Damian Lillard est un spécimen en voie de disparition en NBA. Et pas seulement parce qu’il fait partie des dix ou douze meilleurs basketteurs de la planète. Ceux à même de gagner une rencontre par la simple force de leur poignet. Il est l’une des rares superstars de notre époque, avec Stephen Curry et Giannis Antetokounmpo, à rester fidèle à sa première franchise. Sauf que Curry n’a jamais vraiment eu à se poser la question. Les Warriors ont vite atteint les sommets de la ligue. Quant à Antetokounmpo, son attachement aux Bucks a été récompensé avec une bague quelques mois après la prolongation de contrat. Pour Lillard, c’est plus compliqué.
Ça va faire dix ans qu’il squatte les parquets de la ligue. Sans jamais avoir disputé la moindre finale. D’autres auraient demandé leur transfert depuis un moment. Histoire de rejoindre une armada mieux armée et donc plus à même de l’amener au but ultime. Kyrie Irving, Kawhi Leonard, Paul George, Anthony Davis. Tous ont forcé leur départ vers une autre destination. LeBron James et Kevin Durant aussi, mais après avoir attendu d’être libre sur le marché pour choisir leur prochain défi. C’est devenu une mode. "Je m’en fous de la tendance", assure pourtant le meneur des Trail Blazers.
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Des premiers signes de lassitude à Portland

Comme les autres, il veut gagner. Mais il ne semble pas prêt à tout pour y parvenir. Lui se dit tout à fait capable de finir sa carrière à Portland sans jamais avoir été au bout. Une attitude qui se démarque tellement de celle de la majorité de ses pairs que l’univers NBA peine presque à comprendre ses motivations. Du coup, les rumeurs se multiplient et s’intensifient chaque année. Les spéculations prennent presque une tournure naturelle : les Blazers ne gagnent pas donc Lillard doit partir. Son raisonnement est pourtant différent.
Et à chaque fois, le principal intéressé est contraint de se répéter. De clarifier ses positions qui n’ont pourtant pas bougé. Il a déjà nié vouloir quitter l’organisation à trois reprises en trois mois ! La dernière en date, début décembre : "Je ne demande pas mon transfert. Je suis tous les jours dans le bureau de Chauncey [Billups, le coach] pour trouver des solutions. Pourquoi je ferai ça si je voulais partir ? C’est une bonne histoire à raconter. Les médias savent que les gens vont s’y accrocher alors ils continuent. Mais j’ai l’intention de rester à Portland. Je sais que ces discussions seront toujours là mais ce sont des conneries."
Même son de cloche quelques semaines plus tôt : "Ils disent tous ce qu'ils pensent que je pense, et ce qu'ils pensent que je vais faire, mais je ne vais pas quitter Portland, tu sais ? Je ne quitte pas Portland... Il y aura de l'adversité, il y aura des moments difficiles. Donc, si ça commence par être difficile, je n'en serai pas heureux, personne ne le serait. Mais je ne vais pas quitter le navire et m'enfuir quand ça arrivera."
On ne peut même pas dire que le message est passé puisque le joueur doit constamment le rappeler. N’empêche que… son discours s’est légèrement érodé pendant l’été. Avec des nuances un peu plus subtiles dans le choix des mots. "Je ne veux pas quitter Portland… pour l’instant", rétorquait par exemple Damian Lillard. Ça pose de suite un autre décor et ça ouvre la porte à encore plus de rumeurs et d’hypothèses. Il s’est même laissé gentiment draguer par Anthony Davis et LeBron James au cours de l’intersaison.

Damian Lillard face à Utah, le 29 novembre 2021

Crédit: Getty Images

"LeBron m'a demandé ce que je pensais de ma situation. Je lui ai répondu la même chose qu'aux journalistes. Je veux être en position de gagner le titre. Il m'a peint un tableau de ce à quoi pourrait ressembler la situation si je quittais Portland. Il ne m'a pas dit de venir à Los Angeles. Il ne m'a en fait rien dit que je ne savais pas déjà, si ce n'est à quoi ressemblerait mon futur. Je lui ai dit que si je devais jouer avec eux, je n'avais pas de doutes sur le fait que ça marcherait. Je connais ma panoplie, je sais qui je suis et je sais qui ils sont." Le ton est déjà moins catégorique.
Mais il s’agit aussi sans doute d’un moyen pour faire pression sur ses employeurs. Les Blazers sont rongés par des luttes internes, même si le licenciement du GM Neil Olshey – une victoire pour Lillard – devrait aider à ramener une forme de sérénité. Il commence à avoir plus d’exigences. Notamment en ce qui concerne l’effectif. Il aimerait par exemple jouer avec Ben Simmons. Sa franchise s’est mise sur la piste de l’ailier australien. Mais sans aucune garantie de convaincre les Sixers de le céder.

