ON"Je suis cet enfant qui a rêvé il y a 15 ans, confiait vendredi Quentin Fillon Maillet, ses médailles autour du cou, sur le plateau d'Eurosport. Je me souviens avoir croisé des champions, notamment Manu Jonnier, qui m'avait montré sa médaille, je l'avais touchée, c'était concret. J'ai été ce gamin qui a tenté son rêve et qui a réussi à percer."
Pour avoir percé, il a percé, oui, et même un peu plus que cela. En décrochant à Pékin cinq médailles, dont deux en or, il a non seulement écrit une de plus belles pages de l'histoire olympique française, mais il s'est aussi imposé comme un des grands personnages de ces J.O. 2022. C'est la consécration d'un talent, mais aussi, surtout, d'un infatigable travailleur, prêt à beaucoup de sacrifices pour parvenir à ses fins.
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"J'ai toujours espéré atteindre ce niveau et à chaque fin de saison, je fais le bilan, du bien, du mal, de ce que je peux faire évoluer, décrypte-t-il dans un entretien accordé à l'AFP. Les possibilités d'évolution sont infinies. Chaque année, je pousse le curseur toujours un peu plus loin, et la performance est là, elle n'a pas de limite. Je me dis que pour vivre un moment comme celui-ci, s'il faut travailler jour et nuit pendant un an, je travaillerai jour et nuit pendant un an."

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Ça a été assez militaire, mais finalement les médailles sont là
Il y aura en tout cas un avant et un après Pékin pour Fillon Maillet, dont l'envergure sportive et, sans doute, médiatique, aura été décuplée en l'espace de deux semaines. Lui-même a un peu de mal à prendre la mesure de ses accomplissements, qui ont dépassé ses espérances. "Le record de médailles, je ne me le représente pas trop, a-t-il admis. Quand j'ai vécu les performances d'autres Français, ça me paraissait tellement monstrueux et injouable de le faire moi-même. Je n'ai jamais imaginé pouvoir ramener cinq médailles des Jeux Olympiques. C'était impensable."
Enfermé dans sa bulle, fixé sur la compétition, le Jurassien avoue ne pas avoir trop profité de ses Jeux. Parce qu'il a fallu très vite mettre de côté chaque médaille pour se tourner illico vers la prochaine course. Il a fallu, aussi, résister à la tentation de répondre aux messages, de peur de s'y noyer ou, au moins, de s'y égarer. Et c'est dans un certain isolement qu'il a vécu cette page d'anthologie de sa carrière.
"Ça a été compliqué de profiter durant les Jeux Olympiques, parce que le froid engendre beaucoup de fatigue, et les résultats engendrent aussi beaucoup de sollicitations et une fatigue supplémentaire, estime-t-il. La récupération a été beaucoup plus compliquée, notamment après l'individuel. Je n'ai pas spécialement profité des émotions des Jeux, mais c'était la façon dont je voulais aborder ces courses, rester vraiment dedans. Ça a été assez militaire, mais finalement les médailles sont là. Je n'étais pas là pour faire la fête, j'étais là pour récupérer des médailles." Mission plutôt accomplie, sur ce point.

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Les Jeux en ascète

Ce n'est que maintenant qu'il commence à comprendre, même s'il pressent que la plus grosse vague ne le touchera de plein fouet que dans quelques jours, à son retour au pays. "Je sens un peu l'ampleur des médailles, à lire un peu les plusieurs milliers de messages de félicitations que j'ai pu recevoir, explique-t-il. Je pense que je prendrai encore toute l'ampleur de tout ça une fois rentré en France."
Paradoxalement, ce n'est qu'après ce qui restera comme son unique échec de ces Jeux, sa quatrième place sur la mass-start vendredi, qui l'a privé d'un Grand Chelem historique, que Fillon Maillet a pu partager un peu plus ses titres et ses médailles.

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"Maintenant, c'est le moment de savourer, nous expliquait-il vendredi. Notamment avec les techniciens. Ils étaient en dehors du village. C'est juste génial, ça fait plaisir de partager des bons moments avec le staff. C'est eux qui nous suivent toute l'année. On voit l'émotion à travers eux. Ils sont comme des enfants. J'étais avec les techniciens pendant le dernier tir de Justine (Braisaz-Bouchet) à la mass-start, ils bondissaient comme des enfants devant le sapin de Noël avec des cadeaux au pied."
Quentin Fillon Maillet, lui, a vécu ces Jeux en ascète. C'était indispensable pour garder la tête froide et, surtout, parvenir à tenir la distance physiquement et mentalement. Avec six courses en 14 jours, c'était indispensable. "L'enchaînement n'a pas été facile", avoue le héros bleu, qui tire une satisfaction toute particulière de sa capacité à être compétitif du premier au dernier jour. "Même sur la mass-start, je joue la médaille sur le dernier tir, a-t-il tenu à rappeler. Et là-dessus, je suis super fier, parce que la rigueur pendant ces Jeux Olympiques a vraiment payé."
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2026 ? "J'y réfléchis un petit peu"

Comment a-t-il tenu, alors que, de son propre aveu, il y a eu "beaucoup de fatigue" ? "Pour donner un exemple, les derniers jours, c'était entre 12 et 13 heures de sommeil par jour pour tenter de récupérer avec l'enchaînement des courses et le froid", répond QFM. Entre le voyage retour et une semaine de sollicitations qui s'annonce épique, pas sûr qu'il ait beaucoup le loisir de récupérer davantage ces prochains jours, même si la nature de cette fatigue-là n'aura pas grand-chose à voir.
Les vacances attendront. Dans moins de deux semaines, la Coupe du monde reprendra ses droits. Sans la caisse de résonance olympique, cet enjeu-là est pourtant tout sauf neutre. Leader de la Coupe du monde, Quentin Fillon Maillet rêve de cristal aussi fort qu'il avait rêvé d'or. Idéalement placé pour devenir le quatrième biathlète français à remporter le gros globe après Patrice Bailly-Salins, Raphaël Poirée et Martin Fourcade, il sait qu'il a un travail à finir.
Et après ? A bientôt 30 ans, le nouveau patron du biathlon tricolore rêve-t-il déjà de nouvelles conquêtes olympiques en 2026 à Cortina ? "J'y réfléchis un petit peu, mais pour le moment je n'ai pas encore établi de stratégie, admet-il. Je vois encore beaucoup de possibilités d'évolution et aller encore plus loin que tout ça. La motivation, je pense que je l'aurai toujours. Mais il faudra un objectif fort pour tenir." La digestion de cet hiver hors du commun, où, entre or et cristal, il aura sans doute assouvi à la fois ses rêves de gamin et ses ambitions de champion, sera son prochain défi.

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