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Kohl: "C'est impossible"

Kohl: "C'est impossible"
Par Eurosport

Le 05/10/2010 à 17:40Mis à jour Le 05/10/2010 à 18:00

Pour Bernhard Kohl, il n'est pas imaginable qu'un coureur puisse aujourd'hui remporter le Tour de France sans avoir recours au dopage. L'Autrichien, contrôlé positif à l'EPO Cera en juillet 2008 sur la Grande Boucle, dresse un constat pour le moins alarmant.

Présent à Leesburg, en Virginie, Bernhard Kohl était ces derniers jours l'invité de l'Agence américaine antidopage, qui organisait son congrès annuel. Invité à commenter l'actualité, l'Autrichien a refusé de spéculer sur la possible culpabilité d'Alberto Contador, soupçonné de s'être dopé lors du dernier Tour de France suite à deux contrôles suspects. Mais, sans être affirmatif, Kohl a confié que, de son point de vue, il était difficile d'imaginer que Contador ne soit pas dopé.

Pour l'éphémère maillot à pois du Tour 2008, suspendu deux ans pour dopage suite à un contrôle positif à l'EPO troisième génération lors du Tour de France 2008, il est tout simplement impossible aujourd'hui de ramener le maillot jaune à Paris sans tricher. Comme Contador a remporté trois des quatre dernières éditions... "C'est absolument impossible de gagner le Tour sans dopage", assure Kohl. Il suffit de voir la vitesse moyenne de la course pour le comprendre. Tous les ans, on est au-dessus de 40 km/h. C'était le cas quand Landis a gagné en 2006, c'était encore le cas cette année, quatre ans après cette affaire. Selon moi, cela montre que les coureurs continuent de se doper."

"Je ne pourrais jamais revenir"

Bernhard Kohl balaie par ailleurs l'argument récurrent utilisé par les coureurs pour affirmer leur "propreté", sur la fiabilité des contrôles. "Ils vous disent qu'ils ont été contrôlés des dizaines et des dizaines de fois et qu'ils n'ont pas été testé positif. Mais ça ne prouve absolument rien, estime l'ancien coureur de la Gerolsteiner. Moi, j'ai été contrôlé environ 200 fois dans ma carrière. Sur ces 200 contrôles, j'en ai effectué 100 en étant dopé. J'ai été pris une fois, mais les 99 autres, je suis passé au travers. Les coureurs se dopent parce qu'ils ont l'impression qu'ils ne seront pas pris et, dans la très grande majorité des cas, ils ont raison de le croire. Je ne suis même pas sûr qu'un nouveau test de dopage sanguin suffirait à leur faire peur. Le problème est aussi profond que ça."

S'il est venu à Leesburg, c'est aussi pour essayer de faire avancer les choses. A sa façon, en parlant, en expliquant. Kohl a ainsi décrit en détail son programme de dopage lorsqu'il était encore coureur, la fréquence à laquelle il prenait des hormones de croissance et l'EPO, comment et surtout quand il se dopait afin d'avoir le maximum de chances d'échapper à un contrôle positif. "Son témoignage nous apporte beaucoup, explique Richard Budgett, responsable médical du comité d'organisation des Jeux Olympiques de Londres en2012. Cela nous permet d'avoir des détails que nous n'avions pas et de comprendre quel degré de sophistication nous devons atteindre pour protéger les athlètes qui ne veulent pas tricher et confondre ceux qui se dopent."

Aujourd'hui, Bernhard Kohl a purgé sa suspension. A seulement 28 ans, il pourrait choisir de reprendre sa carrière. D'autres ont repris bien plus tard, comme Ivan Basso ou Alexandre Vinokourov, après des suspensions d'une durée proche ou égale. Mais l'Autrichien a décidé de tourner définitivement la page, pour ne pas replonger. "Je ne pourrai jamais revenir, dit-il. J'ai compris qu'il n'était pas possible d'être compétitif en étant honnête et en disant la vérité. Et je ne veux plus me cacher," a-t-il conclu. Un discours qui fait presque froid dans le dos par son pessimisme. Ou son réalisme.

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