L’arrivée d’un nouveau dirigeant en la personne de l’ambitieux et sans scrupules Danny Ainge, le changement de coach avec le départ de Quin Snyder, remplacé par le jeune et inexpérimenté Will Hardy, les échecs répétés saison après saison ainsi que la relation de plus en plus plate – mais sans doute bien moins dramatique qu’elle n’a été décrite – entre Donovan Mitchell et Rudy Gobert : tous les signaux indiquaient une reconstruction imminente du Utah Jazz après sa sortie de route dès le premier round des playoffs en avril dernier.
Et ça n’y a pas manqué. Le solide Royce O’Neal a été transféré en contrepartie d’un tour de draft, là encore un pas en avant vers la refonte de l’effectif. Puis les départs de Gobert et Mitchell, les deux All-Stars du groupe, ont suivi, marquant pour de bon la fin d’une époque. En l’échange, la franchise de Salt Lake City a mis la main sur 7 picks, 3 droits de swap et 8 joueurs, tous âgés de moins de 26 ans à l’exception de Patrick Beverley, qui a été envoyé aux Los Angeles Lakers dans la foulée contre Talen Horton-Tucker, qui s’apprête à fêter ses 22 bougies.
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Talen Horton-Tucker (Utah Jazz)

Crédit: Getty Images

Là, plus de doute possible : le Jazz se dirige vers un long processus pour retrouver les sommets en passant par la draft. Ce qui implique de tester et de lancer des jeunes joueurs – souvent pas préparés pour gagner à ce niveau – et à se débarrasser des derniers vétérans de l’équipe pour récupérer d’autres premiers tours. Sauf que… le plan ne se passe pas du tout comme prévu. Après plus d’un mois de compétition, Utah est deuxième à l’Ouest, juste derrière Phoenix, et encore à la lutte pour la première place. Avec un bilan de 12 victoires en 19 matches bien supérieur à toutes les prédictions des spécialistes. Une surprise… enfin pas pour les joueurs.

Une équipe trop forte pour tanker...

"On s’est regardé dans le vestiaire et on s’est dit qu’on était bien plus fort que ce que les gens pensaient de nous. On a trop de bons joueurs pour tanker. On le savait depuis le début. Ce n’est pas une reconstruction", raconte Mike Conley, un joueur longtemps pressenti aux Clippers pendant l’intersaison mais finalement toujours en place. Peut-être que ce n’est plus tout à fait une reconstruction de zéro, effectivement. Mais les résultats de l’équipe restent étonnants. Surtout que le Jazz a battu plusieurs formations confirmés (Suns, Nuggets, Pelicans, Grizzlies, Clippers, Trail Blazers).
Avec peu de repos entre les matches et en jouant en plus une majorité de rencontres à l’extérieur ! En sachant que la franchise de l’Utah est traditionnellement intraitable devant son public saison après saison. Conley et ses partenaires n’ont pas profité d’un calendrier "favorable", ils ont au contraire eu l’un des débuts de saison les plus difficiles de la ligue sur le papier. Pourtant ils ont occupé un moment la tête de leur Conférence. En se référant à l’Histoire de la NBA et des formations qui se sont retrouvées dans cette situation – 12 victoires après 19 matches – ils ont désormais 91% de chances d’accrocher les playoffs.
Entendre parler de tanking, c'est clairement quelque chose qui nous nourrit
Ces performances s’expliquent en partie par la renaissance de Lauri Markkanen. Déjà bon mais trop souvent mal-utilisé à Chicago et à Cleveland, le Finlandais s’impose finalement comme le joueur présenté par les scouts au moment où il a été drafté en septième position en 2017. Il est enfin l’intérieur moderne et dominant attendu. Un grand de 2,13 mètres mobile et très adroit de n’importe quelle zone du terrain. Un cauchemar pour les défenses. Pour l’instant, il est parti sur les bases de la meilleure saison de sa jeune carrière avec 22,4 points, 8,5 rebonds, 54% aux tirs et 36% à trois-points. Lui aussi ne croit pas à cette théorie selon laquelle son organisation chercherait à perdre le plus de matches possibles pour récupérer le gros lot (hypothétique) à la draft en 2023. "Entendre parler de tanking, c'est clairement quelque chose qui nous nourrit. A chaque fois que l’on gagne, on déteste lire le lendemain matin que c'est une surprise. On utilise ça comme une motivation pour nous pousser à continuer comme ça et à empiler les victoires pour montrer aux gens qu'ils avaient tort."

