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Fourcade : "Ce n'est pas de la déception mais de la colère"

Fourcade : "Ce n'est pas de la déception mais de la colère"

Le 15/02/2018 à 15:13Mis à jour Le 15/02/2018 à 15:35

JO PYEONGCHANG 2018 – Grosse déception pour Martin Fourcade jeudi lors de l'individuel. En difficulté sur les skis, le Français a pourtant eu la victoire à portée de mains avant de commettre deux fautes fatales sur ses deux dernières balles. Plus que déçu, il était très remonté... contre lui-même.

Celle-là, elle va avoir du mal à passer. Rarement Martin Fourcade aura été à ce point tout près d'un immense bonheur pour terminer sur une gigantesque frustration. Une deuxième médaille d'or dans ces Jeux lui tendait les bras. Il pouvait déjà presque la toucher. Moins rapide que Johannes Boe sur les skis, le Français pouvait néanmoins se permettre de commettre une faute sur son dernier tir debout. Il a blanchi ses trois premières cibles. Puis ce fut le trou noir. Une faute, puis une autre pour voir non seulement l'or mais aussi le podium s'envoler.

Oui, il a craqué sur ces deux dernières balles et ce double échec va générer ce qui restera comme une des plus grosses déceptions de sa carrière. Il le sait et personne n'a été plus sévère envers Martin Fourcade que Martin Fourcade lui-même. Lorsqu'il s'est présenté au micro de France Télévisions pour délivrer sa toute première réaction à chaud, le Catalan était rempli d'une colère froide. "C'est beaucoup de colère ce soir, a-t-il lâché. C'est de la colère contre moi-même parce que j'ai été très nul sur ces deux dernières balles."

Martin Fourcade lors du dernier tir debout qui lui a été fatal.

Martin Fourcade lors du dernier tir debout qui lui a été fatal.Getty Images

Il a pris un coup de froid après la poursuite

Comment expliquer l'inexplicable ? Il assure ne pas avoir gamberger. Au contraire, pourrait-t-on presque dire de façon paradoxale. "Je ne comprends pas. Il n'y a pas de pensée parasite à ce moment-là, dit le triple champion olympique. Je n'ai pas eu peur de terminer le travail. Au contraire. C'est plus un manque de finition que la peur de bien faire. Sur ces deux dernières balles, il ne se passe rien, il n'y a pas de réaction." Comme s'il avait lâché prise. Plus un relâchement inconscient qu'une crispation excessive.

C'est précisément pour cette raison que Martin Fourcade s'en veut. Il lui a manqué "quatre secondes" pour être champion olympique. "Je me suis battu tout le long de la course et il y a quatre secondes où je ne me bats pas, peste-t-il. Ce sont les quatre sur ce dernier tir. Ce n’est pas de la déception mais de la colère ce soir parce que ça passe à rien et que je ne finis pas le travail." Un oubli, un acte manqué qu'il ne s'explique pas, sauf peut-être par la gigantesque débauche d'énergie consentie jusque-là.

Car ce 20 kilomètres n'a pas été une partie de plaisir pour le Catalan. De son propre aveu, il n'était pas au mieux physiquement. La faute, peut-être, à cette trachéite attrapée après la poursuite, comme l'a révélé le staff tricolore. Il était sous antibiotiques depuis 48 heures. Sur les skis, il a d'ailleurs rendu une quarantaine de secondes à son grand rival et vainqueur ce jeudi, Johannes Boe. Même si, sur ces quarante secondes, "il y en a presque une moitié sur le pas de tir", relève-t-il. "La course a été très difficile pour moi. Sur les skis, j'étais horriblement pas bien, je l'ai senti dès l'échauffement", avoue-t-il. Avant de trancher : "ce n'est pas une excuse."

" Je donne un titre olympique"

Malgré tout, avec ses moyens du jour, l'or était là, grâce à ce tir impeccable… presque jusqu'au bout. "Je donne un titre olympique, assène le Pyrénéen. Je n'ai pas réussi à conserver le niveau d'attention, le niveau de performance que requièrent le haut niveau et un titre olympique. Sur la fin de ce dernier tir debout, je laisse tout partir et tout l'effort que j'ai fait sur le début de la course ne sert plus à rien et je viens échouer au pied du podium." Même si, à chaud, sous le coup de la colère, il assurait que même une médaille d'argent ou de bronze n'aurait pas suffi à le "consoler", tant la frustration était grande.

Emotionnellement, ce sont des Jeux en montagne russe pour le numéro un mondial, frustré par son sprint dimanche (8e) avant de répondre de façon magistrale sur la poursuite. Là, la pilule est plus dure à avaler encore que sur le sprint, où ses trois fautes étaient survenues au tir couché. Là, c'est tout à la fin que la victoire s'est envolée. Il a eu le temps de se voir champion olympique. "Après le sprint, j'étais déçu mais je ne m'en voulais pas trop, analyse-t-il. Aujourd'hui, je m'en veux énormément parce que je n'ai pas été bon, parce que je n'ai pas fini le travail". Il a maintenant trois jours pour se remobiliser avant la mass start, qui pourrait marquer la dernière course individuelle de sa carrière olympique.

Martin Fourcade

Martin Fourcade Eurosport

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