A l'instar du tennis masculin en ce début de XXIe siècle, la boxe a connu son "Big Three" chez les poids lourds dans les années 70. Mohamed Ali. Joe Frazier. George Foreman. Trois monstres qui ont cohabité, se sont affrontés, pour marquer l'histoire de leur catégorie et de la boxe en général. Entre eux, le débat du "GOAT" a été réglé par l'un des trois protagonistes, autoproclamé "The Greatest". Ali, par l'envergure de son personnage, tient une place à part, c'est incontestable. Puis, après tout, il a battu les deux autres. Foreman, lui, n'a jamais dominé Ali, contrairement à Frazier, mais ce dernier a buté deux fois sur "Big George".
Établir une hiérarchie entre ces trois géants n'a en réalité que peu d'intérêt, tant ils forment un ensemble dont chaque pièce ne prend sa pleine ampleur qu'à travers les deux autres. Ils incarnent l'âge d'or des poids lourds. Trois rock stars à l'empreinte individuelle et commune indélébiles. Mais cette époque dorée des seventies doit aussi beaucoup à ses seconds rôles, personnages charismatiques, colorés, truculents. Comme dans un bon film, ils sont presque aussi indispensables que les têtes d'affiche, auxquelles il leur arrive même, parfois, de voler la vedette.

Frazier, Foreman et Ali : les trois légendes.

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De l'amitié à la haine : Ali - Frazier, la rivalité du siècle
21/12/2020 À 15:03
Or il n'existe pas meilleur second rôle que Ken Norton. Il était presque l'égal de Frazier, Ali et Foreman. Tout tient dans le presque, bien sûr, mais face à un tel trio, ce n'est pas rien. En d'autres temps, Norton aurait peut-être dominé les lourds de la tête et des épaules. Pour prolonger la comparaison avec le tennis, il fut en quelque sorte le Andy Murray des poids lourds. Le quatrième homme de son époque. Ce fut sa limite, son malheur, mais aussi sa paradoxale grandeur.
Aucun d'entre nous, Ali inclus, n'aurait enlevé son t-shirt pour se faire prendre en photo torse nu à côté de Kenny
S'il a fini par devenir brièvement champion du monde à 35 ans, ce n'est pas tant cette ceinture que sa stature qui vaut à Norton sa place dans l'histoire de la boxe. Il est d'ailleurs considéré comme le plus grand champion des lourds à ne jamais avoir remporté un titre mondial sur le ring. Car si Norton a bien été détenteur du titre suprême pour la WBC, ce fut sur tapis vert et pour seulement trois mois. Peu importe. Il suffit d'écouter ce que les autres avaient à en dire pour comprendre qui il était, et à quel point il comptait.
"Ali disait toujours qu'il était le plus beau, mais aucun d'entre nous, Ali inclus, n'aurait enlevé son t-shirt pour se faire prendre en photo torse nu à côté de Kenny", rigolait George Foreman à la mort de Norton en 2013. C'est vrai, le boxeur de San Diego, à la plastique sculpturale, était sans doute le poids lourd le plus impressionnant physiquement parlant. "C'était aussi le plus chic, le plus classe d'entre nous", ajoute Foreman. Mais c'est d'abord le boxeur qui a laissé chez ses anciens confrères une forte impression. "Avec Joe Frazier, Norton était le plus coriace", a dit de lui Ali.
Joe Frazier n'a jamais fait face à Ken Norton dans un combat officiel. Mais il est sans doute celui qui le connaissait le mieux. Les deux hommes étaient très proches, du temps de leurs carrières comme après. C'est d'ailleurs Smokin' Joe en personne qui a signé la préface de l'autobiographie de Norton, Going The Distance, publiée en 1998. "Je suis heureux de ne jamais avoir eu à l'affronter, écrivait-il alors. Je ne sais pas qui aurait gagné, mais ça aurait été un des combats les plus durs de ma carrière. Une guerre."
Frazier sait de quoi il parle. Norton a été son sparring-partner attitré pendant deux ans au carrefour des années 60 et 70. Il n'en gardait pas que des bons souvenirs : "Sur le ring, il n'était pas très amical avec moi. Une des toutes premières fois où nous nous sommes retrouvés ensemble, au lieu d'une séance de travail, ça ressemblait davantage à une guerre de tranchées. C'était comme ça avec Ken, et je ne peux pas dire que j'adorais ça. Deux rounds avec lui, c'était suffisant. Je dois même avouer qu'il m'est arrivé d'envisager de dire que j'étais malade pour ne pas m'entraîner avec lui..."

Ken Norton en compagnie de Joe Frazier, son "protecteur" à ses débuts et dont il fut le sparring partner.

