Il existe plusieurs idées reçus erronées au sujet de Stephen Curry. La plus injuste d’entre-elles concerne son niveau de jeu une fois arrivé en finales NBA. C’est déjà la sixième fois que le meneur des Warriors atteint l’ultime round de la compétition et il n’a jamais été nommé MVP malgré les trois titres décrochés par son équipe depuis 2015. De quoi renvoyer – à tort – l’impression qu’il ne parvient pas à dominer ou à peser sur le jeu lors des matches les plus importants d’une saison de basket. Superstar et visage d’une révolution, le natif d’Akron (et oui, lui aussi) reste un athlète pas toujours compris en dépit d’un talent exceptionnel.
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Parfois même par ses propres partisans. Pendant des années, des supporters de Golden State, et donc de Curry, ont regretté que Steve Kerr ne le laisse pas manœuvrer plus souvent balle en main en multipliant les picks-and-roll comme peuvent le faire James Harden, Trae Young, Luka Doncic ou les autres principaux manieurs de ballon du championnat. Le coach s’y est toujours opposé parce que ce schéma classique rend les attaques "trop stéréotypées et trop prévisibles" alors que ses équipes ont justement toujours misé sur le mouvement des hommes et du ballon pour impliquer les cinq joueurs sur le terrain et maintenir constamment la défense adverse en alerte.
'Steph' est un expert en la matière, avec ou sans la gonfle entre les mains. Il suffit de l’observer, en se fixant uniquement sur lui. Il ne s’arrête jamais de courir. Il prend un écran, repart dans l’autre sens, récupère la balle, la redonne, va chercher un autre écran, etc. Un ballet incessant qui finit par épuiser quiconque passe sa soirée à lui courir après. Et tout le jeu des Warriors repose là-dessus : sur la menace qu’il représente, qu’il touche ou non le ballon, qu’il prenne ou non le tir à la fin de la possession. "Notre attaque démarre toujours avec lui. Même quand Kevin Durant jouait ici, tout partait de Steph", insiste Draymond Green.

Stephen Curry, l'attitude des grands chefs

Stephen Curry est défendu différemment de tous les autres joueurs NBA. Parce qu’il est complètement à part. Le danger qu’il créé juste en étant présent sur le parquet est sans précédent. Parce qu’il attire constamment l’attention de la défense. Et dès qu’il se met en rythme, ce sont deux, voire même souvent trois et parfois quatre joueurs qui braquent leur regard sur lui et uniquement sur lui. Il ne compile peut-être pas des triple-doubles à 50 points comme le faisait Harden à une époque mais il tire tout le reste de ses coéquipiers vers le haut en leur facilitant la vie. La philosophie est toujours la même, trois ans après le dernier passage des Warriors en finales. Sauf qu’au moment d’affronter les Celtics, la meilleure défense de ces playoffs, Kerr s’est finalement décider à libérer la bête.

Stephen Curry lors du match 5 face aux Nuggets

Crédit: Getty Images

Curry a joué 12 picks-and-roll dans le Game 1 et autant dans le Game 2. Et il martyrisé ses adversaires à chaque fois dans cette situation. Boston a presque déjà tout essayé. Ime Udoka a demandé à ses joueurs de faire prise-à-deux sur lui dès la pose de l’écran. Sans succès. Il les a fait "switcher." En vain. Robert Williams est parfois même resté en retrait, quitte à laisser le meneur tirer à trois-points. Sans surprise, ça n’a pas marché non plus. Toute la défense des Celtics est concentrée sur lui. Mais elle ne trouve pas de solution pour autant, malgré la présence de Marcus Smart, lauréat du dernier trophée de DPOY.
Le maestro des Warriors ne tombe pas dans le piège de l’excès malgré cette propension à jouer plus de picks-and-roll. Il continue d’appliquer les mêmes principes qui ont mené son équipe sur le toit du monde à trois reprises depuis 2015. "Ses prises de décision sont excellentes. Il ne se précipite pas pour foncer dans la peinture. Il se contente de prendre ce que la défense lui laisse. Je pense qu’il n’a pas marqué le moindre point pendant les cinq ou six premières minutes [du Game 2]. Il ne force rien, il attend que le jeu vienne à lui. On suit tous son exemple", confie Draymond Green.
Une superstar altruiste, ça donne le ton. Stephen Curry a attaqué les finales avec 21 points (6 paniers primés, un record) dans le premier quart-temps du Game 1. Dimanche soir, il a réparti sa marque en donnant un coup d’accélérateur dans le troisième quart-temps, moment où Golden State a une nouvelle fois pris le large – cette fois-ci sans se faire rattraper. Le reste du temps, il s’est appliqué à servir ses partenaires. Il aurait même terminé avec plus que 4 passes décisives si ces derniers n’avaient pas raté autant de layups en première période. "J’essaye de rester en contrôle, de lire ce qui se passe, de sentir le match et de trouver mes spots de prédilection", explique l’intéressé. Du coup, ses statistiques ne sont peut-être pas impressionnantes mais sa mainmise sur la partie saute aux yeux. Et ça a toujours été le cas – ou presque ! – lors des différentes finales NBA qu’il a disputées, à part peut-être celles de 2016 où il est passé à côté par moment.

Une évolution à travers le temps

Mais c’est vrai qu’il n’est plus tout à fait le même joueur que lors des différents passages des Warriors : il est tout simplement plus fort. Ça peut sembler osée comme affirmation tant il a marqué les esprits lors de ses deux campagnes de MVP il y a respectivement six et sept ans. C’est pourtant un basketteur plus complet. Un homme plus expérimenté mais aussi plus puissant que par le passé. Ça fait la différence, notamment en défense, un aspect du jeu longtemps considéré comme l’un de ses points faibles.

Stephen Curry a fait le show lors du Game 2 des Finales NBA entre les Golden State Warriors et les Boston Celtics

Crédit: Getty Images

"Les adversaires s’en prennent à lui chaque soir et ils essayent de le fatiguer parce qu’ils savent à quel point il est important pour nous. Mais c’est hallucinant de voir à quel point il a gagné en force physique depuis que je suis arrivé ici. Il a continué à travailler sur son jeu et sur son état de forme année après année", note Steve Kerr. Une autre idée reçus consiste par exemple à penser qu’il ne serait pas assez costaud pour tenir le choc à une époque où le basket se voulait plus brutal, par exemple dans les années 90. Mais Curry a pris des épaules et il est de plus en plus solide sur ses appuis. "Il est habitué à ce traitement et il bien plus puissant qu’avant", ajoute Kevon Looney. Son évolution physique fait de lui un vrai "two way player", ceux qui impactent le jeu des deux côtés du parquet.
Cela fait un moment maintenant qu’il est excellent. Mais il y a une atmosphère en plus sur ces finales. Il semble déterminé comme jamais tout en étant paradoxalement complètement libéré comme il peut l’être sur des matches anodins de saison régulière. Un mix subtile et dévastateur pour les Celtics. Stephen Curry leur a déjà collé 63 points en 70 minutes. Et il est bien parti pour continuer, jusqu’au bout.
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