégoûtés de la sortie de leur camarade pour une grosse poignée de secondes purement anecdotiques ? Tout simplement parce que le pivot All-Star avait une occasion d’aller marquer 50 points. Five-0. Une barre symbolique. "Je ne savais même pas qu’il était à 47 points à ce moment-là", avoue Malone. Jokic lui-même ne s’en doutait probablement pas non plus. Mais ses compères eux, tenaient à le gaver de ballon pour qu’il batte son record.

Nikola Jokic, la victoire et le plaisir avant tout

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21/10/2021 À 05:33
"On voulait vraiment que le grand plante 50 points", rigole Will Barton. "Je lui ai dit d’aller chercher les 50 ! Mais vous savez comment il est. Il s’en fout de ça. Il joue juste au basket en étant lui-même." Et collectionner les statistiques ou les records ne colle pas du tout avec la personnalité du bonhomme. 12, 25 ou 47 points, peu importe. Le natif de Sombor, une petite ville située à proximité de la frontière, aime le basket dans sa forme la plus pure et la plus simple. Les chiffres sont accessoires. Autrement dit, il s’en fiche. "Le but, c’est de gagner. Je veux scorer juste ce qu’il faut pour que l’on gagne", soulignait alors l’intéressé. Denver avait battu Utah (128-117). Mission accomplie.
Deux matches plus tard, il claquait finalement ses 50 points. Touts ronds. Lors d’une… défaite contre les Kings (114-119). Ironique, non ? Autant dire que sa performance, il ne l’a pas savourée. Il y a des joueurs qui font mine de ne pas s’intéresser à la feuille de match tout en gardant tout de même leurs stats dans un coin de leur tête. Puis il y a Nikola Jokic. L’un des meilleurs basketteurs du monde qui ne connait sûrement pas ses moyennes chaque saison.

Nikola Jokic

Crédit: Eurosport

Lui, tout ce qu’il veut, c’est gagner. Et jouer. Partout. Tout le temps. Une passion si forte qu’elle le poussait même à poster des messages sur Facebook pour se trouver des partenaires de playgrounds alors qu’il était déjà pro dans son championnat national ! Un prospect fantastique et précoce à Mega Basket, l’un des nombreux clubs de Belgrade. Mais malgré ses prestations prometteuses dans la Ligue Adriatique, il est passé sous les radars de la plupart des franchises NBA au moment de son inscription à la draft en 2014. Les Nuggets en ont profité pour le sélectionner en 41ème position. Quel coup de maître.
Un après, Nikola Jokic débarquait aux Etats-Unis. Et depuis, il ne cesse de passer des paliers. Au point de s’affirmer comme l’un des cinq ou six meilleurs joueurs de la ligue. Sans doute la référence à son poste (même si Joel Embiid reprend du poil de la bête). Depuis, il bat record sur record. Il est le premier homme à avoir compilé un triple-double en moins de 15 minutes. Il est aussi le seul, avec l’inévitable Wilt Chamberlain, à avoir réussi un triple-double sans rater le moindre tir. C’est une machine à statistiques. Avec des performances monstrueuses qui le mettent d’office dans la course pour le MVP.

Un joueur hors normes, à tous les niveaux

27,5 points, 11,5 rebonds et 8,5 passes à 56% aux tirs et 40% à trois-points. Incroyable. "Je lui répète avant tous les matches : ‘va donc chercher le MVP. Tu peux être le meilleur joueur du monde si tu veux’", remarque Barton. Là encore, autant parler à un mur. "Je ne pense jamais à ce trophée, tout ce qui compte c’est le match suivant" rétorque Jokic. Un joueur à part. Une star différente des autres. Déjà physiquement. Un grand nounours de 128 kilos. Et certainement pas que du muscle. Il ne cache pas son affection particulière pour le coca et les sucreries. Dans cette ligue où les athlètes développent des corps d’Apollon, lui est constamment raillé pour son embonpoint. Mais là encore, il s’en fiche. "Je ne lis rien, je n’écoute pas non plus." Il ne compte pas changer.

Nikola Jokic, la vedette des Denver Nuggets.

Crédit: Getty Images

Il est là pour prendre du plaisir. Et pour en donner. Parce que le "Joker" régale. Il y a du Larry Bird en lui. Du Magic Johnson aussi. Et un peu de Dirk Nowitzki. Dans des proportions différentes, bien entendu. Il n’est pas au niveau des ces Hall Of Famers, tous sacrés champions. Mais sur le terrain, ses camarades profitent de ses passes lumineuses comme ceux des glorieux aînés. Pour le plus grand bonheur des fans et des spectateurs. Il régale aussi en dehors. En restant simple. En restant lui-même. Drôle, maniant l’autodérision aussi bien que le ballon. Pour preuve, quand il est comparé à LeBron James, il admet volontiers "être aussi rapide que le King » tout en précisant que leurs « qualités athlétiques sont les mêmes." Où quand il décrit sa relation avec Jamal Murray comme celle "d’un couple mais en moins intime."
En fait, il a un côté Boris Diaw. Certains coaches américains ne comprenaient pas du tout pourquoi le Français ne faisait pas tout pour devenir un All-Star. Lui n’était là que pour jouer, pour l’esprit de camaraderie… et bien sûr pour gagner. Jokic est dans ce moule. Mais en beaucoup plus fort. Peut-être même suffisamment fort pour emmener un jour les Nuggets jusqu’au titre. Même si, pour ça, il lui faudrait sans doute au moins un autre joueur de son standing à ses côtés. Mais en attendant, titre ou pas, MVP ou non, il n’a pas fini de nous faire plaisir.
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