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Une boxe et une histoire atypiques

Sa part de légende, Ken Norton la doit avant tout à ses trois combats contre Mohamed Ali, les deux premiers en 1973, le troisième en 1976. Si cette trilogie n'a pas l'étoffe légendaire de celle entre "The Greatest" et Frazier, elle reste une des plus marquantes chez les lourds. Intensité, suspense, dramaturgie et controverse, il n'aura rien manqué.
Lorsqu'il obtient sa première chance, Norton a déjà près de 30 ans. Il est passé pro sur le tard, en 1967, alors qu'il était chez les Marines. Un parcours atypique, à l'image de sa boxe. De lui, Ali a dit "Il n'avait pas de style, mais il avait un style que je n'aimais pas, et c'est pour cela que j'avais tant de mal contre lui". Il ne fut pas le seul.
Atypique, son histoire personnelle l'est également. "Contrairement à beaucoup de boxeurs professionnels, j'ai grandi dans un environnement 'normal', au sein d'une famille travailleuse de la classe moyenne, précisait-il dans son autobiographie. Je peux dire que j'ai eu une enfance merveilleusement heureuse. Parce que j'étais un enfant unique, mes parents ont pu me donner tout ce dont j'avais besoin. Je n'ai compris que sur le tard, lorsque je suis devenu père moi-même, tout ce qu'ils avaient fait, et même sacrifié, pour moi."
Sa mère, Ruth, n'a que 16 ans lorsqu'elle le met au monde à Jacksonville le 9 août 1943. A sa naissance, l'enfant s'appelle Ken Florence, du nom de son père biologique, George Florence, qui prend rapidement la tangente. Norton : "En grandissant, je n'ai jamais cherché à en savoir plus sur lui. Même une fois devenu adulte. J'ai appris qu'il avait déménagé dans l'Iowa puis dans le nord de la Californie. Il est mort dans un accident de voiture, percuté par un train. C'est tout ce que je sais. Je n'étais pas en colère contre lui, mais sa vie ne m'intéressait pas."
S'il n'a pas éprouvé de manque, c'est sans doute aussi parce que sa mère lui a trouvé un père de substitution. A 20 ans, elle épouse John Norton. Ils resteront mariés 53 ans, jusqu'à ce que la mort les sépare. Adopté par ce beau-père, Ken lui doit le nom qui sera le sien le reste de son existence. "De George Florence, j'ai hérité de l'ADN, expliquait-il. C'était un athlète, grand musclé, qui avait été boxeur au début de la Deuxième Guerre mondiale. De mon père adoptif, j'ai conservé l'intégrité, l'honnêteté et la décence. Dans ma tête et dans mon cœur, il a toujours été mon seul père."

Ken Norton

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Je l'admirais depuis ses débuts, c'était impossible pour moi de le haïr
De par le parcours de l'enfant comme dans l'évolution du boxeur, Ken Norton n'est donc pas le poids lourd traditionnel. Son accession au plus haut niveau s'est faite par un chemin escarpé et en lacets, plus que via l'autoroute. Il s'est forgé tout seul, avec une méthode assez iconoclaste. S'il passe des heures sur le ring et à la salle, il puise aussi son inspiration dans un livre, Réfléchissez et devenez riche, écrit par Napoleon Hill, le grand théoricien de la philosophie du succès aux Etats-Unis au XXe siècle. "Tout ce que l'esprit de l'homme peut concevoir et croire, il peut l'accomplir" était le mantra de Hill. Il deviendra aussi celui de Norton, convaincu de pouvoir atteindre les sommets.
Ses 29 victoires lors de ses 30 premiers combats chez les pros lui ouvrent enfin les portes de la gloire avec ce duel face à Mohamed Ali, le 31 mars 1973, chez lui, à San Diego, sa terre d'adoption. Toute la boxe n'attend qu'une chose : la revanche entre Frazier et Ali, deux ans après le "Combat du siècle" au Madison Square Garden. Ce rêve-là, celui des deux champions, du grand public, des médias et des promoteurs, va tomber en lambeaux en l'espace de dix semaines.
Le 22 janvier, en Jamaïque, George Foreman a désintégré Frazier. Une humiliation. En deux rounds, le nouveau roi des lourds a eu le temps d'expédier Smokin' au tapis à six reprises. Un peu plus de deux mois après ce séisme, San Diego en sera la réplique. Contre toute attente, Ali va céder aux points contre ce quasi-inconnu déjà trentenaire, au moins aux yeux du grand public. Les rares qui le connaissent ne goûtent guère sa boxe dont les mauvaises langues assurent qu'elles provoquent le bâillement.
Affronter Ali n'est anodin pour personne, mais pour Ken Norton, il s'agit de défier une idole. Lorsque celui que l'on nommait encore Cassius Clay s'est installé au sommet de la boxe mondiale, le Floridien de naissance est loin de s'imaginer un jour capable de boxer à un tel niveau. Pour lui, "The Greatest" n'est pas un ennemi, plutôt une figure inaccessible : "Je l'admirais depuis ses débuts, c'était impossible pour moi de le haïr. Plus tard, quand je l'ai connu personnellement, je l'ai même admiré encore davantage."

