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Boonen: "Grandiose"

Boonen: "J'ai pris pavé par pavé"
Par Eurosport

Le 08/04/2012 à 21:36Mis à jour Le 08/04/2012 à 23:36

Tom Boonen est le premier à l'admettre: son épopée solitaire de plus de 50 kilomètres de l'arrivée à Roubaix avait quelque chose d'insensé. Mais en restant lucide en permanence, il est allé au bout de son idée. L’Anversois a décroché, de son propre aveu "la plus belle victoire de sa carrière."

Mais où était passé Tommeke le raisonnable, l'habile calculateur, le fin tacticien, bref, celui que l'on a encore vu le week-end dernier sur le Tour des Flandres ? Dimanche, entre Compiègne et Roubaix, Boonen est devenu fou. En le voyant partir seul si loin de la ligne d'arrivée, on s'est vraiment demandé ce qui lui passait par la tête. Une forme d'inconscience. De panache, aussi. Mais au final, le coup de poker s'est transformé en coup de maitre. Personne n'a revu Boonen avant la douche. "C'était un peu fou, ce n'est pas quelque chose que je fais souvent, admet-il. Mais aujourd'hui c'était un jour parfait pour prendre des risques."

Le coup n'était d'ailleurs pas prémédité. Mais une fois lancé, Boonen n'avait plus le choix. "Quand Niki Terpstra (son coéquipier et partenaire d'échappée) a lâché, je me suis accroché et je me suis battu avec le vent", raconte-t-il. Il restait alors exactement 53 kilomètres. Dans cette situation, tout se joue presque autant dans la tête que dans les jambes. "Quand j'ai vu que j'avais 30 secondes d'avance, je me suis dit que derrière c'était dur aussi pour eux", explique le désormais co-recordman des victoires. Surtout, ne pas gamberger. Ne pas penser. Ni à la douleur ni aux enjeux. "Au début, poursuit-il, quand j'attaque, je ne pense pas à gagner la course ou au record, j'ai pris pavé par pavé, kilomètre par kilomètre. Si tu commences à réfléchir aux 50 kilomètres qui restent, ça rend les choses encore plus dures."

"Pour moi, Paris-Roubaix, c'est autant le vélodrome que les pavés"

Même plus près de l'arrivée, il assure que le record de Roger De Vlaeminck était loin de ses pensées. Il pensait plus cartons que pavés. "Franchement, pendant les derniers kilomètres, j'ai pensé à ma copine, pas à Roger. Elle est presque morte toute seule à la maison aujourd'hui. Elle est en plein déménagement. Cette victoire, elle est pour elle." La souffrance endurée durant son escapade solitaire est quand même à la hauteur du plaisir savouré dans les dernières minutes. Les petits regards à la caméra, les discussions dans l'oreillette. "J'ai essayé d'en profiter parce que c'est rare, surtout pour moi, d'arriver tout seul avec autant d'avance", rappelle-t-il.

Puis, surtout, ces deux tours de piste sur le vélodrome. Les victoires, Boonen connait. Mais il l'avoue, il a rarement gouté un moment comme celui-là: "J'aime gagner au sprint, une victoire est une victoire, mais aujourd'hui, gagner de cette manière, c'est grandiose, les derniers mètres ont été incroyables..." Pour rien au monde, il n'aurait voulu arriver autre part. "C'est la seule course au monde avec une ligne d'arrivée où tu peux faire deux tours, où tu peux communier avec le public pendant un kilomètre. Pour moi, paris-Roubaix, c'est autant le vélodrome que les pavés".

L'amour du vélo

Sur le fond comme sur la forme, ce que Tom Boonen vient d'accomplir en l'espace de huit jours ne peut qu'être l'œuvre d'un très grand champion. Même ceux qui le côtoient depuis des années, comme Patrick Lefévère ou Wilfried Peeters, n'en reviennent pas. "Je ne l'ai jamais vu rouler aussi vite sur les pavés", jure Lefévère. "Cette victoire de Tom Boonen, je la considère comme un des plus beaux numéros jamais accomplis avec cette équipe", ajoute Peeters, le directeur sportif de l'équipe Omega Pharma Quick Step. Lefévère, qui a accompagné Boonen dans ses moments de gloire et de doutes depuis près de dix ans, en tire quant à lui une conclusion: "Les leçons que je tire de ce superbe printemps? Ne jamais considérer quelqu'un comme fini trop vite."

A 31 ans, dix ans après son premier podium roubaisien (ce jour-là, Johan Museeuw l'avait adoubé, le désignant comme son successeur), Boonen est plus que jamais en train d'écrire sa propre légende. Son secret est d'une limpide simplicité. "C'est le vélo, c'est l'amour du vélo, j'aime ça, je n'ai jamais besoin de motivation pour sortir m'entraîner, j'aime ça, dit-il. Quand je commencerai à me sentir fatigué et à avoir du mal à m'entraîner, alors il sera temps pour moi d'arrêter."

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