C'était un jour pour les braves, les besogneux, les courageux et les héros. C'était une course pour les sérieux, les réguliers et les hommes en confiance. C'était donc une course pour Quentin Fillon Maillet. Ce dimanche, le Français a marqué un peu plus l'histoire du biathlon français, et du sport tricolore dans son ensemble, en allant remporter la poursuite olympique à la "bagarre" selon ses mots, presque plus dans la tête que dans les jambes.
Ce dimanche, à l'arrivée sur la piste de Zhangjiakou, les participants ont eu une autre idée de l'enfer. Ici pas de flammes, simplement un froid glacial et un vent à vous faire frissonner même devant l'écran. Avec une température de -20° et des rafales pouvant parfois dépasser 10 m/s, il fallait s'attendre au pire, notamment sur le pas de tir. Faire la course parfaite dans ces conditions ressemblait à une mission impossible. Quentin Fillon Maillet l'a quand même réussie.
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Boe et Latypov ont fini par céder

"Si son titre de l'individuel, il l'a construit avec la rapidité, là il l'a construit sur le pas de tir, a justement analysé Vincent Vittoz, le coach de l'équipe de France après coup. La consigne était de ne pas mettre d’à-coups, d'être concentré sur son effort, on ne peut pas se permettre d'aller dans la zone rouge, pour gérer au mieux". QFM l'a respectée à la lettre, gérant sa course avant de regarder celles des autres.
"Aujourd'hui, dans des conditions hyper difficiles, j'ai réussi à sortir le 20/20, j'ai trouvé la voie au niveau du tir, a détaillé le héros du jour à notre micro. Je suis tellement fier. Ça a été vraiment une course très dure, il faut imaginer ça. Ça a été une bagarre sur les skis, les conditions sont hyper lentes".

"J'écris l'histoire du biathlon" : Fillon Maillet savoure son 2e sacre

Pendant la course, Johannes Boe d'abord puis Eduard Latypov ont dégagé plus de puissance que lui pendant un temps. Mais, face aux cibles, il était seul au monde avec ce tir parfait, ce qu'il n'avait pas encore réussi à faire pendant ces JO. Après coup, tout le monde reconnaissait le mérite du nouveau champion olympique de poursuite.
"C'est une performance vraiment solide, faire du 20/20 sur des conditions venteuses…, a encore reconnu Vittoz. Il a fait craquer Johannes Boe, même sur le dernier tir avec Latypov, c'est très solide. On le sent libre, il assume sa course, son biathlon. Il nous sort un beau biathlon". "Aujourd'hui, il est sur une autre planète, a reconnu franchement impressionné son pote Simon Desthieux. Tirer à 20/20, c'est hallucinant parce que c'était compliqué".
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La confiance comme arme fatale

Même quand sa carabine est restée bloquée au deuxième tir couché, la faute à un chargeur partiellement congelé par le froid, QFM est resté serein pour revenir au plus vite dans sa bulle. Et n'a jamais cherché à calquer sa course sur son grand rival Boe, pourtant parti très fort sur les skis. "Je sais que Johannes est vraiment très fort sur les skis, a-t-il reconnu en conférence de de presse. Il était plus fort que moi hier, peut-être même plus fort que moi aujourd'hui. Mais j'ai décidé de rester concentré sur moi-même aujourd'hui, de délivrer la meilleure performance possible, de faire un tir propre et de voir ce qui allait se passer sur le dernier tour". Il ne s'est rien passé : la concurrence était déjà bien trop loin dans le rétro pour espérer priver le Français d'un deuxième sacre olympique.

Sa carabine bloquée : Le moment où Fillon Maillet a failli tout perdre

Vaincu et lessivé par ses sept (!) tours de pénalité, Johannes Boe n'a pu que s'incliner face à la prestation de son rival. "Quentin fait une saison fantastique, il prend sa deuxième médaille d'or, je suis vraiment impressionné par ce qu'il réalise, a-t-il admis. C'est un athlète fantastique et surtout une bonne personne". Ces deux-là n'en ont pas fini et Martin Fourcade a d'ailleurs pronostiqué une mass-start qui sent le soufre, avec un Boe "revanchard". Reste que l'impression de confiance en soi dégagée par QFM ressemble à une arme fatale bien plus décisive que toutes les autres.
"Il est tellement en confiance depuis le début de ces Jeux Olympiques, a poursuivi notre consultant. Il a vraiment progressé au niveau du ski. Ce sont aussi des compétitions et un stade qui lui conviennent à merveille. On est en altitude, ça convient parfaitement aux qualités de Quentin et à ses qualités de skieur assez fin, un peu moins en puissance que peuvent l'être de gros gabarits comme Emilien (ndlr : Jacquelin) ou Christiansen. Et une confiance au niveau du tir et une maîtrise de la pression. Je suis impressionné, parce que réaliser le doublé individuel-poursuite, c'est quelque chose de magnifique".
C'est finalement Emilien Jacquelin, 9e malgré de nombreuses fautes au tir couché, qui a le mieux défini ce supplément d'âme qui habite QFM. "Je ne sais pas comment ça s'est passé pour Quentin (ndlr : Fillon Maillet) quand il tirait mais ça montre bien toute la hargne et la volonté qu'il a dans le pas de tir, a reconnu son coéquipier. Comme le dit souvent Vincent Vittoz, ce sont ceux qui le veulent le plus qui réussissent et Quentin, tous les jours, est celui qui le veut le plus".

Fourcade : "Je suis impressionné par ce doublé sur l'individuel et à la poursuite"

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