Le peignoir d'Elvis

Ce sont deux mondes qui s'affrontent. Norton a grimpé sur le ring de San Diego avec son entraîneur et son préparateur physique qui lui sert aussi de médecin dans son coin. Lorsque Mohamed Ali arrive à son tour, trente personnes l'entourent. Il porte sur le dos un superbe peignoir blanc perlé de diamants. Un cadeau d'Elvis Presley en personne. "Il devait coûter plus cher que le prix de ma bourse pour ce combat", s'amusera Norton. Sa grande force sera pourtant de ne pas se laisser happer par l'aura d'Ali, ni par le rapport de force psychologique qu'il impose à ses adversaires.

Le peignoir blanc et diamanté de Mohamed Ali. Un cadeau du "King" Elvis au "Greatest".

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Joe Frazier, qui détestait Ali pour deux, a proposé son aide à son ancien sparring pour préparer ce combat. Il est présent dans le vestiaire jusqu'aux tous derniers instants. "Surtout, lui ordonne-t-il, quand tu seras face à lui avant le combat, ne l'écoute pas. Ne le regarde pas. Concentre-toi uniquement sur ton boulot, ce que tu as à faire." Norton obéit. Alors que l'arbitre débite ses instructions que personne n'écoute, Ali grimace, vient coller sa tête contre celle de son adversaire. Norton, tête penchée vers le sol, reste hermétique. Ce sera sa première victoire.
Douze rounds plus tard, il est désigné vainqueur. Deux juges ont penché de son côté, un seul pour Ali. Norton a touché la star dans son orgueil, mais aussi dans sa chair. Ou ses os, plutôt. Dans les derniers instants du premier round, un large crochet du droit atteint "The Greatest" à la face. Dans le feu de l'action, elle passe presque inaperçue. "J'ai ressenti une douleur épouvantable, avouera pourtant Ali. Après ça, j'étais comme paralysé. J'avais des milliers de fourmis dans le corps." Des radios à l'hôpital révèleront une double fracture de la mâchoire. Malgré tout, Ali a tenu la distance. Il a boxé une heure avec une mâchoire en miettes.
Angelo Dundee, son manager, a voulu jeter l'éponge. Son poulain l'en a dissuadé. "A la fin du premier round, il m'a dit 'Elle est cassée.', raconte Dundee après le combat. Je lui ai dit 'Mohamed, on arrête, tu ne peux pas combattre avec une mâchoire cassée.' Mais il n'a rien voulu savoir. C'est un être humain extrêmement courageux. Quand vous avez la mâchoire fracturée, le simple fait d'envoyer un coup fait mal. Alors, quand vous le recevez…" Ferdie Pacheco, le médecin et préparateur du champion, explique que sa mâchoire était fragilisée par l'absence de trois dents retirées quelques années auparavant et jamais remplacées. En dépit de la défaite, il sort presque grandi.

Mohamed Ali grimace : dans ce premier duel contyre Ken Norton à San Diego, il va perdre le combat et sa mâchoire.

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La fable de la mâchoire ?

A moins qu'il ne s'agisse là d'une énième manœuvre destinée à glorifier la légende d'Ali. Ken Norton est convaincu que tout ceci relève de la fable. S'il a bien brisé sa mâchoire, il doute que cet incident soit survenu si tôt dans le combat. Selon lui, c'est à la fin du 11e round qu'il faut situer cet instant-clé.
"Si j'avais brisé sa mâchoire au 1er round, il n'aurait pas pu supporter la douleur provoquée par tous les coups reçus au menton, écrira Norton dans son autobiographie. Beaucoup de docteurs me l'ont confirmé. Je ne veux pas diminuer ses mérites, mais cette rumeur a été montée par son entourage. Angelo Dundee jurera jusqu'à la fin de ses jours que j'ai brisé sa mâchoire au 1er round. J'adore Angelo, c'est un des gars les plus respectables dans notre milieu, mais il se trompe. Les légendes ont besoin d'être embellies. Il fallait prouver qu'Ali était dur comme de l'acier. Et pas de doute, il était dur au mal, un combattant capable d'endurer de terribles souffrances. Mais c'est un être humain. Les radios ont montré un trait de fracture sur près d'un centimètre. Personne ne peut boxer une dizaine de rounds comme ça."
Pour donner du crédit à son propos, Norton rappelle que Ferdie Pacheco lui-même a assuré pendant le combat qu'Ali n'avait pas de problèmes particuliers. Il était aux côtés de Howard Cosell, le fameux commentateur d'ABC. "Si Ferdie avait cru que Mohamed n'avait plus de mâchoire au bout de trois minutes, vous ne pensez pas qu'il serait intervenu ?" interroge le vainqueur. Mais Norton ne s'est jamais fait d'illusions : "Le problème, quand vous battez une légende vivante, c'est que votre parole ne vaut pas grand-chose face à cette légende."
Il a raison. Depuis près d'un demi-siècle, pour tout le monde, c'est à la fin du premier round que Mohamed Ali a enduré cette blessure pour le moins handicapante. Quoi qu'il en soit, Ken Norton sera désormais, pour toujours, "L'homme qui a brisé la mâchoire d'Ali". Peu importe quand. A sa mort, en 2013, c'est ainsi, bien plus qu'en tant qu'éphémère champion du monde des lourds, qu'il serait présenté. Ce serait son fait de gloire, sa part d'éternité.

