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Il était une fois… De Bon Cœur

Il était une fois… De Bon Cœur

Le 17/04/2019 à 17:20

De Bon Cœur est probablement l’un des meilleurs chevaux de l’histoire des courses d’obstacles. La «Grosse», comme aime l’appeler affectueusement son entraîneur François Nicolle, défraie les chroniques. D’où vient cette jument de six ans aux douze victoires en quatorze courses? Eurosport.fr s’est penché sur le destin de cette championne.

Extraterrestre, crack, championne, imbattable. Tels sont les adjectifs régulièrement employés pour qualifier De Bon Cœur. Son palmarès prouve que cette jument n’est pas comme les autres. En quatorze courses, elle a décroché douze victoires, dont trois au niveau Groupe 1, mais surtout plus de cent une longueurs d’avance lorsque l’on additionne les écarts qu’elle a créés avec ses dauphins de chaque épreuve.

Avant de devenir cette star des courses, De Bon Cœur est née dans l’anonymat, le 18 mars 2013. Elle est une fille de Santa Bamba, lauréate d’un Groupe 3 à Auteuil, et de Vision d’État, quadruple lauréat en Groupes 1 sur le plat et cinquième du Prix de l’Arc de Triomphe en 2008. «Beaucoup pensaient que Vision d’État ne produirait pas de bons chevaux pour l’obstacle», avoue François Nicolle son entraîneur. «Jacques Détré (propriétaire de l’étalon, ndlr) est venu me voir un jour en demandant si je souhaitais prendre la jument dans mon effectif. Même si nous nous connaissons depuis longtemps, je n’avais jamais travaillé avec lui, et je lui ai donné mon accord pour essayer De Bon Cœur.»

Une pouliche «bien mais sans plus»

Durant la période hivernale et jusqu’au printemps, François Nicolle observe la pouliche à l’entraînement. Un premier constat est dressé à son propriétaire: «Jacques, je pense que c’est une bonne jument mais elle m’embête, car ses boulets s’arrondissent. Je sens qu’elle n’est pas encore prête. Je serais d’avis de la remettre au pré durant deux mois jusqu’au mois d’automne.» C’est donc durant la seconde partie de l’année 2016 que De Bon Cœur effectue sa première sortie. Le 16 septembre 2016 à Enghien, le Prix Roman Oak regroupe dix-sept pouliches. Troisième favorite de la course, De Bon Cœur est associée à Thomas Gueguen. Attentiste en milieu de peloton, la baie accélère après le saut de la dernière haie pour s’imposer de huit longueurs. «Je l’ai sentie bien mais sans plus», admet François Nicolle. «J’ai seulement commencé à sentir que c’était une bonne jument après sa deuxième sortie à Auteuil.» 

À l’occasion du Prix Magne, Le 15 octobre, De Bon Cœur fait ses débuts à Auteuil dans une Listed, l’antichambre des fameux Groupes. Cette fois, elle inflige dix longueurs d’écart à sa dauphine, laissant une magnifique impression. «Après cette course, j’ai proposé à son propriétaire de courir le Prix Cambacérès ou la course pour les pouliches, tout en précisant que la première option serait la meilleure.» Un mois plus tard, pour sa troisième sortie, De Bon Cœur dispute le Prix Cambacérès, Groupe 1 opposant mâles et femelles. Seule pouliche du lot, la fille de Vision d’État s’envole et devance de neuf longueurs Invicter. Une performance qui démontre qu’elle a vraiment un truc en place. En 2017, à quatre ans, De Bon Cœur écrase la concurrence, gagnant deux Groupes 3 et un Groupe 2 lors de ses trois premières sorties.

Une chute qui appelle de nombreuses victoires 

Présentée invaincue en six sorties début juin dans le Prix Alain du Breil (Gr.1), elle fait le vide dans cette course où seuls six adversaires se dressent sur son chemin. En tête durant toute l’épreuve associée à James Reveley, elle se balade et s’envole vers un septième succès… jusqu’à l’avant-dernière haie. Hélas, elle néglige cet obstacle et tombe. La championne est à terre, le public est stupéfait. Heureusement, aucune blessure n’entache cette première défaite. De retour dès octobre, De Bon Cœur retrouve vite sa place. Lauréate du Prix Pierre de Lassus (Gr.3), elle enchaîne avec le Prix Renaud du Vivier, où elle effectue une démonstration pour empocher le deuxième Groupe 1 de sa carrière.

