Harrie Lavreysen n’est pas très partageur. Le champion olympique de vitesse individuelle, également titré à plusieurs reprises aux Mondiaux, a posé sa patte sur le classement du sprint de l’UCI Track Champions League. Trois victoires en quatre courses après les deux premières manches, une avance confortable de 18 points sur son dauphin (Stefan Bötticher) et de 30 sur son rival désigné (Jeffrey Hoogland) : tout roule pour le carnassier néerlandais.
D’où une question, à la veille de la double étape londonienne (vendredi 3 et samedi 4 décembre) : Comment battre Harrie Lavreysen ? Arnaud Tournant, qui commente la première édition de la Ligue des champions sur piste pour Eurosport, rappelle qu’en keirin… c’est déjà fait. Et que cela a même failli être réalisé deux fois : "S’il n’y avait pas eu le petit mouvement de Hoogland quand Bötticher remontait les deux Néerlandais, je pense que l’Allemand aurait (encore) remporté le keirin samedi dernier."
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En vitesse individuelle, c’est une autre histoire. Mikhail Yakovlev a été dévoré à Majorque, Nicholas Paul croqué à Panevézys. Pour eux comme pour l’ensemble des dix-sept rivaux de Lavreysen, l’équation paraît insoluble. Tournant pense que le premier défi est mental. Le complexe d’infériorité guette la concurrence : "Au-delà de sa domination physique, j’ai l’impression qu’il [Lavreysen] fait peur à tout le monde. Il gagne aussi ses matches sur cet aspect-là."

Ascendant psychologique

"Nicholas Paul pouvait clairement l’embêter lors de la finale de la vitesse samedi en Lituanie, développe notre consultant. Il a attaqué de très, très loin et ça ressemblait plus à un aveu de faiblesse qu’à autre chose, parce que je pense qu’il pouvait, techniquement, jouer un petit peu plus avec lui. Durcir la course. Il a peut-être manqué de confiance." Paul est pourtant recordman du monde du 200 m, départ lancé (9"1). Si même lui ne croit pas en ses chances, à la régulière…
D’autant plus dommage, d’après Tournant, que l’opposition de style entre les deux hommes peut faire saliver : "[Paul] a un gabarit différent, qui peut lui permettre de jouer sur un registre différent de Lavreysen (qui est plus imposant, NDLR). C’est pour ça que le match était intéressant. C’était quasiment un bodybuilder contre un poids léger." Mais Harrie Lavreysen n'a de cesse de montrer les muscles et semble en mesure de prendre le dessus sur tous les types d’adversaires.

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Le piéger… à deux contre un

"Il est bon partout. C’est le genre de coureur qui domine une génération, comme on a pu le voir avec Florian Rousseau,Grégory Baugé, Chris Hoy etc. Lavreysen fait partie de ces garçons-là, considère Tournant, champion olympique de vitesse par équipes avec la France en 2000. Tactiquement, il est très, très bon. C’est difficile de lui trouver des défauts. Là où il est le plus prenable, c’est sur le paramètre de sa méconnaissance des courses à trois." L’une des singularités de l’UCI Track Champions League.
Jusqu’en finale, c’est le fameux format du "match à trois" – qui fut la référence et est encore utilisé lors des repêchages aux JO – qui permet aux participants de se départager. Seul le premier se qualifie pour le tour suivant et Lavreysen a une pancarte de plus en plus grosse : "S’il se fait surprendre par un concurrent qui fait le départ, s’il ne le voit pas tout de suite et si son deuxième adversaire lui laisse la gestion de la course… cela peut être la clef." Cela fait beaucoup de si, certes.

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Miser sur l’effet de surprise

"Il faut profiter de l’effet de surprise et que les mecs jouent leur va-tout, poursuit notre spécialiste. D’autant plus que le classement général commence à se dessiner. Certains n’ont plus rien à perdre et il faut qu’ils cherchent à exister d’une manière ou d’une autre." Lavreysen doit se méfier des outsiders, selon lui : "Cela pourrait être nos Français (Tom Derache et Rayan Helal, NDLR). Des garçons qui sont moins forts sur le papier et doivent tenter leur chance en-dehors d’une confrontation directe."
L’UCI Track Champions League se démarque, aussi, par son programme condensé. Celui-ci implique peu de temps de récupération entre les épreuves. Plutôt un énième atout pour Lavreysen : "Quand on voit ces sprints très rapprochés, répétés… Un garçon de son âge (24 ans, NDLR) a plus de facilité à récupérer qu’un Jeffrey Hoogland (28 ans), sans parler de Denis Dmitriev (35 ans) ou Maximilian Levy (34 ans)". Mais cet avantage pourrait, tout de même, finir par se muer en inconvénient pour le leader du sprint.

"Hoogland a contribué à la victoire de Lavreysen", la finale du keirin décryptée à la palette

Coup de fatigue ?

Parce qu’à Londres, le menu copieux sera double. "S’il fait deux finales le vendredi, arrivera-t-il à faire la même chose le samedi ? J’attends cela avec impatience", se réjouit Tournant. Avant d’ajouter : "Je vous vois venir ! ‘Mais cela va être deux jours consécutifs pour tout le monde…’ Sauf que lui, il va généralement au bout des tournois, il enchaîne le maximum de sprints. Et qui dit victoire, dit aussi obligations protocolaires."
"Que ce soit la présentation des leaders au début de l’événement, les interviews en cours de meeting, ou la cérémonie de fin d’épreuve… pendant qu’il fait ça, ses adversaires peuvent optimiser leur récupération. Ce n’est pas uniquement l’aspect course", insiste le multiple champion du monde de 43 ans. Il persiste et signe, les poursuivants de Lavreysen peuvent "espérer une baisse au niveau physique" de sa part : "On va voir si ce Monsieur est un être humain."

Harrie Lavreysen, être leader, c'est tout un protocole - 27/11/2021, 2e manche de l'UCI Track Chamions League, en Lituanie

Crédit: SWPix

Et Lavreysen vs Tournant ?

Un Monsieur auquel Arnaud Tournant aurait bien aimé se frotter : "J’aurais emmené le sprint. J’aurais fait comme je savais faire : en mode diesel. Ce n’est pas forcément impressionnant… mais ça ne ralentit jamais et c’est ce qui surprenait parfois mes adversaires. Ils attendaient que je baisse un peu pavillon et que je ralentisse. Et, en fait, cela ne faisait qu’augmenter."
"Je n’étais pas forcément le meilleur démarreur. Je n’avais pas forcément un sprint très dynamique, se remémore-t-il. Mais un diesel, une fois que c’est parti, pour l’arrêter c’est compliqué." Avant d'envisager un dénouement heureux à son duel virtuel avec Lavreysen, dans un éclat de rires : "Je m’avance un peu… mais il aurait galéré dans le dernier tour avec moi."

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