Mohamed Ali montre à Ken Norton sa mâchoire meurtrie.

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Au-delà des circonstances, sa victoire constitue une surprise phénoménale. Ken Norton entre de plain-pied dans le "Heavyweight Circus" en devenant le deuxième homme à battre Mohamed Ali. Il sera aussi le dernier à le dompter alors qu'il était au sommet de son expression. Malheureusement pour lui, il n'y avait pas de ceinture mondiale en jeu ce soir-là. Mais venir à bout du grand Ali valait sans doute plus qu'un titre, que ce soit pour la postérité ou sa propre satisfaction : "Ce que j'ai ressenti à l'annonce du verdict, je ne l'avais jamais ressenti avant, et plus jamais après".
Il n'y avait que Mohamed Ali pour vous foutre les jetons même allongé sur un lit d'hôpital
Il est allé voir son illustre victime, assise sur sa chaise, en train d'essayer de récupérer. Ali ne l'a peut-être jamais tant impressionné : "Je me suis avancé vers l'homme qui avait été mon idole de jeunesse et d'adulte. Je lui ai tendu la main. Il s'est levé, a pris ma main et l'a serrée chaleureusement. En le regardant dans les yeux je lui ai dit 'J'espère que ça n'affectera pas notre amitié.' Nous n'étions pas amis, je ne l'avais vu qu'une fois ou deux auparavant, mais pour être franc, je n'ai rien trouvé d'autre à dire. Il n'a pas répondu, à cause de sa mâchoire, mais son silence n'était pas négatif, je l'ai vu dans son regard. Ali a toujours été noble dans la défaite et ça n'a fait qu'accroître mon respect pour lui."
Ken Norton aura dès le lendemain un autre aperçu de la grandeur d'âme d'Ali en lui rendant visite à l'hôpital. Malgré la douleur, l'ancien champion du monde trouve la force de parler. "Prends une chaise et assieds-toi, bredouille-t-il. Tu sais, maintenant que tu m'as battu, et que le monde entier sait qui tu es, les problèmes vont commencer. Les tentations vont arriver. Ne dépense pas ton argent n'importe comment, méfie-toi des hommes et des femmes qui vont essayer de te convaincre qu'ils sont tes nouveaux amis. C'est à toi de faire le tri entre ceux qui veulent ton bien et les rapaces qui ne seront là que pour profiter de toi."
C'était aussi ça, Ali, loin de la grande gueule parfois clownesque devant les caméras. Norton est profondément touché par cette attention que rien n'imposait à son auteur. "En public, pour promouvoir nos combats, il m'a souvent pris pour cible, disant que c'est lui qui m'avait créé, que sans lui je ne serais rien, mais en réalité, il était très attentionné", dira Norton, qui accède tout de suite à la demande d'Ali : lui accorder une revanche dans les plus brefs délais.

Mohamed Ali en souffrance après sa fracture de la mâchoire.

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Puis, alors qu'il s'apprête à sortir de la chambre, il est interpellé une dernière fois : "Oh, Norton, ce n'est pas parce que nous avons eu cette petite discussion sympathique que je ne vais pas te donner une leçon quand on se retrouvera sur le ring. Je vais te botter le cul et, je te préviens, ce ne sera pas beau à voir !" "J'ai ri, mais en rentrant chez moi, je ne pouvais pas m'empêcher de penser qu'il n'y avait que Mohamed Ali pour vous foutre les jetons même allongé sur un lit d'hôpital", avouera Norton.
Dès le lendemain, la nouvelle star matérialise l'avertissement d'Ali. New York Times, Los Angeles Times, CBS, ABC, NBC, son visage est à la une de tous les grands médias. Les sollicitations fleurissent ou, comme le dira Norton, "Les poignées de mains sont devenues plus chaleureuses et plus nombreuses, les femmes autour de moi de plus en plus belles et je payais de moins en moins souvent l'addition au restaurant." La gloire a ses petits avantages collatéraux mais elle est pernicieuse. Heureusement pour lui, Ken Norton, qui élève seul son fils, Ken Junior (qui deviendra dans les années 90 le premier et à ce jour unique joueur de la NFL à remporter trois années de suite le Super Bowl), a les pieds sur terre et les gardera.

