Giannis Antetokounmpo est un OVNI. Un pur objet volant non identifié qui plane sur les terrains de basket et saute par-dessus les défenseurs – Tim Hardaway Jr peut confirmer. Pendant longtemps, le Grec, originaire de la banlieue d’Athènes où il évoluait en deuxième division, est passé sous les radars. D’où l’impression de sortir de nulle part une fois arrivé en NBA. Peu sont ceux qui le connaissaient. Mais le profil faisait saliver : un jeune homme de 18 ans aux bras tentaculaires, listé à plus de deux mètres dix et qui serait en plus susceptible d’évoluer meneur. Excitant, non ?
Toute l’inconnu autour du bonhomme, son parcours, ses capacités athlétiques, son niveau de jeu hypothétique ou encore son poste sur le terrain, a contribué à en faire une coqueluche avant même qu’il ne débute sa carrière aux Etats-Unis. Puis sa progression fulgurante saison après saison a fait naître tous les fantasmes. Et si le "Greek Freak", baptisé de la sorte avant même de vraiment peser à Milwaukee, s’imposait comme le nouveau LeBron James ?
Un athlète qui domine tous les autres en s’appuyant sur son physique. Les comparaisons étaient inévitables. Même sans avoir la même taille ou le même jeu, le fait qu’il paraisse considérablement au-dessus des autres dans une ligue où les corps sont hors-normes le rapprochait forcément de la catégorie du King – un peu comme Zion Williamson aujourd’hui. D’ailleurs, James considérait lui-même Antetokounmpo comme un possible héritier et il l’avait invité à s’entraîner ensemble, ce que Giannis a refusé. Mais ces comparaisons pourraient finalement coûter un titre aux Bucks aujourd’hui.
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Giannis Antetokounmpo,

Crédit: Getty Images

Giannis, plus Anthony Davis que LeBron James

Parce que Giannis, ce n’est pas LeBron. En fait, c’est même plutôt Anthony Davis. Deux joueurs longilignes et très athlétiques. Deux des meilleurs défenseurs du monde, si ce n’est les deux meilleurs. Deux attaquants qui aiment agresser leur vis-à-vis de face, en profitant de leur mobilité et de leur agilité stupéfiantes pour leur taille. Comme le double-MVP, AD est un ancien meneur de jeu. Il s’est reconverti intérieur après une forte poussée de croissance avant d’arriver à la fac. Mais il a gardé son toucher et sa technique. Tous les deux excellent d’ailleurs près du cercle. Leurs profils sont proches. Et pourtant, ils ne sont pas utilisés de la même manière par leur coach. Alors que cela devrait être le cas.
Le réputé Zach Lowe faisait ce constat après une rencontre de Milwaukee il y a deux semaines : "Il a posé 36 écrans ce soir. Alors que son plus haut total sur les deux dernières saisons était de 24. Je pense que la version de Giannis qui gagne des titres est plus proche de Davis que de James." Pour l’instant, la transition vers ce nouveau rôle se fait encore attendre. Le joueur de 26 ans sert encore fréquemment de point d’ancrage, balle en main, de l’attaque. Et c’est compréhensible. Les Bucks veulent profiter de sa capacité à créer du jeu en attirant la défense vers lui. Mais il peut très bien le faire sans être le maestro à la baguette. Un écran de Giannis, c’est l’assurance que les deux défenseurs concernés – le sien et celui du porteur de balle – le surveille de près pour l’empêcher d’avoir un boulevard une fois qu’il aura roulé vers le cercle.
Parce que ça reste là où il est le plus efficace. Une fois proche du panier. En fait, Giannis Antetokounmpo, c’est Shaquille O’Neal. Celui du Magic, pas celui des Lakers. Avant que chacun saute de sa chaise, précisons : c’est Shaq dans une ligue moderne où les gros mastodontes sont de moins en moins nombreux. Les physiques sont là aussi différents mais la domination du Grec dans la peinture rappelle un peu celle du pivot légendaire. C’est simple, personne n’a jamais été aussi adroit que lui dans la zone la plus rapprochée du panier. Il y converti 82% de ses tentatives. Un record, en supposant qu’il le tienne tout au long de la saison. Jusqu’à présent, LeBron James détient la meilleure marque avec 79% en 2014 et O’Neal suit juste derrière.

