Plus de 1800 jours et 40 victoires séparent Arnaud Démare de son succès retentissant sur Milan-Sanremo en 2016. Une surprise pour lui d'abord et pour le monde du cyclisme ensuite. Cinq ans se sont écoulés et s'il a remporté d'autres grandes courses, notamment des étapes sur le Tour et le Giro, le coureur de la Groupama-FDJ n'a pas réédité l'exploit malgré un podium derrière Nibali et Ewan en 2018. Ce qui ne signifie pas qu'il n'a pas progressé ou qu'il est moins fort qu'en 2016. Au contraire.
"Je ne m'attendais pas à gagner, se souvient le Picard. C'était une surprise !" Comment pourrait-il dire autre chose ? Son visage, déformé autant par la joie que par la stupéfaction, en disait long. Sa 34e place, deux plus tôt, ne suffisait évidemment pas à faire de lui un homme dont on parlait avant le départ. Van Avermaet, Kristoff, Boonen et surtout Peter Sagan, toujours fanny sur la Primavera, voilà les noms qu'on s'échangeait à Milan. "Je n'étais pas favori, je ne sais même pas si j'étais outsider, rigole-t-il aujourd'hui. Sur une course aussi longue, aussi usante, je pensais qu'il me fallait de l'expérience, qu'il fallait engranger les participations avant de penser à briller". Même une chute avant la Cipressa ne l'avait pas empêché de gagner.
Milan - Sanremo
Kwiatkowski souffre d'une côte fracturée depuis plusieurs semaines
22/03/2021 À 17:25

"En 2016, je n'avais rien à perdre"

Quand on lui demande ce que signifie ce Milan-Sanremo pour lui, Démare étonne : "Le début de la prise de conscience de mon potentiel", répond-il quand on s'attend à un plus classique, "le plus beau jour de ma vie". C'est dire s'il ne s'imaginait pas en vainqueur de Monument. Et quand on essaye de lui faire raconter sa journée, le Français joue la carte de l'honnêteté. Il ne pensait pas à gagner, il n'a donc pas vraiment fait attention à ses sensations. "J'ai fait un sprint en n'ayant rien à perdre", finit-il pas lâcher. Après son année 2020, difficile d'imaginer un Démare sans pression ce samedi. Ses 14 succès en deux mois, d'août à octobre, l'ont fait entrer dans une autre dimension.

Meilleur train, science du placement, jump et endurance : Démare nous dessine le sprinteur parfait

Mais si le sprinteur qui n'avait pas grand-chose à perdre n'est plus, Démare a évidemment d'autres cartes. L'expérience, d'abord. Il compte désormais huit participations à Milan-Sanremo et trois top 6. "J'ai pris en résistance", assure-t-il aussi. Un élément primordial sur une classique comme la Primavera où il faut tenir face aux puncheurs dans la Cipressa et le Poggio. "On n'a pas eu de sprint depuis longtemps", regrette-t-il. Depuis... 2016 et son succès. "On a toujours des gars, et ce sera encore le cas avec le trio van der Poel, Van Aert, Alaphilippe, qui arrivent à sortir".

Van Aert ? "Je l'ai déjà battu"

Pour tenter de contrecarrer les plans de ceux qui ne veulent pas de sprint, Démare sera, en plus de son habituel train (Scotson, Konovalovas, Sinkeldam, Guarnieri), accompagné de Molard et Geniets. Deux coureurs à l'aise dans les bosses qui auront pour tâche de le maintenir le plus haut possible dans le peloton. Le tout dans le but de pouvoir entamer la poursuite, car poursuite il y aura forcément selon lui, le plus rapidement possible.
Finalement, ce qui a le plus changé chez Démare, c'est sa confiance. La preuve quand il assure que Wout Van Aert est prenable : "Je l'ai déjà battu (sur Milan-Turin 2020) donc oui". Ils ne doivent pas être nombreux dans le peloton aujourd'hui à pouvoir le dire avec autant d'aplomb. Il a aussi la certitude sur ce qu'il doit faire et où il peut briller quand il a parfois pu sembler se chercher. "Milan-Sanremo, c'est la classique qui me convient le mieux au vu de ma résistance. La Cipressa et le Poggio font mal mais ce sont deux bosses qui se montent vite, en force", analyse-t-il.

Alaphilippe a tout tenté mais Démare s'est montré intraitable : l'arrivée en vidéo

Reste maintenant à savoir comment se déroulera le final samedi. "Ils vont attaquer, c'est sûr, peut-être même dès la Cipressa pour van der Poel. Est-ce qu'on va pouvoir suivre ou rentrer ? La course le dira. Il faudra trouver des alliances avec d'autres équipes de sprinteurs car derrière le trio, c'est très homogène. Il faut compter là-dessus pour rentrer". Derrière, la vitesse fera le reste. Après tout, le dernier sprinteur sacré sur la Via Roma, c'est lui. A Démare de s'en souvenir.
Milan - Sanremo
Cosnefroy : "Quand on voit Julian qui se dresse sur les pédales, ça donne envie"
22/03/2021 À 17:17
Milan - Sanremo
Alaphilippe, Van Aert, van der Poel : Même avec ce trio, rien n'est jamais écrit
20/03/2021 À 19:26