Vous avez sorti en cette fin d’année une autobiographie (1). Comment est né ce projet?
T.E. : J’avais déjà eu une proposition en 2008, que j’avais déclinée. Je trouvais que c’était trop tôt. Là, j’étais plus en phase avec le projet. C’était le bon moment. Tout est parti d’un web doc tourné en plusieurs parties. Le quatrième et dernier volet, c’était aux Jeux de Londres. Je me suis dit ‘pourquoi ne pas en faire un livre ?’. Début octobre, il était prêt.
Vous éprouviez le besoin de témoigner, de vous raconter ?
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16/09/2021 À 06:31
T.E. : Je n’ai jamais été du genre expansif, mais j’avais envie de laisser une trace. Je me suis dit que va-t-il rester de tout ça ? J’avais envie que tout ça serve à quelque chose pour ceux qui vont passer après moi. Je souhaitais aussi vulgariser mon sport au maximum, que les gens le découvrent, le comprennent mieux.
Ce livre coïncide aussi avec votre retraite sportive. Pourquoi l’avoir annoncé fin novembre, et pas juste après les Jeux. Y avait-il encore une hésitation au fond de vous ?
T.E. : En fait, avant Pékin, j’avais décidé d’arrêter ma carrière si j’étais champion olympique pour la troisième fois. Ça ne m’avait pas porté chance et c’était une erreur d’avoir pris les choses dans cet ordre. C’était un contresens. Je ne voulais plus me pourrir la vie avec ça. C’était une dispersion. Alors, pour Londres, je m’étais promis, quoi qu’il arrive, que ça se passe bien ou mal, de prendre vraiment le temps de la réflexion. C’est ce que j’ai fait. Un mois après les Jeux, je sentais que j’étais apaisé. Mon côté compétiteur commençait à s’évaporer. La décision d’arrêter est venue naturellement.
Vous évoquiez Pékin. Que vous reste-t-il de cette expérience, le seul échec de votre carrière olympique ?
T.E. : Tout a été de travers. Pour tout un tas de raisons, je suis allé dans le mur. Je me suis trompé aussi dans ma préparation, j’ai eu une année galère. Il y a eu le porte-drapeau aussi. C’était difficile de gérer tout en même temps. On m’avait beaucoup répété que ce n’était pas incompatible, alors j’essayais de convaincre les autres que je pouvais gérer. J’essayais sans doute aussi de me convaincre moi-même. J’avais beaucoup de pression, j’ai eu du mal à appréhender tout ça.
Celle que l’on vous mettait ou celle que vous vous imposiez ?
T.E. : Les deux. Avant Pékin, j’avais été le premier à vouloir générer cette idée de triplé historique. Parce que, pour ma discipline, il n’y a que les Jeux pour se retrouver en pleine lumière. Je portais à la fois mes ambitions et la mise en avant de mon sport. J’aimerai pouvoir revenir en arrière, tout recommencer et faire les choses différemment mais c’est comme ça.
Aviez-vous senti que vous alliez dans le mur ou est-ce seulement après coup, à froid, que vous avez compris ce qui n’avait pas fonctionné ?
T.E. : Honnêtement, dès que j’ai franchi la ligne en demi-finale, j’ai compris que j’avais tout fait de travers. J’ai eu comme un flash. Tout ce qui n’avait pas marché est remonté. Il y avait des signes qui ne trompaient pas. Je ne peux pas dire que j’ai été surpris.
Mais vous n’aviez rien pu faire pour enrayer cette spirale…
T.E. : Inconsciemment, comme j’avais été deux fois champion olympique et champion du monde, je me disais sans doute que ça allait encore finir par marcher. Ça avait marché tant de fois auparavant. Il n’y avait pas de raison. Mais c’est très dangereux de se reposer sur ses acquis.
Dans quelle mesure l’échec de Pékin a-t-il servi de base à votre sacre à Londres ?
T.E. : Il a fallu repartir de zéro, se reconstruire. Ce n’était pas évident, c’était dur à vivre, mais c’était une chance finalement. Dans ma carrière, j’ai toujours eu plus de facilité à comprendre pourquoi ça ne marchait que pourquoi ça marchait. Quand tout vous réussit, quand tout fonctionne, il y a un côté inexplicable, magique. En revanche, l’échec a toujours eu pour moi des sources bien précises, plus facilement identifiables. C’était le cas à Pékin. Et pour Londres, tout s’est bien passé. J’aimais beaucoup le bassin, je me suis tout de suite bien senti là-bas. C’était plus simple à gérer aussi. J’étais moins attendu, par le public et les médias.
Ce troisième titre, possède-t-il une saveur particulière ou bien vous ne faites aucune différence entre vos trois médailles d’or ?
T.E. : Si, c’est forcément spécial. Surtout à cause de Pékin. C’est comme un nouveau premier titre. J’ai dû me mettre en danger. C’était un saut dans le vide, je ne savais pas si je serais assez fort pour aller au bout. Puis je savoure beaucoup plus. A Sydney, j’avais 22 ans, j’étais un peu fou-fou, je n’avais pas bien maitrisé l’après-médaille. Là, je fais la part des choses. Je profite de tout.
Vous êtes devenu un redoutable compétiteur. Pourtant, dans votre livre, vous racontez que si votre père vous a transmis sa passion du sport, il n’était pas porté vers la compétition. Vous souvenez-vous à quel moment ce virus vous a-t-il gagné ?
T.E. : J’ai toujours été en compétition avec mes frères. Ils étaient plus grands que moi, j’avais envie de faire comme eux, de les suivre, de les dépasser. Mais c’est vrai, longtemps, la compétition a été peu présente dans mon esprit. Le déclic, je l’ai eu assez tard vers 15-16 ans. C'était lors des Championnats de France cadets. Là, j’ai réalisé que je n’aimais pas seulement le défi personnel que représentait le sport, mais aussi le fait d’être contre d’autres concurrents. J’ai aimé le stress inhérent à la compétition. J’ai compris que c’était mon truc.
(1) Tony Estanguet - Une histoire d'équilibre - Outdoor Editions
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De son enfance béarnaise bercée par une éducation multisport, à ses débuts prometteurs en compétition, jusqu’à sa participation à quatre Jeux Olympiques successifs, cette autobiographie décrit l’itinéraire incroyable du seul champion français vivant à afficher trois titres olympiques dans la même discipline, sur trois J.O différents.
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