Giannis Antetokounmpo et Anthony Davis

Crédit: AFP

Antetokounmpo pivot, l’arme secrète des Milwaukee Bucks

Quand il était à Orlando, à ses débuts dans la ligue, le Shaq était lui aussi capable de traverser tout le terrain en dribble. Plus léger, plus vif, plus aérien. Mais il n’a pas gagné. Et c’est seulement à Los Angeles, avec l’aide de Kobe Bryant et sans Michael Jordan ou Hakeem Olajuwon pour lui barrer la route, qu’il a finalement décroché ses premières bagues. Alors Antetokounmpo ne doit pas pour autant ajouter encore dix ou quinze kilos et jouer uniquement dessous. La ligue n’est plus la même. Il ferait mieux de garder sa versatilité. Mais c’est aux coaches de mieux exploiter ses capacités actuelles et surtout son énorme potentiel en tant que pivot.
Les Bucks ont littéralement détruit leurs adversaires lors des très courts passages communs de Jrue Holiday, Khris Middleton, Pat Connaughton, Donte DiVincenzo et donc Giannis au poste. 117 points marqués sur 100 possessions. 82 encaissés. L’échantillon – à peine 8 minutes – est beaucoup trop faible pour être significatif. Mais il est temps d’au moins expérimenter un peu plus. Cela fait deux ans de suite que la franchise du Wisconsin termine en tête de la Conférence Est en saison régulière avant de sortir avant les finales NBA en playoffs. Autant tenter. Autant développer ce groupe, potentiellement dévastateur grâce à sa mobilité. Surtout avec un Antetokounmpo dominant dessous. Dans cette ligue, c’est ça son poste : un pivot fuyant. Exactement comme Anthony Davis aux Lakers (tous les meilleurs cinq des champions en titre comportaient AD seul dans la peinture la saison dernière).
Le constat peut aussi s’appliquer à la défense. Frank Vogel profite de l’immense polyvalence de Davis en l’envoyant sur plusieurs profils différents. Il peut défendre sur un intérieur comme sur un ailier. Antetokounmpo en est tout à fait capable, après tout, il a été nommé meilleur défenseur de la saison ! Il a la vitesse pour contenir des adversaires plus petits. Et pourtant, contre le Heat, il était cantonné à Jae Crowder, un ailier limité balle en main, pendant que Jimmy Butler faisait exploser les arrières des Bucks les uns après les autres. Miami a éliminé Milwaukee. Les Lakers, eux, n’ont pas hésité : ils ont envoyé AD au charbon sur Butler quasiment tout au long des finales NBA. Avec le sacre au bout.
C’est aussi à se demander si le "Greek Freak" n’a pas été un peu trop impacté par cette rengaine qui revient souvent à son sujet : "S’il avait un tir, il serait inarrêtable." Peut-être qu’il n’en a même pas besoin en réalité ! Qu’il bosse sa mécanique est une bonne chose. Mais le problème, c’est qu’il prend de plus en plus sa chance de loin sans se montrer plus adroit pour autant. Comme s’il tenait absolument à faire payer les défenses qui lui laissent deux mètres d’espace à chaque fois qu’il arrive au niveau de la ligne à trois-points. L’intention est bonne. Mais ça, c’est aussi parce que les Bucks font justement le choix de l’utiliser bien trop souvent en tant qu’initiateur. Ses pourcentages aux lancers-francs, qui ont sombré à 59% (77% il y a deux ans) laissent penser qu’il ne sera jamais un joueur fiable à plus de cinq mètres. Pas grave, à lui et à son équipe de faire autrement !

Giannis Antetokounmpo

Crédit: Getty Images

Même Giannis a besoin de son LeBron

Giannis, dans l’esprit, c’est peut-être à mi-chemin entre Anthony Davis et Shaquille O’Neal. Dans le profil, mais aussi dans les possibilités. Un peu plus qu’une superstar (deux fois MVP et un trophée de meilleur défenseur) mais pas vraiment une légende (ou pas encore). Parce que ces deux modèles ont des titres. Mais la vraie différence, c’est qu’ils jouaient eux aussi avec au moins une autre superstar.
Antetokounmpo peut jouer comme Davis autant qu’il le souhaite, il n’a pas son LeBron à ses côtés. Parce que les dirigeants des Bucks ont construit toute l’équipe autour de lui en le considérant comme le premier créateur en attaque. Et en l’associant à tout un tas de shooteurs différents. Mais même avec une vraie armada à trois-points, ils peinent en playoffs. Ils n’ont pas ce joueur capable de débloquer à lui seul les situations les plus tendues quand les défenses se resserrent. Ce que faisait Bryant avec O’Neal. Ou ce que fait James avec AD. Et ça, le management de Milwaukee l’a compris beaucoup trop tard, sans doute en espérant que leur star passerait un cap au tir.

Les joueurs des Milwaukee Bucks Brook Lopez, Giannis Antetokounmpo, Jrue Holiday et Khris Middleton

Crédit: Getty Images

Du coup, les Bucks se retrouvent souvent contraints de laisser les ballons importants à Khris Middleton, ou auparavant Eric Bledsoe, dans les moments les plus chauds. Et ça ne marchait pas. Ça ne marchait plus arrivé à un certain stade de la compétition. C’est donc dans l’urgence que l’organisation a cédé 4 picks pour récupérer Jrue Holiday… Pas sûr que ce soit vraiment suffisant pour aller au bout. Mais Giannis Antetokounmpo est encore jeune et il vient de prolonger jusqu’en 2026. Il est encore temps de s’adapter à son meilleur profil. Celui d’un intérieur ultra polyvalent et non plus d’un playmaker très athlétique.
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