Ken Norton Jr lors de son troisième sacre au Super Bowl, en 1995, ave San Francisco. Il avait remporté les deux premiers avec les Dallas Cowboys.

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Ali, revanche à quitte ou double

Cette victoire lui garantit à terme une chance pour le titre mondial contre Foreman mais, avant cela, il va tenir sa parole envers Ali. Cela tombe bien : sa loyauté va de pair avec ses intérêts. C'était également l'idée de son entraîneur, Eddie Futch et de ses managers, Art Rivkin et Bob Biron. Essentiellement pour des raisons lucratives. Lors de ses trente premiers combats, Ken Norton n'avait jamais obtenu de contrat à plus de... 8000 dollars. C'est aussi en cela que sa vie va changer. Un deuxième combat contre celui qui demeure la plus grande star de la boxe lui assure de toucher plus en une seule soirée que ce qu'il a cumulé depuis le début de sa carrière.
Il va se tenir six mois après le duel de San Diego, cette fois au Forum d'Inglewood, l'antre des Los Angeles Lakers. Ali, qui avait sous-estimé Norton et ne s'était pas préparé de façon optimale, joue déjà sa carrière à quitte ou double. Cinq jours avant ce rendez-vous qu'il considérait comme une simple formalité, il s'était foulé la cheville en jouant au golf. Ses déplacements sur le ring s'en étaient trouvés affectés. Il le sait, il ne survivra pas à une seconde défaite contre celui qui a dépecé sa mâchoire alors que Frazier l'a déjà dominé et que le nouveau monstre Foreman a pris le pouvoir.
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Cette fois, après un repos de six semaines le temps de consolider sa blessure, Ali a mis les bouchées doubles à l'entraînement. Il s'est délesté de sept kilos, retrouvant le poids de ses années de jeunesse contre Sonny Liston. "Si je perds ce combat dans la forme qui est la mienne, il sera temps pour moi de me retirer", annonce le protégé d'Angelo Dundee.
Une fois n'est pas coutume, il fait profil bas. Ou, disons, moins haut qu'à son habitude : "J'ai pris un type qui n'était personne et j'ai créé un monstre, je dois punir ce mec. Mais je lui dis merci. Cette défaite, c'est exactement ce dont j'avais besoin. Elle m'a rendu plus humble. Merci monsieur Les distractions, c'est terminé. Les entraînements devant des centaines de personnes pour faire marrer tout le monde, c'est terminé."

Ken Norton et Mohamed Ali, ensemble, dans le Johnny Carson Show, en 1973.

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Inglewood, déception et confirmation

L'humilité selon Ali ne correspond pas aux standards du commun des mortels mais, de fait, il parle moins fort, refusant même, selon sa tradition, de prophétiser à quel round tombera son adversaire. "Ça me met trop de pression, alors ça aussi, c'est fini. Tout ce que je peux vous dire, c'est que je vais arrêter Norton." Loin du bazar de San Diego, où il croyait offrir un spectacle distrayant sans craindre la défaite, Ali entre sur le ring le visage fermé, confiant mais déterminé. Avant même le premier coup de gong, Norton a compris que, cette fois, tout serait plus compliqué : "Pendant les instructions de l'arbitre, il n'a pas dit un mot, n'a pas insulté ma mère ni fait la moindre grimace. C'était boulot, boulot, boulot."
Si, de leur trilogie commune, le premier combat, pour la victoire de Norton et l'histoire de la mâchoire, et le troisième en raison de la controverse qui l'accompagnera, demeurent les plus célèbres, ce deuxième opus est sans aucun doute le plus beau. Douze rounds intenses, avec en point culminant une dernière reprise où les deux hommes, conscients de se tenir dans un mouchoir de poche, donnent tout ce qu'il leur reste d'énergie.
Bien plus mobile que lors de l'acte I, Ali virevolte et domine les quatre premières reprises, avant que Norton n'équilibre les débats, au point de se montrer supérieur dans la seconde moitié du combat. Lors des trois dernières minutes, féroces, chacun prend le dessus à tour de rôle mais Ali insiste plus encore que son rival. La décision confirme à quel point l'écart entre les deux champions est mince. A l'époque, les juges ne décomptent pas en points, mais en nombre de rounds. Le premier donne l'avantage à Ali : 6-5-1. Le deuxième à Norton : 6-5-1. Le troisième ? Ali, 7-5. "The Greatest" a eu chaud, mais il peut chasser ses menaces de retraite.

