Où en es-tu Christopher Froome ? A neufs jours du grand départ du Tour d'Italie, le Britannique empile comme jamais les mystères autour de sa propre personne. Peu présent en course depuis le début de la saison, le Britannique interroge. Sur tous les plans. Comment est-il physiquement ? Est-il en retard dans sa préparation ? Comment va-t-il réellement après ces derniers mois de doute ? Il l'a dit lui-même en remerciant ses fans de leur soutien indéfectible il y a quelques semaines, il a vécu des "moments difficiles" depuis décembre dernier.

Jamais publiquement remis en question par son équipe après l'affaire de son contrôle "anormal" au salbutamol lors du dernier Tour d'Espagne - pour 1000 nanogrammes par millilitre (ng/ml), soit le double du dosage autorisé - le Britannique a poursuivi son bonhomme de chemin vers le Giro, son autre objectif en 2018. Comme si de rien n'était.

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Un état de forme qui pose question

S'il n'y a rien de nouveau à l'Ouest quant à sa manière d'appréhender son métier, sa tentative d'enchaîner Tour d'Italie et Tour de France et d'y viser le premier doublé depuis vingt ans et Marco Pantani ne plaît pas à tout monde. Surtout depuis cet épisode salbutamol venu jeter une ombre menaçante au-dessus de son sacre sur la montagneuse Vuelta. Asthmatique décrié, Froome a vidé le petit crédit popularité qu'il avait difficilement gagné à la force des jambes. La reconquête populaire s'annonce complexe.

Discret en compétition, le leader de la formation Sky n'a pas fait très forte impression guidon en main en 2018. C'est le moins que l'on puisse dire. Gagner en février, mars, avril, ce n'est de toute façon pas une habitude chez lui. Mais apparaître en rodage à quelques semaines de son premier grand objectif interpelle et questionne.

Tour d'Andalousie, Tirreno-Adriatico, Tour des Alpes : Froome n'y a pas affiché son coup de pédale habituel, celui qu'il a eu l'habitude de donner lors du Critérium du Dauphiné avant trois de ses quatre conquêtes sur le Tour de France (2013, 2015 et 2016). A ce jour, seule sa dernière sortie dans les Alpes a ressemblé à quelque chose (4e du général à 16 secondes de Thibaut Pinot). Mais il n'y a fait aucune différence à la loyale.

Je pense que Froome est dans la forme qu’il faut en ce moment

Jours de courses réduits au minimum, nombreux stages effectués un peu partout dans le monde - en Afrique lors du mois de janvier, en Espagne à Tenerife sur le fameux Mont Teide et ses 3500 mètres d'altitude, puis un passage par le Zoncolan avant de disputer le Tour des Alpes - la méthode Froome-Sky a déjà fait ses preuves. Mais jamais au mois de mai en Italie où le seul Rigoberto Uran a réussi à terminer sur le podium du Giro (deuxième en 2013).

Plus adepte des blocs d'entraînement que de la compétition, une constante depuis 2012, Froome a décidé d'opter pour la même bonne vieille recette pour espérer décrocher cet improbable doublé. Un challenge qui en a fait trébucher plus d'un par le passé (Gilberto Simoni, Alberto Contador, Vincenzo Nibali, Nairo Quintana). Gagner sans sortir de sa zone de confort en somme.

"Je pense qu’il est exactement où l’équipe attend qu’il soit. Il a le Giro qui arrive mais il veut également être performant sur le Tour de France. Quand vous devez enchaîner le Giro et le Tour, c’est vraiment difficile de tout préparer", a précisé à Cyclingnews Nicolas Portal, le directeur sportif de la Sky. "Vous ne voulez pas trop forcer trop tôt car, alors, vous pouvez être en forme sur le Giro et passer à côté du Tour de France. C’est quelque chose d’assez difficile et je pense qu’il est dans la forme qu’il faut en ce moment."

Froome, l'homme à la préparation au millimètre, a pourtant aimé se confronter à ses futurs rivaux pour le maillot rose sur les routes alpestres. Rien ne remplace la compétition par moment. Pour le natif de Nairobi, le Tour des Alpes, à défaut d'apparaître comme un révélateur, a au moins constitué la course "déclic", celle qui montre que les choses se mettent en place. "J'ai pris beaucoup de plaisir en y participant, en faisant une réelle course de vélo", a précisé le quadruple vainqueur du Tour de France . "Il y a eu des étapes courtes et explosives et ce n'est pas le genre de conditions que vous pouvez retrouver à l'entraînement. C'était une très bonne chose d'être ici."

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Le Giro, une course qu'il devra dompter

Voulu à la sauce Sky, c'est-à-dire une montée en puissance au fil des jours, le prochain Tour d'Italie s'annonce comme un défi complexe pour Froome. Sur un strict plan sportif, il se sent prêt. "Je suis définitivement plus à même d'être prêt pour le Giro que je ne l'étais lors de Tirreno-Adriatico. Je suis très satisfait de mes sensations et j'ai encore deux semaines d'ici le départ. Cela a été une préparation parfaite pour le Giro."

Le Giro, il n'y avait plus mis les pieds depuis les saisons 2009 et 2010. C'était une autre époque. Pour lui, pour nous, pour tout le monde. En 2009, à sa première participation, il y avait couru sous les couleurs de la défunte Barloworld sous les ordres de Claudio Corti, sans y être ridicule (32e). En 2010, c'était avec le maillot de la toute pimpante et dérangeante Team Sky qu'il avait remis ça de manière inaboutie. Exclu pour s'être accroché à une moto de la police, alors qu'il souhaitait abandonner la course à cause d'une blessure au genou, lors de la 19e étape, Froome restera très longtemps éloigné de ce Tour d'Italie qui n'entrera plus dans ses plans printaniers.

Froome sur le Giro, quel intérêt dans le fond ? Pour espérer rejoindre le clan des six, déjà. Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Felice Gimondi, Bernard Hinault, Alberto Contador et Vincenzo Nibali sont à ce jour les seuls coureurs à avoir épinglé les trois Grands Tours à leur palmarès. Froome n'a en plus qu'un à prendre pour les rejoindre dans l'histoire. A 32 ans, c'est une douce folie qu'il s'offre dans une course aussi complexe que le Tour et la Vuelta. Mais dans un contexte dont il se serait volontiers passé. S'il est au rendez-vous, le goût de la victoire ne sera pas forcément bon.

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