Giannis Antetokounmpo pouvait sentir l’odeur du sang. Littéralement d’ailleurs. Victime d’un coup, une trainée rouge coulait de son œil jusque sur sa joue. Ça ne l’a pas empêché de rester pleinement concentré sur sa mission. En fait, rien n’aurait pu l’en écarter. Pas à ce moment-là de la saison, ni à ce moment-là d’un Game 5 terriblement important. Les Celtics ont eu l’opportunité de gagner mercredi. Ils devaient gagner. Mais malgré 14 points d’avance au cours du quatrième quart-temps, ils ont fini par craquer devant leur public. Giannis l’a vu venir. Il a compris que le vent tournait après son panier à trois-points plein de sang-froid inscrit à un peu moins de deux minutes du buzzer pour ramener les Bucks à trois longueurs. La pression montant, les jambes se sont faites de plus en plus lourdes, les muscles de plus en plus crispés. Mais lui ne paniquait pas. C’est le propre du champion.
Rudy Tomjanovich, coach membre du panthéon NBA, disait "qu’il ne faut jamais sous-estimer le cœur d’un champion." Il parlait d’Hakeem Olajuwon et de ses Rockets, sacrés pour la deuxième fois de suite en 1995 à la suite d’une saison régulière pourtant très chaotique. Antetokounmpo ne partage pas seulement les mêmes origines nigérianes – plus précisément Yoruba – avec son glorieux aîné. Comme lui, il fait partie de la race des plus grands basketteurs de tous les temps (et oui, déjà !) Et mieux vaut ne pas le sous-estimer. Lui, ou toute son équipe de Milwaukee.
Troisième à l’Est, sans vraiment faire de bruit, la franchise du Wisconsin n’était pas considérée comme favorite par les experts ESPN au moment d’affronter celle du Massachusetts. 14 des 20 insiders stars du géant US misaient sur les Celtics. Et ça, c’est clairement un manque d’appréciation des qualités des Bucks et de leur superstar. Le meilleur basketteur de la planète, ou en tout cas très certainement le plus dominant. "Ce qu’il fait, je serai capable de le faire sur un panier à 2,40 mètres. Lui, il fait ça sur un panier à 3,05 mètres en affrontant les meilleurs joueurs du monde", témoigne son coéquipier Jrue Holiday. Quasiment toutes les stars de cette ligue ont besoin d’être adroites à trois-points. Pas lui. C’est du bonus, comme ce fameux panier primé dans les derniers instants du Game 5. Mais ce n’est pas une nécessité. Il n’a converti que 6 de ses 34 tentatives derrière l’arc depuis le début des playoffs. Un misérable 17% de réussite. Et pourtant, il reste le joueur le plus prolifique avec plus de 31 points par match.
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Giannis Antetokounmpo (Milwaukee Bucks) a inscrit 42 points face aux Celtics, samedi 7 mai 2022. / NBA

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Giannis Antetokounmpo, le joueur le plus dominant physiquement depuis Shaquille O'Neal

Même la défense de Boston, celle qui a brillamment étouffé Kevin Durant, un sacré crack, et qui limite le Grec du mieux possible, finit par se retrouver sans solution. Comment défendre sur un athlète au physique, à la puissance et à la taille d’un pivot mais avec l’agilité, la mobilité, la vivacité et les qualités techniques d’un meneur ? Le terme "licorne" est employé un peu à tort et à travers pour décrire certains intérieurs polyvalents aux Etats-Unis. Mais en réalité, il ne colle vraiment qu’à lui. Pour l’instant, il n’y a pas un seul joueur comme lui. Et ça pose une sérieuse question : qui peut vraiment le stopper ? Quel profil envoyer en mission sur lui ? Al Horford, pourtant l’un des plus sérieux dans le milieu, commence à montrer des limites. Prochain duel : dans la nuit de vendredi à samedi (1h30, heure française).
"Je pense que ce n'est même pas possible de citer ne serait-ce qu'un joueur NBA capable de rester face à lui, confie Nikola Vucevic, adversaire vaincu en 5 manches au premier tour avec les Bulls. Pat Connaughton va même encore plus loin : "C'est dur de le stopper, même à deux sur lui." Parce qu’en plus d’être plus long et plus costaud, voire plus rapide, Giannis Antetokounmpo est aussi un excellent passeur. Il est, avec le maestro Luka Doncic, le joueur qui a offert le plus de passes décisives conclues par un panier à trois-points cette saison. Et ça alors qu’il ne joue même pas avec des vrais spécialistes du tir à longue distance. Il voit par-dessus des défenseurs du haut de ses 211 centimètres. Surtout qu’il a appris à regarder. Une évolution de plus pour un joueur qui n’a jamais cessé de progresser depuis son arrivée en NBA à 19 ans.