Septembre 1976 : Le revanche entre Ken Norton et Mohamed Ali.

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Pour Ken Norton, c'est une déception, mais aussi une confirmation : sa victoire à San Diego n'était pas le fruit du hasard. Contre un Ali cette fois à son meilleur niveau, il a rendu coup pour coup et, en dépit de la défaite, cette revanche a crédibilisé son statut. Il a sa place parmi les grands de la catégorie. Lorsqu'il remonte sur le ring, six mois plus tard, c'est avec le titre unifié des lourds en jeu, contre George Foreman. Après la Jamaïque (Foreman-Frazier) et avant le Zaïre (Foreman-Ali), Don King a déniché un nouveau et lucratif terrain de jeu : le Venezuela.

Caracas : angoisse, vague à l'âme et punition

C'est là, à Caracas, dans le flambant neuf "El Poliedro", le nouveau stade de Caracas, que Norton subit la plus terrible correction de sa carrière. Après un premier round très équilibré, Foreman délivre un terrifiant uppercut du droit qui fait décoller son challenger dans les cordes. Sans elles, il aurait peut-être volé jusqu'à Porto Rico. Après une première, puis une deuxième intervention de l'arbitre, la punition prend une ampleur telle que le clan Norton décide d'arrêter les frais. Les conseils de Mohamed Ali, consultant pour ABC mais plus occupé à beugler des consignes à son ancien double adversaire qu'à offrir ses analyses aux téléspectateurs américains, n'auront pas suffi.
D'un bout à l'autre, ce séjour au Venezuela a viré au cauchemar pour Kenny de San Diego, bien au-delà de la trentaine de secondes où Big George l'a transformé en punching ball. Ses parents ont fait le voyage jusqu'en Amérique du Sud pour assister au combat de sa vie, susceptible de faire de leur fils un champion du monde. Mais peu après leur arrivée, Norton reçoit des coups de téléphone inquiétants à son hôtel. On menace de les kidnapper. Cloîtrés dans leur chambre, ils n'en sortiront que le soir du combat, escortés par la police.
Une semaine avant d'affronter Foreman, Norton apprend par ailleurs que Don King a d'ores et déjà signé un accord pour monter un blockbuster à Kinshasa entre Big George et Mohamed Ali, ce qu'il prend comme un manque de respect, d'autant que ni lui ni ses managers n'ont été avertis. Après le match, lessivé par les parpaings de Foreman, ce sera la cerise sur l'infecte gâteau : moins de deux semaines avant le combat, le nouveau président Carlos Andres Perez est entré en fonction. Alors que les deux boxeurs s'apprêtent à regagner les Etats-Unis, ils apprennent qu'ils doivent d'abord s'acquitter d'une nouvelle taxe surprise (et très opportuniste) de 18% sur leurs gains. Il faudra trois jours de palabres et de négociations pour qu'ils puissent quitter le territoire.
Mais si Ken Norton a mal vécu l'épisode Foreman, c'est surtout parce qu'il était, de son propre aveu "un boxeur égaré". Après son deuxième combat contre Ali, il a perdu son entraîneur, Eddie Futch, parti rejoindre Frazier après la mort de Yank Durham. Futch se dit prêt à travailler pour les deux boxeurs, mais Bob Biron y voit un conflit d'intérêts et limoge Futch. Ce dernier était le mentor de Norton, l'homme qui avait fait de lui le combattant qu'il est devenu.
La séparation est brutale et s'accompagne de part et d'autre de sorties sulfureuses dans la presse, chacun criant à la trahison. Pas un divorce à l'amiable. Lorsqu'il pose le pied à Caracas, Norton, orphelin, a du vague à l'âme. Rien de ce qui suivra ne sera de nature à l'atténuer, jusqu'au retentissant fiasco du Poliedro.

Dans l'enfer de Caracas, Ken Norton est laminé par George Foreman, comme Joe Frazier l'avait été avant lui.

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Apollo Creed, le rendez-vous manqué

"Après ma défaite des mains de Foreman, je me suis posé énormément de questions, avouera-t-il. Est-ce que je voulais encore boxer ? Est-ce que je désirais vraiment devenir champion du monde ? Etais-je prêt à tous les sacrifices nécessaires ? Foreman était-il simplement trop fort ou les circonstances à Caracas m'ont-elles privé d'une vraie chance ? Et si j'arrête la boxe, comment subvenir à ma famille ?" Il va finalement rempiler, et rebondir. En un peu plus de deux ans, il remporte ses sept combats suivants, tous avant la limite, la plus convaincante contre Jerry Quarry.
A la même époque, Ken Norton s'essaie aussi au cinéma, avec un certain succès. Dans le rôle d'un esclave, sa prestation impressionne aux côtés de James Mason et Susan George dans Mandigo, de Richard Fleischer, même si le film est éreinté pour sa violence et sa radicalité. Un an plus tard, son manque de flair va lui coûter cher. Il décline un rôle qui aurait pu lui apporter une fortune et une popularité supérieures à celles générées par sa carrière de boxeur : celui du rival de Sylvester Stallone dans Rocky, Apollo Creed. Mais il n'était pas prêt à délaisser trop longtemps les rings pour les plateaux.