Une année 2018 remplie d‘émotions

En 2018, l’heure est venue d’affronter ses aînés. Une marche que franchit facilement la «Grosse», comme la surnomme François Nicolle. Devançant Galop Marin et Device dès sa rentrée, puis Alex de Larredya dans le Prix Hypothèse (Gr.3), la baie de cinq ans dispute ensuite le Prix Léon Rambaud (Gr.2). Là, coup de tonnerre, De Bon Cœur est battue par un autre pensionnaire de François Nicolle: Alex de Larredya. «Je savais qu’elle serait battue par Alex», raconte François Nicolle. «Avant la course, je ne la sentais pas très bien, un peu en chaleur et molle. J’ai donc dit à Thomas Gueguen de prendre plusieurs longueurs d’avance dans la ligne opposée sinon elle allait se faire battre par Alex dans la ligne droite. Durant la course, il n’a pas pris suffisamment de distance sur ses adversaires. Et Alex a eu le temps de revenir pour la devancer d’une encolure.»

L’exploit… puis l’angoisse

À un mois de la Grande course de haies d’Auteuil, les cartes sont redistribuées, d’autant que les Britanniques décident de venir en nombre, avec L’Ami Serge, Killultagh Vic ou encore Bapaume. «La jument était au top pour cette échéance et a réalisé la plus belle course de sa carrière, en survolant l’opposition», s’émerveille encore son entraîneur. Associée à Kévin Nabet, De Bon Cœur fait littéralement exploser les compteurs, infligeant seize longueurs à son dauphin Bapaume, sans forcer. La «Grosse» est désormais une star.

Pourtant sa carrière aurait pu s’arrêter en juin 2018. «Lorsqu’elle s’est blessée, quelques jours avant de courir, j’ai passé un mauvais moment. Elle est arrivée vers moi boiteuse. J’ai fait venir le vétérinaire, il qui n’a rien vu. Ensuite, je lui ai fait passer une IRM à Libourne. Résultat: un trait de fêlure. Après cette blessure, on n’est jamais certain qu’un cheval retrouve son niveau. Pour que l’os se recalcifie, on doit le maintenir quarante-cinq jours au box. Et la reprise doit être très progressive: au début, c’est seulement trois minutes en main matin et soir. J’étais très tendu car la jument pouvait “exploser” à tout moment. Durant deux mois, je me suis fait du souci. Je lui mettais le bonnet et lui bouchais les oreilles. Et finalement, nous avons réussi.»

Le 24 mars 2019, De Bon Cœur signe son grand retour sur les pistes à l’occasion du Prix Hypothèse (Gr.3). Le lot est relevé avec la présence de Galop Marin, Crystal Beach et… Alex de Larredya. Finalement, trois longueurs sanctionnent sa supériorité. Mais cette année, seule comptera la Grande course de haies d’Auteuil, où son entourage vise le doublé.

La suite de sa carrière ?

Alors qu’on l’imagine déjà briller à l’élevage, De Bon Cœur va continuer à courir. «Si elle avait été poulinière, nous aurions stoppé cette année. À chaque fois qu’elle court, elle ne prend jamais dur.» Et même si elle a presque tout gagné, de nouveaux défis pourrait se dresser devant elle. «Au début, Jacques Détré rêvait de courir la Gold Cup. L’objectif est de courir à Auteuil pour la préparer au mieux pour cette épreuve à Cheltenham. Depuis, les temps ont changé et ce ne sont plus les plans. Je pourrais aussi la lancer en steeple. Elle est dressée depuis longtemps pour cette discipline. Ce serait une belle opportunité de réussir le doublé Grande course de haies – Grand Steeple-Chase de Paris. Elle domine actuellement sur les haies alors pourquoi changer. Mon souhait serait une expérience à la fin de cette année à Cheltenham mais il faut en discuter avec son propriétaire. Et si nous y allons, il ne faudra pas être battu!»

De Bon Cœur est la reine de la discipline en France. Pour le moment, aucun cheval n’est à sa mesure et elle pourrait rejoindre les légendes de l’obstacle. À moins qu’elle ne soit déjà rangée dans cette catégorie.

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