Biathlon

Boe, toujours plus monstrueux

Partager avec
Copier
Partager cet article

Johannes Boe vainqueur de la Coupe du monde 2019/2020

Crédit: Getty Images

ParJulien Chesnais
16/03/2020 à 12:55 | Mis à jour 16/03/2020 à 20:38

COUPE DU MONDE - Malgré ses deux impasses début janvier, malgré un Martin Fourcade retrouvé, Johannes Boe a remporté son deuxième gros globe consécutif à l’issue d’une fin de saison à suspense, conclue samedi à Kontiolahti. Le Norvégien a remporté 10 des 17 courses qu’il a disputées. Un véritable tour de force. Et maintenant que Fourcade n’est plus là, l’avenir du biathlon est entre ses mains.

Ce fut tout sauf une balade de santé. Mais au bout de cette saison écourtée par la pandémie de Covid-19, Johannes Boe est bel et bien le vainqueur de la Coupe du monde. Comme l’an dernier. Les deux sacres du Norvégien partagent au moins une chose : il ne fait aucun doute que Boe était le plus fort. Mais dans leur cheminement, ils n’ont strictement rien à voir. L’un était un long fleuve tranquille, une implacable évidence. L’autre une cause perdue d’avance, mais finalement sauvée sur le gong.

Si son premier globe a été marqué du sceau d’une incroyable domination - record de victoires sur une même saison (16) et grand chelem sur les globes à la clé - le second s’est voulu bien plus chevaleresque dans la réalisation, avec un long suspense qui s’est étiré jusqu’à la dernière balle de la dernière course, dans le huis clos de Kontiolahti, face aux rafales de vent et un Martin Fourcade déchaîné pour ce qui était l’ultime course de sa carrière.

Biathlon

Fillon Maillet : "On s’attendait un peu à la retraite de Martin Fourcade"

10/06/2020 À 17:11

Boe en sniper, la concurrence à la faute : le moment où tout a basculé pour le gros globe

00:01:55

Dans ce contexte épico-surréaliste, Boe avait toutes les raisons de craquer au moment de se présenter au dernier debout. Au tir précédent, il venait de commettre trois erreurs. Une nouvelle faute, et il disait adieu au globe. Mais il a su faire le plein, validant ainsi son billet vers la 4e place alors que la 5e aurait offert à Fourcade le gros globe. Un succès à l’arraché. Mais ô combien mérité. Cet ultime sursaut traduit bien la force mentale dont il a su faire preuve tout au long de l’hiver pour arracher le cristal, alors que sa supériorité manifeste devait se suffire à elle-même.

Maître du suspense

Boe s’est compliqué la tâche tout seul - et ce pour une excellente raison - en prenant un congé paternité en plein coeur de l’hiver. Ce break pour assister à la naissance de son premier enfant, Gustav, a relancé une course au général qui semblait déjà pliée fin décembre, l’ogre scandinave ayant remporté cinq des sept premières courses.

Dans un premier temps, l’intéressé estimait n’avoir “aucune chance” de remporter le globe, tablant alors sur une impasse lors des trois étapes de janvier (Oberhof, Ruhpolding et Pokljuka). Cela faisait six épreuves à zapper. Mais le petit Gustav étant arrivé à temps, Boe est revenu sur le circuit dès le 23 janvier, en Slovénie, et n’a finalement manqué que quatre courses, toutes remportées par Fourcade.

Sa pause a coïncidé avec la renaissance du Français. Et même si ce retour plus rapide que prévu lui a permis de garder espoir, celui-ci demeurait très mince vu le retard accumulé : 73 points à combler face à ce Fourcade-là, il faut le dire, c’était un vrai petit gouffre. Peu misaient alors sur Boe. Et nous ne le savions pas encore, le coronavirus allait lui compliquer la tâche. Il n’a eu que 10 courses pour entreprendre sa folle remontée, contre 13 si les finales d’Oslo n’avaient pas été annulées.

Plus fort encore, il n’en a fait eu besoin que de neuf pour reprendre les commandes - il en a remporté cinq dont la mass-start des Mondiaux - Boe étant virtuellement passé devant Fourcade avant même la poursuite de Kontiolahti. A cet égard, il faut regarder son sacre tel qu’il est : un véritable petit exploit.

Le deuxième meilleur tireur du circuit… et le plus fort au debout

Pour ce faire, Boe, vainqueur de 10 des 17 courses qu’il a disputées, a su élever son niveau encore un peu plus haut que l’an dernier. Ça ne se lit pas sur la moyenne de points, certes toujours stratosphérique - 53,4 par course cet hiver contre 54,9 la saison passée, soit l’équivalent d’une deuxième place à chaque épreuve - mais c’est flagrant face aux cibles. Boe ne compte plus seulement sur sa démente vitesse à skis pour faire la différence. Désormais, il est lui aussi un excellent tireur.