Ken Norton l'acteur. Ici dans "Mandigo", en 1975.

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Quand Rocky sort sur les écrans en 1976, Norton prépare comme un acharné la belle contre Mohamed Ali, trois ans après leur deuxième confrontation. Entre temps, "The Greatest" est officiellement redevenu le plus grand, en domptant avec courage et malice le présumé invincible Foreman. Il a également bouclé sa trilogie contre son pire ennemi, Joe Frazier, qu'il bat à deux reprises au Garden puis à Manille. Au total, il a défendu son titre avec succès à sept reprises. A 34 ans, Ali est au sommet de sa gloire et de sa popularité. Il n'a jamais été aussi grand, quand Norton se présente à nouveau sur son chemin.
Verbalement aussi, il est redevenu Ali. Le ton a changé depuis la revanche d'Inglewood. Lors de la traditionnelle pesée, il beugle autant qu'il le peut, annonce que Norton ira au tapis dès la 5e reprise. Il provoque son adversaire, ironise sur sa "piètre carrière d'acteur" et, connaissant son côté superstitieux exacerbé, lui fait parvenir un chat noir.

La belle au Yankee Stadium

En cette année de bicentenaire de l'indépendance des Etats-Unis, Don King veut une scène à la hauteur du combat de l'année. Il opte pour le Yankee Stadium, fraîchement rénové. Jadis temple de la boxe et notamment des plus grandes victoires de Joe Louis, l'antre new-yorkaise n'avait plus été utilisée pour un duel pugilistique depuis 1959. Mais l'affaire tourne au fiasco, en raison de la grève de la police de Big Apple.

Catch me if you can. Ken Norton et Mohamed Ali amusent la galerie des photographes avant la "belle" au Yankee Stadium.

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Les syndicats vont utiliser ce combat pour manifester leur mécontentement. Ils refusent d'assurer la sécurité, obligeant King à se limiter à 30000 spectateurs au lieu des 60000 prévus. Les voitures de police se massent devant le stade, provoquant de gigantesques embouteillages. Même la limousine de Mohamed Ali se retrouve bloquée. Le champion du monde n'atteint le parking que 45 minutes avant de monter sur le ring. Le parterre de stars témoigne en tout cas de l'ampleur du rendez-vous. Joe Louis est là, bien sûr. Jimmy Connors. Ilie Nastase. Barry White. Joe Di Maggio. Donald Sutherland. Telly Savalas. Frank Sinatra. Et même... Jean-Paul Belmondo.
Aussi indécis que les deux premiers, ce troisième Ali-Norton n'atteindra toutefois pas les sommets de leurs deux précédentes confrontations. Le magazine Sports Illustrated l'a pourtant classé au 23e rang des plus grands combats de tous les temps, sans doute davantage pour le contexte et son dénouement que sa qualité pure. Flirtant avec le quintal, Ali paraît loin de sa meilleure forme. Il danse de temps à autre, mais le papillon a des airs de pachyderme. Norton, lui, semble pris par l'enjeu. Malgré tout, il est le plus convaincant des deux. Alors, quand la décision tombe au terme des 15 rounds, désignant Ali vainqueur à l'unanimité, le Yankee Stadium gronde de colère.
Au dernier coup de gong, Ali avait d'ailleurs regagné son coin sans la moindre réaction, comme s'il avait accepté sa défaite, pendant que Norton était porté en triomphe par son clan. La décision est si controversée que, le lendemain, CBS met en place une émission spéciale avec l'arbitre, le légendaire Arthur Mercante, et deux juges, tous sommés de se justifier. "En sortant du studio de CBS, j'ai vu Norton, a révélé vingt ans plus tard Mercante. Il n'était pas agressif, mais il n'a pas dit un mot. Il était très déçu et je peux le comprendre. C'était un combat très serré. Mais s'il s'était montré plus agressif qu'Ali, il a délivré moins de 'clean punch'."

Septembre 1976, la belle. Ali et Norton dans l'antre majestueuse du Yankee Stadium.

