Mathieu van der Poel n’est pas un coureur comme les autres. Cela fait sa force, immense. Cela fait aussi parfois sa faiblesse, relative. En cette année 2022, le crack du cyclisme néerlandais a ainsi soufflé le chaud et le froid, avec un Tour des Flandres remporté pour pinacle et un Tour de France anonyme en point d’orgue négatif. Il a l’opportunité de terminer sur une note glorieuse ce drôle d’exercice, dimanche à Wollongong, lors de la course en ligne des Mondiaux.
Van der Poel a préparé ce grand rendez-vous différemment des hommes qu’il désigne comme ses principaux rivaux, dans la quête du sacre planétaire, à savoir Wout van Aert, Tadej Pogacar, Remco Evenepoel ou encore Michael Matthews – comme quoi, il ne fait pas toujours dans l’originalité. Après sa Grande Boucle frustrante, "MVDP" a coupé, s’est reposé en Espagne. Il a fait un retour discret (35e de la Course des raisins, le 24 août) puis est monté en puissance.
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Pas encore la plénitude… déjà la victoire

Le symbole de cette montée en régime est paradoxal. Décidément. Lauréat du Grand Prix de Wallonie, mercredi dernier, Mathieu van der Poel n’avait pas les jambes de sa vie : "Je ne me sentais pas très, très bien. J’avais dit à Jasper (Philipsen) que j’allais faire le 'lead out' pour lui (tenir le rôle de poisson-pilote, NDLR)." Mais Van der Poel est allé trop vite pour son coéquipier (et donc pour tout le monde), au sommet de la Citadelle de Namur, devançant Biniam Girmay.
Suffisant pour faire de lui un vainqueur potentiel des "Monde", comme il l’a assumé à dix jours de l’événement : "Oui, je fais partie des favoris." Il n’est pas convaincu d’être désavantagé par sa préparation singulière, qui l’a conduit à envisager de courir la Primus Classic, samedi, avant de se rétracter. "Nous n’avons aucune certitude de mieux nous acclimater en allant plus tôt (en Australie)"¸ avait-il argumenté, comme rapporté par la RTBF. Jusqu’au bout, il aura été difficile à suivre.

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"C’est Van der Poel, il peut être champion du monde"

"Je n’ai rien compris à son programme de courses, cette année. Il n’a jamais fini un Grand Tour… et il veut en faire deux (le Tour d’Italie, dont il a gagné une étape et porté le maillot rose, et le Tour de France, NDLR), s’interroge l’ancien coureur Nicolas Fritsch. Sa saison, en termes de préparation et de logique, est incompréhensible, sans queue ni tête. Alors, comme c’est Van der Poel, il peut être champion du monde. N’importe qui d’autre, je dirais : 'non'". Mais Van der Poel n’est pas "n’importe qui".
Son opus 2022 si particulier a débuté par une 3e place à Milan-Sanremo, alors qu’il entamait sa saison par surprise, après avoir fait peu de cyclo-cross, en raison de pépins physiques. "Il a eu une prépa' hivernale tronquée. Faire un hiver un peu léger, ça te fait défaut", poursuit Fritsch. Mais il était encore temps pour Van der Poel de faire dans le conventionnel, en vue des Mondiaux, avec une course par étapes : "J’ai commenté le Tour de Grande-Bretagne et je me demandais pourquoi il n’y était pas..."

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Un parcours "comparable à l’Amstel" et taillé pour lui

Il ne lui reste qu’une opportunité de parfaire sa condition, de faire le plein de confiance et peut-être même de rapporter une médaille aux Pays-Bas : mercredi, il est annoncé au départ du relais mixte (6h20), convaincu par la récente gagnante du Tour de France, Annemiek van Vleuten. Puis ce sera partie pour 266,9 km, dimanche : "Au bout d’un moment, vous savez quelles puissances vous devez développer pour être dans le final. Je n’ai pas peur de la distance, j’ai déjà fait cela dans de nombreuses classiques."
Le parcours est taillé pour Van der Poel. Son côté urbain pourrait favoriser la science de la trajectoire du double vainqueur du Ronde (2020, 2022), dont les caractéristiques collent à la difficulté majeure de l’épreuve, à parcourir douze fois : Mount Pleasant (1,1 km à 7,7% de pente moyenne, passage à 14%). "Cela lui correspond très, très bien", assure Nicolas Fritsch. "C’est comparable à l’Amstel Gold Race, peut-être un peu plus difficile", relate l’intéressé, vainqueur de l’Amstel en 2019, via le site Wielerflits.

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"On a commis quelques erreurs avec l’équipe"

Fritsch est avant tout admiratif, devant ce cycliste "hors norme", mais il doute de l’optimisation de ses compétences : "Van der Poel fait un peu son extraterrestre, avec cette préparation complètement unique. Je pense que ça a des limites." De son côté, "MVDP" est "malgré tout satisfait de (sa) saison" : "Je reconnais ne pas avoir été toujours au top, sur le Tour de France notamment (…) Mais j’ai aussi gagné de belles courses. Être sportif de haut niveau, ce n’est pas un jeu, on ne gagne pas à tous les coups…"
"En course comme en planification, il fait ce qu’il veut chez Alpecin, estime notre consultant. C’est peut-être sa limite, pour que son génie brille, je pense qu’il faudra qu’il soit un peu plus cadré… mais c’est aussi ce qui fait qu’on l’aime." Une critique à laquelle Mathieu van der Poel abonde à sa façon. "On a commis quelques erreurs avec l’équipe mais cela nous a permis d’apprendre beaucoup de choses", concède-t-il ainsi, suggérant qu’il pourrait être encore plus redoutable à l’avenir. Vêtu du maillot arc-en-ciel ?

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