La forme physique de Johannes Boe est souvent au cœur des préoccupations, dans le microcosme du biathlon. Parce que c’est sur sa vitesse à ski qu’il a fondé sa domination, grâce à elle qu’il est devenu un adversaire sérieux pour Martin Fourcade, puis un rival de premier plan et enfin son successeur. Quand il est au top, il est au-dessus sur les spatules. C’est à avoir en tête avant chaque épreuve, sa force en la matière pouvant parfois lui octroyer une balle de marge sur le peloton.
Mais en ce début de saison paradoxal, qui voit le cadet des frères Boe mener le classement général malgré un seul succès en neuf courses en solo, c’est surtout son tir qui polarise l’attention, et ce même si on a connu le Norvégien plus royal sur la piste. Pourquoi ? Parce que le double tenant du gros globe de cristal a changé quelque chose face aux cibles, et que cela n’a pas encore porté ses fruits.

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Hochfilzen
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21/12/2020 À 07:35
Kylian Mbappé disait cela dans une interview : il s’autorise tout ce qu’il sent, tout ce qui peut le faire évoluer à l’entraînement comme en match
Durant l’intersaison, Johannes Boe a raccourci la crosse de sa carabine de quelques centimètres (2 cm sont évoqués). Interrogé par Nordic Mag il y a un mois, Siegfried Mazet, l’entraîneur de tir français de l’équipe scandinave, a expliqué ce pari par l'audace. "On a les limites que l’on se donne, critique-t-il d’emblée. Dans ma manière de voir les choses, il faut tout s’autoriser. Kylian Mbappé disait cela dans une interview : il s’autorise tout ce qu’il sent, tout ce qui peut le faire évoluer à l’entraînement comme en match." Cela dit, des "problèmes d'épaules" ont aussi été susurrés par l'ancien coach des Bleus dans le quotidien norvégien Verdens Gang, cité par le média spécialisé.
Qu'elle soit dictée par le cran ou les articulations, la quête de la posture optimale à 27 ans n'est pas une sinécure. Ne pas avoir peur de tenter ne veut pas dire s'entêter. Mazet a ainsi précisé : "C’est un projet, peut-être qu’il (Johannes Boe) reviendra en arrière." Depuis cet entretien, il n’y a pas eu de rétropédalage. Mais pas non plus de validation de la nouvelle approche ni du nouveau matériel, tous deux, notamment, destinés à tirer vite et bien lors des debout, surtout dans le vent. Pire, Boe a même signé son plus mauvais résultat de l’opus 2020/2021, juste avant Noël : 7e de la mass start à Hochfilzen, à cause d’un 3/5 fatal lors de son dernier passage sur le pas de tir, qui plus est sans avoir dégainé à la Lucky Luke.

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"Je dois reconnaître que je tirais mieux avant"

D’autant plus frustrant qu’il avait enfin retrouvé de grandes sensations, comme il le confiait à nos confrères de L’Equipe : "Ce n’est que cette semaine (17-20 décembre, NDLR) que je me suis senti moi-même sur les skis. Mes trois premières semaines étaient vraiment très dures mentalement, je ne me situais pas là où je voulais être, c’était très dur sur la piste." Une difficulté qui se répercute sur l’autre pan de l’art du biathlon : "C’était pareil au tir, parce que vous êtes plus fatigués quand vous vous battez sur les skis."
Mais cette double faute qui fait mal, Johannes Boe l’a donc commise alors qu’il était en jambes lors de la première course des rois de la saison (meilleur temps de ski, avec seul Johannes Dale à moins de 20 secondes de lui dans ce domaine). Le problème est donc peut-être intrinsèque. "J’ai fait ces changements pour tirer mieux et plus vite… ça avait l’air très bien, préfère-t-il en sourire (…) Je dois reconnaître que je tirais mieux avant."

Johannes Boe, un dossard jaune qui dispose d'une marge relativement modeste sur le reste de la meute après neuf joutes

Crédit: Getty Images

Le debout, son ex grande carence

A quel point a-t-il périclité arme en main ? Sur un échantillon qui commence à devenir représentatif après quatre étapes, Boe ne fait pas si pâle figure à l’heure de blanchir les cibles. Il est même à 91% de réussite au couché (89% la saison passée, 93% la précédente). Mais son debout le plombe légèrement et fait tomber sa moyenne globale de deux points, à un tiers de la saison. Après avoir fait des progrès significatifs en la matière – ce qui rendait son envie de changement d’autant plus surprenante –, il retombe dans ses travers [voir tableau].
  • Stats au tir de Johannes Boe lors des quatre dernières saisons :
Tir...2020/21 (en cours)2019/202018/192017/18
Global :87%89%85%85%
Couché :91%89%93%85%
Debout :84%89%78%86%

Repli stratégique envisagé

L’amélioration espérée ressemble donc plus à un délitement, surtout qu'en termes de vitesse d'exécution, on ne constate rien de probant. Mais Boe n’a cependant pas exprimé de regret, toujours auprès de L’Equipe. "Quelquefois, vous devez prendre des risques pour décrocher le gros lot, justifie-t-il, emboitant le pas de son entraîneur (…) Mais pour le moment, j’ai l’air un peu stupide. Si c’est toujours pareil après Noël, je reviendrai à l’ancienne carabine." Objectif : laisser une chance à cette nouvelle méthode. "Je vais avoir du temps pendant les fêtes pour voir ça, je n’avais pas eu assez de temps pour m’y habituer", se satisfaisait-il juste avant le break de fin d’année, que le sprint d’Oberhof va refermer ce vendredi (14h15).
Quand ce n’est pas un programme tronqué pour cause de paternité, une forme sur laquelle il émet des doutes ou un départ à la retraite de Martin Fourcade qu’il peine à appréhender, c’est donc le tir. Il y a presque toujours un petit caillou dans la chaussure du biathlète Johannes Boe, que ce soit à en croire sa communication ou dans les faits. Et il tient souvent à dissocier ses aspirations de celles du public : "Les gens s’attendaient à ce que je gagne tout le temps, et je n’y suis pas parvenu (en ce début de saison, NDLR). Cela a beaucoup fait parler."

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"Ils m’ont sauvé le cul"

Le seul homme à compter plusieurs succès dans l’exercice 2020-2021, c’est un autre norvégien : Sturla Laegreid (23 ans), 2e du général à 55 points de son aîné. Celui que le patron de la discipline qualifie de meilleur tireur du circuit a ouvert son palmarès dès l’individuel inaugural, puis a ajouté deux victoires à sa collection, en Autriche lors du dernier week-end en date de compétition.
Durant l’une d’elles, sur un sprint, Johannes Boe a eu chaud, obtenant à ses yeux une troisième place inespérée, malgré un 8/10, et ce devant d’excellents fondeurs à 9 voire 10/10. "Ils m’ont sauvé le cul", avait-il commenté au micro de la chaîne L’Equipe, en guise de remerciement adressé à ses techniciens.
Ce jour-là, comme souvent lors des "coups" réalisés à la glisse, c’était globalement toute son équipe qui bénéficiait de super skis. Or, ses rivaux sont autant, voire plus, à chercher dans le clan norvégien qu’ailleurs, et Johannes Boe ne pourra donc pas toujours compter sur son fartage pour lui sauver la mise. Voilà de quoi ménager le suspense. Mais si Boe a l’air "un peu stupide", selon lui, il a surtout l’air en mesure de s’essayer à des nouveautés sans perdre la face. Un sacré luxe qui a des limites. Un sacré luxe quand même.

Johannes Boe à l'entraînement, le 26 novembre 2020 à Kontiolahti

Crédit: Getty Images

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