Lauri Markkanen avec le maillot des Jazz de l'Utah en NBA.

Crédit: Getty Images

Même refrain chez son coéquipier Collin Sexton, qui avoue que les joueurs "ont quelque chose à prouver." D’ailleurs, cette équipe, ce n’est pas que Markkanen. Will Hardy s’appuie sur un jeu collectif, bien huilé, en créant des systèmes "encore jamais vus en NBA" selon Tyronn Lue et en se reposant sur tout un lot de créateurs et d’attaquants de qualité. Ils sont six joueurs à plus de 10 points, dont 19 pour Jordan Clarkson. Cet effectif est profond, prolifique et efficace. Mais jusqu’où peut-il vraiment aller ? Est-ce que ça peut vraiment suffire ?

... Mais pas assez talentueuse pour aller loin ?

Il y a déjà eu un petit coup de mou. Utah a perdu 3 matches de suite avant de se reprendre. Les joueurs ne tiendront peut-être pas non plus ce niveau sur toute la saison. Et si jamais le Jazz venait à descendre au classement, sans tomber trop bas, les dirigeants songeront sans doute à transférer un ou plusieurs vétérans (Clarkson, Conley). Avec ce départ, ils peuvent peut-être même se permettre d’en céder un en février tout en continuant à lutter pour les playoffs. Ça dépendra évidemment de la place du Jazz au classement dans deux mois. L’effet de surprise ne va pas durer éternellement. Cette escouade est attendue désormais.
Avec Markkanen, elle possède une pièce autour de laquelle elle peut se construire pour un long moment. Il n’a que 25 ans et il développe une panoplie à la Dirk Nowitzki. Sauf que contrairement à l’Allemand, il est peut-être plus taillé pour être un numéro 2 dans une équipe qui joue le titre. Il est plus amené à devenir l’un des 20 meilleurs joueurs du monde que l’une des 5 superstars de cette ligue.

Wembanyama dans un coin de la tête

"Je ne sais pas quel est le plafond pour Lauri Markkanen. Ce dont je suis certain, c’est qu’il ne l’a pas encore atteint", tempère Will Hardy. Le Jazz avait déjà un numéro 2 avec Donovan Mitchell et même un numéro 2 bis ou numéro 3 avec Rudy Gobert. Si Ainge a tout cassé, ce n’est pas pour reprendre la même route. Le Président rêve de gloire et de titre, pas de seconds tours de playoffs. Il sait que Salt Lake City n’est pas une destination qui attire les free agents. Utah ne signera jamais Kevin Durant l’été. Pour récupérer un mâle alpha, ça passe par la draft. L’idée était donc de chopper deux ou trois picks très haut placés deux ou trois années de suite. Histoire de mettre la main sur Victor Wembanyama par exemple.
Mais cette équipe est finalement trop forte et surtout trop avancer pour viser les profondeurs du classement. Detroit, Charlotte et Houston ont trois fois moins de victoires aujourd’hui. Ces franchises vont continuer à perdre. Finir avec l’un des cinq plus mauvais bilans de la ligue paraît inconcevable et presque impossible pour le Jazz. Alors autant continuer sur cette lancée. Le groupe est spécial, joyeux. Il pratique un basket très agréable à regarder. Surtout qu’avec les changements opérés par la NBA, même les équipes qui ont raté de peu les playoffs ont maintenant une chance accrue de piocher dans le top-5. Un meneur comme Scoot Henderson, l’autre gros poisson de la cuvée à venir, serait idéal dans l’Utah. Mais en attendant, ça vaut le coup de changer les plans et d’essayer au maximum de continuer à faire vibrer les supporters.
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