Alerte : Wout van Aert a trouvé plus fort que lui ! Vendredi, le champion belge s’est incliné face à Filippo Ganna sur le contre-la-montre des championnats du monde d’Imola, où Van Aert visera à nouveau le titre dimanche dans la course en ligne.

Après son Tour de France impressionnant (2 victoires d’étape et une 20e place finale qui ne dit rien de son rôle de super-lieutenant de Primoz Roglic par-delà les montagnes), Van Aert s’avançait pourtant confiant dans ses capacités à briller sur le circuit d’Imola : "Je ne me sens pas fatigué. Je me sens bien et j'ai une envie énorme, même si le fait de disputer le Tour n'était peut-être pas la meilleure préparation", avait-il expliqué au micro de la RTBF.

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Wout van Aert

Crédit: Getty Images

Il avait effectivement de la puissance à revendre sur un parcours de 31,7km taillé pour les purs spécialistes, mais il est tombé sur plus expert que lui en la personne de Ganna (détenteur du record du monde de la poursuite individuelle, sur une distance de 4km sur piste). L'Italien avait parfaitement préparé son affaire sur les routes de Tirreno-Adriatico pendant que le Belge se démultipliait sur les routes françaises.

Wout van Aert rêvait de conquérir le titre mais ce que Wout veut, Wout ne peut pas forcément, contrairement à ce que les dernières semaines avaient laissé supposer. On pensait également l’armada Jumbo-Visma invincible, et elle a fini en déroute, démontant toutes les certitudes pré-établies. Primoz Roglic s’est incliné face à un Tadej Pogacar époustouflant. Il n’en reste pas moins que la formation néerlandaise est la meilleure équipe du monde et Wout van Aert en est le champion omnipotent.

Une pandémie plus tard, WVA est plus fort que jamais

Au printemps, on l’avait pourtant quitté convalescent avant que la pandémie de Covid-19 tire un trait sur tous les événements sportifs internationaux. De retour après son grave accident subi sur le Tour 2019, il avait pris la 11e place de l’Omloop Het Nieuwsblad.

La suite lui a permis de préparer sa grande renaissance : rideau sur le printemps des classiques et retour à la maison pour de longues semaines, avant de retrouver son équipe à l’occasion notamment d’un stage en altitude à Tignes, début juillet. À en croire Steven Kruijswijk, il était alors impossible de lâcher Van Aert dans les Alpes.

Depuis, les courses ont repris et les succès se sont accumulés à un rythme étourdissant : les Strade Bianche pour se lancer, un premier Monument à Sanremo, une étape du Dauphiné et le championnat de Belgique du chrono en passant, et en route vers le Tour de France.

“Je ne me battrai pas pour le maillot vert”, assurait-il avant le départ de Nice, et il a tout de même fini 5e du classement par points en sprintant quatre fois : deux victoires à Privas et Lavaur, une 3e place à Poitiers après avoir été secoué par Peter Sagan dans les derniers mètres, une autre 3e place à La-Roche-sur-Foron, devant un groupe de favoris réduit à dix unités derrière les échappés Kwiatkowski et Carapaz.

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Pour trouver pareille polyvalence dans les palmarès d’étapes du Tour, du plat à la montagne, on peut s’accrocher aux barouds de Peter Sagan, Thor Hushovd ou Greg Van Avermaet en échappée, voire au coup de bordure de Chris Froome vers Montpellier en 2016 (2e derrière Sagan). Plus aérien, Julian Alaphilippe n’a pas la puissance de Van Aert. Son compère du cyclo-cross Mathieu Van der Poel manque de références dans le contre-la-montre et semble moins résistant face à la pente.

Un cas unique ?

Même en remontant le temps, les mémoires cyclistes peinent à trouver des équivalents à Van Aert. Un rouleur-sprinteur-grimpeur, qui plus est triple champion du monde de cyclo-cross, cela semble antinomique. D'autant plus depuis que les cyclistes se spécialisent. "C'est le premier dans cette catégorie de poids à grimper aussi bien", a estimé Maximilian Schachmann (Bora-Hansgrohe) lors du Tour. On peut penser à Fabian Cancellara, ou à quelques tristes exemples des années 1990 ou 2000, lorsque le dopage pouvait transformer des ânes en chevaux de course.

"Son passage par le cyclo-cross a dû lui permettre de développer sa VO2 max [la consommation maximale d'oxygène dont le corps est capable pour soutenir effort élevé] ou des capacités anaérobie [pour les efforts intenses lors desquels le corps produit de l'énergie sans oxygène]", suggère Jean-Baptiste Quiclet, directeur de la performance d'AG2R-La Mondiale. Mais lui non plus ne trouve "pas d'autres exemples". Fibres musculaires rapides ou lentes ? Le cyclisme sourit à nouveau à des champions polyvalents, et le Belge broie les pédales en toutes circonstances ou presque (on l'a notamment vu se relever en début de Tour et il pointait déjà à 7'35'' après les 3 premières étapes sans grande difficulté).

Aux premières loges pour assister aux prouesses de Van Aert, ses contemporains étouffent, aussi bien les leaders que les baroudeurs, qui n’ont pas toujours compris les tactiques de verrouillage du peloton par les Jumbo-Visma. "Je n'ai jamais pensé que Wout deviendrait aussi bon qu'il l'est maintenant", a concédé le patron de l'équipe Deceuninck-Quick Step, Patrick Lefevere, dans les colonnes de Het Nieuwsblad. "Les tickets, j’ai l’impression qu’il faut les acheter", lâchait amèrement Anthony Turgis (Total-Direct Energie) devant la caméra d’Eurosport, los du dernier Tour de France.

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Face à ceux qui lèvent la voix pour mettre en doute ses performances (parmi lesquels l’ancien porteur du maillot jaune Romain Feillu, mais aucun acteur du cyclisme actuel), Van Aert dénonce un "manque de respect" et invite quiconque à se pencher sur son programme d’entraînement. Pour mieux comprendre ses performances, certains débats tournent autour de son poids, supérieur à celui de la plupart des grimpeurs qu’il accompagnait ou malmenait dans les massifs français. Sur le Tour 2019, il disait afficher 78kg sur la balance. Depuis, il assure avoir perdu du poids. Certains l’estiment à 73kg, d’autres 75… Sur son vélo, il défie la gravité et vole sur tous les terrains.

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