Eurosport

Tour d'Italie - Claudio Corti : "Si Cipollini avait été colombien, il n'aurait pas fait de cyclisme"

"Si Cipollini avait été colombien, il n'aurait pas fait de cyclisme"

Le 31/05/2014 à 20:34Mis à jour Le 31/05/2014 à 20:36

Responsable du développement du cyclisme colombien à travers la formation Colombia, Claudio Corti estime que le pays a les clefs pour dominer pendant de longues années.

Quel bilan tirez-vous de ce Tour d'Italie pour le cyclisme colombien ?

Ça a été un très bon Giro, j'ai même été surpris. Dans l'équipe Colombia, nous avons pu nous échapper et lutter pour la victoire sur presque toutes les étapes. On a fait deux fois deuxième (Fabio Duarte lors des 15e et 18e étapes, à Montecampione et au Rifugio Panarotta) et une fois troisième (Jarlinson Pantano lors de la 14e étape à Oropa). Par rapport à l'année dernière, c'est une grosse amélioration et si nous avons l'opportunité de disputer à nouveau le Giro, je suis sûr que nous allons gagner. Quintana, Uran, Arredondo… Tous les coureurs colombiens ont très bien marché, j'en suis heureux.

Avec votre équipe Colombia, on vous voit souvent à l'avant mais jamais vainqueur. Comment cela peut-il vous suffire ?

Nous sommes une équipe soutenue par le gouvernement, via Coldeportes. Notre objectif n'est pas de gagner mais de travailler de façon professionnelle pour aider les coureurs colombiens à exprimer leur talent au très haut niveau. Bien sûr, on veut aussi faire des résultats. On ne va pas seulement dans les échappées pour se montrer. Mais parfois, l'émotion est plus forte que le résultat. Pantano a ému toute la Colombie quand il a fait troisième à Oropa.

En Italie, ce soutien s'est manifesté par la présence du ministre des Sports Andres Botero sur plusieurs étapes. Qu'a-t-il pensé des performances colombiennes ?

Sa présence aide les coureurs à se surpasser. Ils ont eu de très bons résultats devant lui (Botero était notamment dans la voiture des Colombia pour la 18e étape, remportée par le Colombien de la Trek Julian Arredondo devant Fabio Duarte) et il était très content. C'est un Colombien qui gagne ce Giro, le deuxième est Colombien aussi, le meilleur grimpeur, des vainqueurs d'étapes… Tous les jours dans la voiture de course, nous sommes en relation avec le bureau de la présidence. Ils sont très présents, les supporters aussi. Ils se lèvent le matin pour regarder le Giro en prenant le café.

" La nouvelle génération est très attirée par ce qu’on fait"

Que représente la victoire de Nairo Quintana pour le cyclisme colombien ?

C'est un résultat historique. Après la victoire de Lucho Herrera sur la Vuelta - c'était déjà il y a longtemps (1987) -, le cyclisme colombien a eu des périodes difficiles, sans grands champions. Aujourd'hui, il y a de très bons coureurs et les Colombiens retrouvent leur place.

Quel a été le rôle du gouvernement dans l'émergence de cette génération ?

Uran est parti en Europe à 18 ans… C'est là qu'il a pu apprendre à courir et s'entraîner au plus haut niveau. Le gouvernement aide en Colombie, en organisant des courses et en soutenant le sport en général. Le président est convaincu de pouvoir aider le pays en suivant cette voie. Notre équipe permet aussi de rehausser le niveau général du cyclisme colombien. La nouvelle génération est très attirée par ce que nous montrons et beaucoup de jeunes coureurs vont vouloir rejoindre notre structure.

Pourquoi les Colombiens sont-ils aujourd'hui les meilleurs grimpeurs du peloton ?

Mais ce n'est pas une grande nouveauté ! Là-bas, toutes les courses se font en haute montagne. Si Cipollini (57 victoires d'étapes sur les Grands Tours, champion du monde en 2002) avait été colombien, il ne serait probablement pas devenu cycliste ! Il y a des Colombiens qui font 1m80, qui sont costauds, mais ils ne font pas de cyclisme. Les courses sont organisées sur des grands cols, ça amène forcément une sélection et il est normal de se retrouver avec de grands grimpeurs.

" La Colombie va rester au sommet de longues années"

Quelle marge de progression reste-t-il au cyclisme colombien ?

Ils sont déjà au très haut niveau aujourd'hui. Il ne faut pas oublier qu'ils ont fait deuxième aux Jeux olympiques (Rigoberto Uran, à Londres en 2012). L'an dernier, ils étaient déjà deuxième sur le Giro (Uran), deuxième sur le Tour (Quintana) ; cette année, ils prennent les deux premières places du Giro. Il ne s'agit plus de parler de progression pour le futur. La Colombie au plus haut niveau du cyclisme mondial, c'est une réalité d'aujourd'hui et je pense que ça va rester comme ça pour de longues années.

On se souvient du mythe des Escarabajos, intenables en montagne et en grande difficulté sur le plat ou dans le vent. Comment les Colombiens sont-ils perçus aujourd'hui dans le peloton ?

Aujourd'hui, le coureur colombien est redevenu crédible. Cet hiver, j'ai deux coureurs qui sont partis dans des équipes World Tour : Darwin Atapuma chez BMC et Esteban Chaves chez Orica. Julian Arredondo était dans une équipe continentale (les Italo-Japonais de Nippo - De Rosa) et a rejoint Trek. Il y a aussi Janier Acevedo qui a remporté l'UCI America Tour et signé chez Garmin. Tout le monde veut avoir un Colombien dans son équipe parce que nous avons fait nos preuves au plus haut niveau. Notre équipe montre qu'il y a les compétences pour cela.

L'équipe Colombia reçoit le soutien direct du ministère des Sports

L'équipe Colombia reçoit le soutien direct du ministère des SportsEurosport

0
0