Getty Images

Bouhanni, si près, si loin de l’extase

Bouhanni, si près, si loin de l’extase

Le 22/03/2019 à 00:11Mis à jour Le 22/03/2019 à 15:00

MILAN-SANREMO - Nacer Bouhanni (Cofidis) a les caractéristiques pour briller sur la Primavera. Il le sait, il l’a déjà montré, et le Vosgien revient avec ambition sur la route de Sanremo, après sa mise à l’écart de l’an dernier.

La semaine dernière, l’Irlandais Cillian Kelly, observateur attentif du peloton et féru de statistiques, a lancé un débat historique intéressant sur Twitter. Il cherchait des “coureurs qui n’ont jamais gagné une course qui leur était promise”. Au-delà des noms “évidents comme Poulidor et le Tour”, ou “Sean Kelly et le Tour des Flandres”, il proposait l’absence de Bernard Hinault au palmarès de Paris-Nice.

Les réponses ont fusé : Charles Pélissier à Paris-Tours, De Vlaeminck et les Mondiaux, la malédiction Quick-Step sur le Het Volk, un Grand Tour pour Purito… La relation frustrée entre Nacer Bouhanni et Milan-Sanremo n’entre pas (encore) dans cette catégorie, mais il y aurait de quoi nourrir de sérieux regrets si le sprinteur de la Cofidis ne faisait jamais mieux que sa quatrième place sur la Via Roma en 2016 - édition remportée par son grand rival Arnaud Démare, pendant que Bouhanni pestait contre un saut de chaîne dans l’emballage final…

“C’est une course que j’aime et qui est dans mes cordes”, nous expliquait Bouhanni lors de sa reprise sur le Tour d’Oman le mois dernier. “Je ne suis pas un spécialiste des classiques pavées. De par mes caractéristiques, c’est, avec peut-être Paris-Tours, la classique qui me convient le mieux.” De fait, le bilan du Vosgien sur Milan-Sanremo parle pour lui : 6e en 2015, 4e en 2016, 8e en 2017. C’est (très) bien. Mais c’est tout et, trois participations, alors qu’il en est à sa dixième saison professionnelle, c’est un peu court.

Nacer Bouhanni

Nacer BouhanniGetty Images

Il faut être à 100% pour la gagner"

Il y a pourtant bien longtemps que Bouhanni a fait de la Primavera son grand objectif de printemps. Mais les embûches se sont souvent mises sur la route du sprinteur : une chute (2013) et sa rivalité avec Démare (2014) l’avaient empêché de mettre les roues sur Milan-Sanremo lorsqu’il était à la FDJ. L’an dernier, alors qu’il traînait les séquelles de sa grave chute du printemps 2017, Cofidis lui avait encore fait le coup, privilégiant Christophe Laporte, le jeune qui monte, à Bouhanni, la gloire éteinte.

Ces derniers jours encore, de sérieuses questions se posaient après sa mise hors-délai dès le contre-la-montre inaugural de Tirreno-Adriatico. Depuis, son patron Cédric Vasseur est passé par les studios de Bistrot Vélo pour donner de “bonnes nouvelles” sur son sprinteur, qui a couru Nokere-Koerse (51e). Et le Vosgien déterminé était le premier à le dire (il y a un mois) : “Sanremo, il faut être à 100% pour aller gagner. Si on est à 90, même 95%, ce n’est pas possible.”

Vidéo - Vasseur : "Bouhanni va mieux, cap sur Milan-San Remo"

01:24

Abandon précoce sur Tirreno et sortie non concluante ce mercredi : on a quand même connu meilleure approche d’une course qui se joue au millimètre sur 300 bornes. Mais Bouhanni est un talent très particulier, du genre à avoir fini 8e sur la Via Roma dix jours après un abandon sur la deuxième étape de Paris-Nice (en 2017, une référence que Cédric Vasseur avait bien à l’esprit au moment de vanter les chances de son coureur). Le genre, aussi, à avoir immédiatement apprivoisé une course unique, que son directeur sportif Roberto Damiani a conquise avec un Alessandro Petacchi trentenaire (en 2005).

" Il y a plein de coureurs qui font des watts et des watts à l’entraînement…"

“Maintenant, je la connais par coeur”, pose Bouhanni. “Tout se joue dans les cinquante derniers kilomètres. À partir du capo Berta, la pression monte petit à petit jusqu’à la via Roma. On ne peut pas prédire un scénario type. Il peut y avoir beaucoup de changements.” Le grand rendez-vous, c’est évidemment le Poggio, cette bosse (3,7km, à 3,7%) à avaler en force dans les dix derniers kilomètres : “un effort de 6-7 minutes, où je suis au-dessus de 400 watts de moyenne, sur une montée assez roulante avec un replat avant d’attaquer la dernière partie. C’est le genre d’efforts qu’on produit souvent en compétition mais là ça intervient au bout de 300 km, ça fait toute la différence.”

À propos de watts et de faire la différence, Bouhanni a battu différents records de puissance cet hiver. Ça excite beaucoup de monde, “mais ce ne sont que des chiffres”, balaye le principal intéressé, qui se dit plus concentré par la réalité du “terrain”. Et le sprinteur d’enfoncer le clou : “Il y a plein de coureurs qui font des watts et des watts à l’entraînement et puis en compétition ils n’arrivent pas à gagner une course.”

Cette année, Bouhanni cherche encore sa première victoire (deux podiums à Valence et Oman). Mais la réalité du terrain, c’est aussi une situation grandement apaisée avec Cofidis et un cadre bien plus propice à la performance. Au Vosgien de profiter de la confiance qui lui est à nouveau donnée.

0
0