La saison dernière, avec 85% de précision derrière la carabine, il se plaçait aux portes du top 10 des plus fins viseurs. Cette saison, son taux culmine à 90%. C’est pour lui un nouveau record. Et ça le place au rang du deuxième meilleur tireur du circuit, juste derrière Fourcade (92%). Ce “bond” est lié à ses immenses progrès au tir debout. En la matière, son taux avait chuté l’an dernier (78%, contre 86% en 2017-2018). Il s’est hissé à 90% cette saison. Personne n’a mieux tiré que lui dans cette position. Tout simplement. Pas même Fourcade (90%).

Johannes Boe lors de la poursuite de Kontiolahti

Crédit: Getty Images

Est-ce le fait de s’être retrouvé en position du chasseur, suite à son congé paternité, qui a entraîné chez lui cette évolution nécessaire, ce petit plus pour aller chercher ce globe en apparence si compromis ? L’hypothèse pourrait faire sens. Mais elle se heurte à la réalité des chiffres. Avant son break, son ratio global face aux cibles était encore meilleur qu’à l’issue de l’hiver : 92%. En fait, d’un bout à l’autre de la saison, Boe n’a pas dévié de sa feuille de route. Imperturbable. Même après être devenu papa. Même en ayant été relégué à plus d’une victoire derrière un immense champion comme Fourcade.

Et maintenant, sans Fourcade, qui peut le battre ?

Boe semble avoir atteint une forme de plénitude, un équilibre entre son niveau de ski et de tir qui le rend presque intouchable. Sur la durée d’une saison, Fourcade était le plus à même de rivaliser. La retraite du Catalan lui laisse désormais le champ libre. Pour la suite, doit-on donc s’attendre à une longue hégémonie exercée par le Norvégien sur le circuit, du même ordre que Fourcade par le passé ? Il y a quand même des clients derrière le portillon.

Quentin Fillon Maillet, en net progrès physique et troisième du général, a montré qu’il avait l’étoffe d’un prétendant au globe. Le Jurassien est d’ailleurs resté dans la course au cristal jusqu’en mars. Sur les skis, il lui est arrivé de dominer Boe, un fait suffisamment rare pour être souligné. Mais il doit franchir un nouveau cap au tir (86% cet hiver, un point de moins que lors du précédent exercice). Chose encourageante, il a été excellent dans ce domaine à Nove Mesto et Kontiolahti (57 balles réussies sur 60, soit 95% de réussite). Il doit construire là-dessus.

Déjà le troisième plus grand biathlète de l’histoire de la Coupe du monde

Derrière Fillon-Maillet, 27 ans, on imagine mal Tarjei Boe (qui a le même âge que Fourcade, 31 ans) venir battre son petit frère. Le meilleur est peut-être encore à venir pour Simon Desthieux, 28 ans et 5e du général. Mais il faut peut-être davantage regarder du côté de la relève. Emilien Jacquelin est celui qui l’incarne le mieux.

Élu “Rookie of the year” par l’IBU la saison passée, l’Isérois de 24 ans a franchi un cap encore plus immense en terminant 5e du général avec en prime le titre mondial sur la poursuite. Cette première victoire en carrière, décrochée le 16 février, a de plus été acquises aux dépens … de Johannes Boe. Qui s’est peut-être trouvé ce jour-là son principal adversaire pour les années à venir.

Le chat Jacquelin s'est joué de la souris Boe : les temps forts de la poursuite

00:03:15

Mais ne rêvons pas trop, Boe reste maître du destin du biathlon pour le futur. A 26 ans, il est le troisième biathlète le plus victorieux dans l’histoire de la Coupe du monde (48 succès). Déjà. A son âge, Fourcade n’en comptait que 39. Et Ole Einar Bjoerndalen n’en avait que 14. Ces deux-là n’avaient certes pas encore connu leur âge d’or. Mais qui nous dit que cela n’est pas aussi le cas du grand Boe ?

Biathlètes les plus prolifiques dans l’histoire de la Coupe du monde

VictoiresGros globesPetits globes
Ole Einar Bjoerndalen95619
Martin Fourcade83726
Johannes Boe4826
Raphaël Poirée44410
Emil Svendsen3815
Biathlon

Fourcade : "Ils n'ont plus besoin de moi pour aller chercher le titre olympique"

27/03/2020 À 12:37
Biathlon

Fourcade positive : "J'ai arrêté pour passer plus de temps à la maison... c'est réussi"

27/03/2020 À 12:00
Dans le même sujet
Biathlon
Partager avec
Copier
Partager cet article