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Quand j'étais contre Ali, je n'affrontais pas un boxeur. J'affrontais la boxe
En 1999, le magazine Boxing Weekly placera cet Ali-Norton troisième du nom dans le Top 5 des décisions les plus controversées de l'histoire de la boxe. De grandes figures de la boxe, de Larry Holmes à Joe Frazier en passant, plus récemment, par Floyd Mayweather, ont toujours été convaincus que Norton aurait dû être désigné vainqueur.
C'est aussi l'avis de l'ancien journaliste référence de International Boxing, Dan Schocket : "C'était, déjà, un des combats de trop pour Ali. La magie s'était envolée. Son corps avait perdu de sa superbe. Norton était le meilleur boxeur ce soir-là. Ce n'est pas le boxeur Ali qui a été récompensé par les juges. C'est Ali la légende." Un quart de siècle plus tard, Ken Norton effectuera la même analyse, avec des mots différents : "Quand j'étais contre Ali, je n'affrontais pas un boxeur. J'affrontais la boxe."
Dans la carrière de ce grand second rôle, cette défaite restera une déchirure, dont il ne se relèvera jamais totalement. C'était sa dernière occasion de conquérir le titre de champion du monde, en battant le plus grand de tous, sur une scène de légende. Ce titre, il finira par l'obtenir. Sans combattre. Lorsque Leon Spinks, tombeur du fantôme d'Ali, est destitué par la WBC pour avoir refusé d'affronter Ken Norton, ce dernier récupère la ceinture sur tapis vert. Le 29 mars 1978, à 34 ans, le voilà enfin champion du monde des lourds. "C'était le rêve de ma vie, mais je n'étais qu'un champion de papier", regrettera-t-il.
Il ne le restera que trois mois. Sa première défense de titre sera aussi la dernière. Norton s'incline aux points contre Larry Holmes, dans un combat entre l'ancien sparring de Frazier et l'ancien sparring d'Ali. De ces quinze rounds, ne subsiste au fond que le dernier, un des plus extraordinaires de toute l'histoire.
Epuisés, plantés au centre du ring, démontrant tous les deux "une incroyable somme de courage et de cœur" selon les mots de Norton, "comme dans un film de John Wayne", selon la plume du fameux Dick Young dans le New York Daily News les deux boxeurs échangent un nombre invraisemblable de coups dans un Caesars Palace en transe.
Le verdict témoigne de la nature de ce choc acharné. Les trois juges rendent une carte à 143-142. Deux pour Holmes, un pour Norton. C'est sans doute dans les trente dernières secondes de cette ultime reprise, sur la foi d'un uppercut qui a fait vaciller le champion, que Holmes a arraché la victoire et le titre. Le résumé de la carrière de Norton. Souvent tout près du triomphe, mais presque toujours du mauvais côté de l'histoire. S'il continuera, pour des raisons économiques, à boxer jusqu'en 1981, sa carrière s'est réellement arrêtée là, sur ce 15e round d'un autre temps.

Ken Norton face à Larry Holmes.

Crédit: Getty Images

Holmes : "

Il n'a pas eu ce qu'il méritait"

Alors, que reste-t-il de Ken Norton ? Larry Holmes, son dernier "vrai" bourreau, l'a toujours considéré comme "L'adversaire le plus dur" de sa carrière, ce qui en dit long de la part d'un champion qui a croisé Ali ou Tyson. "De mes 70 combats, le plus dur fut celui contre Norton, a-t-il assuré. Personne ne m'a fait autant souffrir. Pendant 15 rounds, il refusait de reculer. C'était un grand combattant et un grand homme. En tant que boxeur, il n'a pas eu ce qu'il méritait."
Sa disparition, deux ans après Frazier, deux ans et demi avant Ali, touchera le milieu de la boxe, où il était unanimement apprécié. "Il a toujours été bon avec moi, même quand je n'étais encore qu'un boxeur amateur. Il m'a toujours traité comme si j'étais quelqu'un. C'était un homme remarquable", écrira Mike Tyson, résumant le sentiment général.
Les histoires de boxeurs finissent mal, en général. Celle de Ken Norton n'a pas échappé à cette règle. A l'instar de Mohamed Ali, il a boxé trop longtemps et l'a progressivement payé de sa santé. En 2006, un terrible accident de voiture le laisse presque pour mort. Miraculé, il connaît ensuite plusieurs AVC et une crise cardiaque avant de s'éteindre à 70 ans. Il avait eu le temps de se réconcilier avec son fils, Ken Jr, longtemps brouillé avec lui. Mais sa lente agonie aura été dure à vivre pour ses proches, d'autant que, financièrement, il peinait de plus en plus à subvenir à ses besoins en frais de santé.
Dix-huit mois avant sa mort, Norton s'était même résigné à vendre aux enchères une montre de grande valeur. Il ne l'a jamais su, mais l'acquéreur s'appelait George Foreman, qui avait déboursé 60000 dollars, avant de restituer la montre à la fille de Norton. Dans le geste et la pudeur de Foreman, il fallait moins voir une quelconque pitié que la marque d'une reconnaissance et de respect envers l'un des leurs. L'un des grands.

Ken Norton (1943 - 2013).

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