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Quand on a que l'argent...

Quand on a que l'argent...
Par Eurosport

Le 06/08/2012 à 21:44Mis à jour Le 06/08/2012 à 23:19

Grégory Baugé est vice-champion olympique de vitesse. Autant dire pas grand chose aux yeux du pistard tricolore, qui ne rêvait que d'or. A vrai dire, Baugé, surclassé par un Jason Kenny qu'il avait toujours battu jusqu'ici, ne comprend pas. Cette médaille d'argent, il a du mal à la digérer.

Grégory Baugé a essayé de faire bonne figure. Il a félicité son vainqueur, Jason Kenny, bourreau de ses rêves olympiques. Il a salué le public, pas franchement venu pour lui, mais toujours respectueux à son égard tout au long du tournoi. Il a souri, un peu, sur le podium. Un sourire figé. Il a même tenté de rire de tout ça, quand le "God Save the Queen" a retenti. Une fois encore. "Je rigolais sur le podium, c'est la même chanson qu'on entend depuis trois jours..."

Il y a des médailles d'argent en forme d'accomplissement, d'exploit, de réussite. Et il y en a d'autres qui suintent l'amertume et les regrets éternels. Celle qui pend au cou du Français à Londres n'a pas l'éclat souhaité. Elle n'est pas de celle qu'on fait semblant de croquer pour la photo. Elle est de celles qu'on range dans un tiroir parce qu'on ne veut pas la voir. Elle figurera sur son palmarès, comme celle de la vitesse par équipes la semaine dernière. "Je ne les compte pas, les médailles d'argent, dit-il amèrement. Pour moi il n'y a que la victoire qui compte. Ce sont des médailles entre parenthèses. Je ne m'entraîne pas tous les jours pour faire deuxième ou troisième." Non, Grégory Baugé n'était pas heureux lundi soir.

L'incrédulité de Baugé

On peut le comprendre. Depuis les Jeux de Pékin, personne ne lui était arrivé à la cheville. Il a remporté sur la piste les quatre éditions des Championnats du monde disputés entre Pékin et Londres. Bien sûr, il en a perdu un sur tapis vert, mais sur la piste, personne n'avait pu dompter le tigre. Pas même Jason Kenny. D'ailleurs, l'Anglais fut par deux fois sa dernière victime, en finale, à Apeldoorn l'an dernier et à Melbourne, pas plus tard qu'au mois de mars dernier. En Australie, l'impuissance du Britannique était telle qu'il avait dû se résoudre à tenter un coup de bluff dans la seconde manche, en lançant le sprint de très loin. Une tentative presque désespérée. Baugé avait donc de quoi aborder en toute confiance l'échéance olympique. Mais lundi, c'est lui qui s'est retrouvé privé de toute solution face à ce rival dont il avait toujours pris la mesure jusqu'ici.

L'amertume de Baugé tient avant tout à une forme d'incompréhension. Incrédule, il ne voit aucune raison logique à l'inversement de tendance qui s'est opéré en l'espace de quatre mois. Au point de provoquer une scène étonnante en conférence de presse en se transformant en interviewer de Kenny lorsqu'il lui a demandé comment il s'était préparé pour être aussi fort. "J'ai dominé depuis quelques années, avait-il expliqué quelques minutes auparavant. J'étais confiant, j'ai bien bossé. J'étais prêt. Pourtant, je n'y arrive pas. Je discutais avec Florian (NDLR: Rousseau, son entraîneur) à la descente. Cela fait quatre ans qu'on se prépare pour ça. Je pense qu'on s'était bien préparé. Je ne suis pas moins fort qu'aux Mondiaux."

Rousseau: "Physiquement, Greg était mieux qu'au championnat du monde"

Florian Rousseau confirme le sentiment de son poulain. "Physiquement, Greg était mieux qu'au Championnat du monde, estime l'Orléanais. Il a très bien abordé la compétition, il a très bien géré ses Jeux. Il a très bien couru, il a élevé son niveau par rapport aux Mondiaux. Il a été battu tout simplement". Aussi fort qu'à Melbourne, l'Antillais est tombé sur un Kenny très nettement supérieur à ce qu'il avait jamais été. "Les Anglais ont haussé leur niveau. Ils savent le faire", constate-t-il. Au moins, le clan Baugé n'a pas à nourrir de regrets. Il n'y avait pas moyen de faire plus. Maigre consolation. Au contraire, c'est peut-être pire.

Lundi soir, le temps des explications n'était pas encore venu. Grégory Baugé et Florien Rousseau étaient simplement dans le constat. Douloureux. De toute façon, ils n'ont pas d'explication. "On ne saura peut-être jamais comment ils ont préparé ces Jeux, dit Rousseau à propos des Britanniques. En tout cas, c'est plus fort que ce qu'ils ont fait il y a quatre ans, oui c'est plus fort. Il y a la phase visible, le matériel, etc. Et derrière, beaucoup de travail, beaucoup de rigueur, beaucoup de moyens, financiers et humains." Puis Rousseau avoue avoir ressenti de l'impuissance. Il n'y a sans doute rien de plus terrible pour lui et Baugé. Quand on a dominé de la sorte pendant quatre longues années, une telle claque est forcément dure à avaler.

D'une classe folle, le triple champion olympique, malheureux que son élève ne puisse lui succéder, ne veut pas galvauder ce qu'ils ont accompli ensemble: "Je suis désolé pour lui. Maintenant, il faut rester digne, c'est une médaille olympique", souffle Rousseau. Pas sûr que Grégory Baugé entende le message. Lundi, à ses yeux, il a perdu. Il n'a rien gagné.

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