Les Blazers, le choix... de la sécurité

Les dirigeants ont assez peu de marge de manœuvre. Parce que les atouts à offrir en échange d’un All-Star ne sont pas nombreux. Anfernee Simons est un jeune prometteur mais il passe encore sous les radars. CJ McCollum plaît, mais pas au point de pousser une équipe à offrir un joueur majeur en contrepartie. Idem pour Jusuf Nurkic. Ce sera peut-être même encore plus difficile de renforcer le groupe si Lillard vient à signer un nouveau contrat. C’est justement une autre rumeur qui se propage : celle selon laquelle la star bloquerait la franchise en réclamant une extension monstrueuse.
Plus de 100 millions sur deux saisons, avec un salaire autour des 50 briques à 36 ans. Ces accusations pourraient même provenir d’Olshey… Qu'elles soient vraies ou non, le contexte donne un élément de réponse sur ce qui peut pousser le vétéran à renouer son engagement aux Blazers. L’attrait du pouvoir. Et, quelque part, de la liberté qui l’accompagne. Il fait ce qu’il veut à Portland. Les Blazers lui donnent carte blanche. Encore plus maintenant que l’un de ses opposants a été évincé. "Ils me permettent d’être la meilleure version de moi-même sur le terrain. Et ils me soutiennent dans tous mes projets en dehors du terrain. Pourquoi je chercherai une situation différente ?", expliquait-il en 2019.
Même pas besoin de lire entre les lignes. Si Dame ne veut pas s’associer avec d’autres stars, c’est aussi simplement parce qu’il tient à rester un joueur majeur, avec tous les avantages que ça comprend. Sur et en dehors du terrain. Il est le meilleur de l’équipe. La première option offensive. Il peut signer le contrat le plus massif possible sans bras de fer. Il est libre de composer et d’enregistrer ses albums de rap pendant l’intersaison. Tout ça à Portland. Pas sûr qu’il puisse naviguer aussi facilement au sein d’un autre club. "En partant, vous ne savez pas forcément où vous allez mettre les pieds. L’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs." En gros, il sait ce qu’il perd, pas forcément ce qu’il gagne.
Originaire d’Oakland, passé par une petite faculté (Webber State), Damian Lillard se sent bien à Portland. Sa famille aussi. C’est plus important pour lui que de gagner un titre. On peut devenir un grand joueur en restant toute sa carrière dans la même franchise. La loyauté pèse un poids dans les discussions. Peut-être qu’il est aussi conscient de ses propres limites. Déjà, il n’est plus tout jeune. Le Lillard actuel, 31 ans, est quelque part sa meilleure version possible en NBA. Et il reste moins adroit et moins prolifique que Curry. Moins dominant que Giannis. Il lui faudrait l’effectif parfait à ses côtés pour décrocher un titre en tant que joueur numéro un de l’équipe. Il le sait.

Damian Lillard au milieu de trois joueurs de Minnesota, le 12 décembre 2021

Crédit: Getty Images

Le plus fou, dans cette histoire, c’est finalement la difficulté de rester fidèle à notre époque. Les passionnés se plaignent souvent quand une superstar rejoint d’autres superstars. Mais dans le même temps, paradoxalement, tout le monde ou presque se languit de ces rumeurs. Les médias s’en nourrissent pour accroître clics et audience. Ça fait vendre. Les géants US rêvent déjà de le voir à New York ou Los Angeles. Une manière de faire pression et de façonner l’opinion.
"Je n’arrive pas à croire qu’il soit encore obligé de clamer son amour pour cette ville et cette organisation. De rappeler qu’il veut être ici. Avec moi, il est vraiment clair sur ses intentions. Je sais ce qu’il veut et où il compte y parvenir" remarque Chauncey Billups. Un transfert paraît de toute façon inconcevable cette saison. Ça ne marche pas comme ça. Il lui reste encore quatre années de contrat en comptant celle-ci. Il faudrait des tonnes et des tonnes de choix de draft et des joueurs prometteurs à refourguer aux Blazers. Tout simplement impossible maintenant. Au contraire, le GM intérimaire, Joe Cronin, a pour mission d’aller dans l’autre direction et de renforcer l’équipe d’ici la deadline.
Les Blazers sont d’ailleurs enfin ouverts à un trade de CJ McCollum. Ce qu’ils auraient dû faire avant. Parce que plus Lillard prend de l’âge, plus ce sera dur de gagner dans l’Oregon. Et la pression des résultats sera de plus en plus forte. Une fois son héritage assuré, la tentation d’aller voir ailleurs pourrait aussi être de plus en plus pressante. Rester fidèle avec autant de tentations... quel immense challenge à notre époque. Peut-être même encore plus que de gagner un titre.
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