Jaylen Brown (Boston Celtics) face à Giannis Antetokounmpo (Milwaukee Bucks), mercredi 11 mai 2022. / NBA

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Alors comment autant d’analystes, de journalistes ou de passionnés ont pu penser que les Bucks passeraient à la trappe en s’appuyant sur une individualité aussi incroyable ? Ceux-là rétorqueront – à raison – que la série n’est pas terminée et que les Celtics ont eu de nombreuses occasions de prendre le dessus. Sauf qu’à la fin, ce sont les champions qui gagnent. Et les champions, ce sont les Bucks, même s’ils ne sont finalement pas traités comme tels en n’étant pas assez perçus comme l’équipe à abattre. Ces gars-là connaissent le chemin. Ce groupe est plus expérimenté. Il est à l’image de son chef de file : il ne doute jamais. C’est l’impression dégagée par les hommes de Mike Budenholzer. Avec là encore la marque d’Antetokounmpo. Il ne se laisse pas abattre et ne se renferme pas après une défaite. Il ne s’enflamme pas non plus après une victoire. Ni trop haut, ni trop bas. Toujours au boulot, toujours au charbon. Même son leadership n’est pas assez mis en avant. Ses coéquipiers suivent son exemple. Il n’a pas peur de perdre, alors eux non plus. Il sait affronter la pression. Encore une fois, un vrai champion.

Milwaukee, une équipe de champions

La blessure de Khris Middleton pouvait – et peut encore – donner des raisons de penser que Milwaukee allait – et va encore – souffrir. Avec le recul, heureusement qu'il est forfait... pour le suspense. Il n’y aurait peut-être même pas match en sa présence. Parce que cette formation est pleine de ressource. Elle a tout. Dureté, intensité, cœur, expérience, talent, profondeur. Elle peut punir les "small ball" adverses en s’appuyant sur ses deux grands dessous, dont un Brook Lopez rajeuni et métamorphosé depuis qu’il est remis de ses problèmes de dos. Elle s’appuie aussi sur une défense exceptionnelle (la défense ne fait-elle pas gagner des titres ?), en comptant dans ses rangs le stoppeur numéro un en NBA : Jrue Holiday. Marcus Smart a beau avoir été élu DPOY, c’est bien Holiday qui a bloqué sa tentative de layup puis qui lui a volé le ballon des mains dans les 7 dernières secondes du Game 5. Deux actions de grande classe d’un joueur qui est considéré par Kevin Durant, Damian Lillard et d’autres superstars comme le meilleur défenseur de toute la ligue.
Holiday ne compte qu’une seule sélection All-Star mais c’est un basketteur très précieux. Il n’est plus le même depuis le titre. Comme si cette première bague l’avait libéré. "Il s’épanouit, remarque même Giannis. J’adore Jrue. Il donne toujours tout pour l’équipe. Il fait toujours les efforts. Nous sommes très similaires, lui et moi. On s’en fout des à-côtés. On est juste là pour gagner." C’est exactement ce qu’ils font. Le chemin jusqu’au doublé est encore truffé d’embûches. Holiday va encore devoir défendre fort tout en contribuant en attaque, lui qui n’a jamais été le plus régulier des "scoreurs". Les joueurs du banc auront aussi leur rôle à jouer, en apportant leur touche et de l’adresse extérieure. Les Bucks ne sont pas parfaits. Leurs victoires se jouent même souvent sur des détails. Ils ne sont pas invincibles non plus. Mais pour vraiment contrecarrer leurs plans, les franchises se mettent déjà à chercher le prochain Giannis Antetokounmpo, après avoir essayé de dénicher le nouveau LeBron James ou une copie de Stephen Curry pendant des années. Sauf que pour l’instant, il n’y a qu’un seul "Greek Freak." Et il porte un maillot de Milwaukee. Rien que pour ça, les Bucks sont les grands favoris de la compétition.
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