La société actuelle tend à nous enfermer constamment dans des cases. Avec des codes à respecter. Et une attitude propre à chaque groupe. Ouvriers, artistes, bureaucrates. Intellectuels. Sportifs. Le cas est encore plus parlant pour ces deux dernières catégories, souvent mises en opposition. Comme si elles ne pouvaient pas coexister. Un raisonnement qui ne plait pas à Jaylen Brown. "On me demande souvent si je m’identifie comme un athlète ou un intellectuel. Je déteste cette distinction. Le fait que ça doit être soit l’un, soit l’autre et qu’il n’y a pas la possibilité d’être les deux à la fois. Dans ma réalité, ça l’est", déclarait-t-il lors d’un passage à… Harvard, où l’ailier des Boston Celtics tenait une conférence devant des étudiants.

Le jeune homme de 24 ans est l’un des meilleurs basketteurs du monde. Une star montante en NBA. Mais il refuse de se définir uniquement à travers ses exploits sur les parquets américains. Parce qu’il est bien plus que ça. Et depuis bien longtemps d’ailleurs. Originaire de Marietta, une petite ville dans la banlieue d’Atlanta, il ne s’est jamais cantonné qu’à un seul rôle, celui de surdoué de la balle orange. Lui-même se décrit comme un joueur à part, avec des ambitions qui dépassent largement le cadre de son sport.

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Athlète ou étudiant, pourquoi choisir ?

Le basket est sa première passion. Mais pas la seule. Il aime le football (soccer), l’Histoire, la sociologie, la philosophie, les échecs, le piano… il médite, il est végétarien et il tient à apprendre à parler plusieurs langues avant de fêter ses 25 printemps. Un homme ouvert sur le monde qui l’entoure, constamment en soif de nouvelles connaissances. C’est de famille. Son père était un champion du monde de boxe. Sa mère titulaire d’un doctorat. Le sport et les études. Sans dissociation.

Jaylen Brown (Boston Celtics), face aux Pacers au premier tour des playoffs - 21/04/2019

Crédit: Getty Images

Considéré comme l’un des meilleurs lycéens du pays, membre de Team USA médaillé d’Or au championnat du Monde U18 en 2014, Brown aurait pu rejoindre n’importe quel programme prestigieux comme Kentucky ou North Carolina. Mais lui voulait autre chose. Il cherchait une faculté exigeante, au niveau scolaire élevé. C’est pourquoi il s’est tourné vers Berkeley et sa centaine de prix Nobel. Quelques mois après son arrivée en Californie, il parlait couramment espagnol. Suffisamment pour assurer une interview dans un état où la communauté hispanique est très présente.

Alors que la plupart des prospects débarquent à l’université tout en sachant qu’ils n’y resteront pas plus d’un an et que donc aller en cours peut paraître accessoire alors qu’ils signeront un contrat de plusieurs millions de dollars d’ici peu, lui s’est efforcé de suivre son cursus – même court – avec la plus grande attention. Avec des synthèses de plus de vingt pages à rendre, le tout en jonglant entre les entraînements et les matches au rythme digne d’un professionnel. "Il est autant un étudiant qu’un athlète", écrivait alors un journaliste américain qui le suivait de près en NCAA.

Jaylen Brown, "trop intelligent pour son propre bien"

Ce sont bien ses talents sur les terrains qui ont attiré les recruteurs NBA. Il faisait partie des trois ou quatre joueurs phares de la draft 2016, derrière Ben Simmons et Brandon Ingram. Mais ces capacités en dehors des parquets, à l’inverse, faisaient… fuir ? Sous couvert d’anonymat, un dirigeant se confiait à l’époque sur le bonhomme. "C’est un garçon incroyablement intelligent. Il est curieux de tout et il pose constamment des questions. Je sais que cela peut être intimidant pour certaines équipes. Il veut savoir pourquoi on va lui demander de faire certaines choses sur le terrain plutôt que de les exécuter bêtement. Certains peuvent prendre ça pour une remise en question de l'autorité, notamment les coaches un peu à l’ancienne, et certaines franchises ne le prendront peut-être pas à cause ça." Un postulat qui va complètement à l’encontre des idées que Jaylen Brown veut défendre. Il serait donc "trop intelligent pour son propre bien."

Jaylen Brown

Crédit: Getty Images

Une remarque qui peut prendre une connotation raciste. Il est noir et éduqué. Ce qui, malheureusement, le fait passer pour un extraterrestre aux yeux. Pourquoi lui ? Parce qu'il adore dénoter et se démarquer. En se pointant en costard – avec un style pour prendre des notes – aux entretiens d’avant draft. En tenant à rencontrer Adam Silver, le commissionnaire, et Michelle Roberts, la directrice du syndicat des joueurs, avant même de mettre les pieds dans la ligue. Et sans même prendre d’agent ! Mais plusieurs conseillers autour de lui : des anciens All-Stars comme Isiah Thomas et Shareef Abdur-Rahim. Mais aussi des professeurs. Le sport et les études, une fois de plus.

Star de demain et leader de demain

Danny Ainge, le Président des Celtics, s’est laissé séduire. Et il a donc misé sur Brown, sélectionné en troisième position avec le choix qui devait revenir aux Nets initialement. Bientôt cinq ans après, il est déjà l’un des deux meilleurs patrons de la franchise (avec Jayson Tatum). En progressant sensiblement saison après saison. 6,6 points à ses débuts, 14 dès son année sophomore et maintenant 27 pions par rencontre. Avec même déjà deux performances à 42 unités depuis la reprise. Il a aussi battu un record en marquant 33 points en seulement 19 minutes la semaine dernière.

Jayston Tatum (à gauche) et Jaylen Brown (à droite) des Boston Celtics

Crédit: Getty Images

C’est clairement un All-Star en puissance. Le meilleur scénario possible à son arrivée chez les professionnels. Brown gomme une à une ses lacunes. Son adresse aux tirs en est l’exemple parfait. C’était considéré comme l’un des points faibles de son jeu à sa sortie de l’université. Aujourd’hui, sa mécanique est rodée (52% de réussite, 43% à trois-points) et il peut scorer dans n’importe quelle situation. Il évolue même à la création. Le signe d’un bosseur rigoureux. Même plus que ça. Un bosseur acharné. "Il faut 10 000 heures pour devenir un expert dans un domaine. Alors s’il faut 20 000 heures pour devenir grand, j’en ferais 30 000."

Même plus jeune que la plupart de ses coéquipiers, il se comporte déjà comme un leader dans le vestiaire. Il faut dire que c’est naturel chez lui. Il est constamment dans la communication mais aussi l’observation, l’écoute et la compréhension. Les traits d’un grand… homme politique ? Peut-être pour son après carrière. Mais en attendant, il se positionne déjà sur les sujets de société les plus importants. Jaylen Brown entend bien profiter de la plateforme que lui offre la NBA et son statut de basketteur pour lutter contre les inégalités et les discriminations.

En mai dernier, après la mort de Floyd George, étouffé par un policier à Minneapolis, il a fait quinze heures de route pour mener une manifestation pacifique dans sa ville natale. Hors de question de se taire et de se contenter de dribbler quand il peut mener des combats. Il est d’ailleurs le plus jeune Vice-Président de l’histoire du syndicat des joueurs. Un athlète et donc bien plus que ça. Les Celtics ont décidément bien faire de miser sur lui.

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