Bientôt quatre ans. Déjà. Alberto Contador a raccroché son vélo à la fin de l'été 2017, à l'issue d'un Tour d'Espagne achevé à la 5e place, avec deux victoires d'étape, dont une au sommet de l'Angliru. Un adieu plein de panache, bien à l'image du coureur qu'il était sur la route.
"J'aurais peut-être pu continuer, mais honnêtement, la vie m'a fait un cadeau en me permettant de me retirer de cette façon sur la Vuelta, alors je n'ai pas l'impression pas d'être parti trop tôt et je reprendrais la même décision aujourd'hui", nous confie-t-il à l'aube du Giro 2021, où l'équipe qu'il co-dirige avec son ami Ivan Basso, Eolo-Kometa, vit le premier grand Tour de sa jeune histoire.
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Contador : "Nous voulons être des protagonistes sur le Giro"

Une façon de garder concrètement un pied dans le milieu du cyclisme. Contador marche sur ses deux jambes puisqu'il est également consultant pour Eurosport depuis 2018. De sa collaboration avec notre chaîne, il dit qu'elle agit "comme une thérapie". "Pour moi, ajoute-t-il, c'est un équilibre inégalable. Ça m'a permis de rester lié au cyclisme dès la fin de ma carrière. Le manque, celui de la compétition, a été moins important grâce à ça. Eurosport, c'est pour moi la meilleure façon de continuer à aimer ce sport." Même s'il l'avoue, il ressent parfois "de la nostalgie par rapport à la course."

Pantani ? "Sa mentalité m'a aidé à avoir du courage"

Les trois prochaines semaines, celles du Giro, raviveront sans doute cette ambivalence entre le manque et le plaisir. D'autant que Contador a toujours aimé le Tour d'Italie, même s'il l'a beaucoup moins couru que le Tour ou la Vuelta. Mais sur ces deux épreuves, la pression était énorme pour lui. Le Tour parce que... c'est le Tour, et la Vuelta parce que c'était chez lui. En Italie, la donne était différente. Il y ressentait "une plus grande liberté". Puis, ajoute le Madrilène, "je garde le souvenir de la passion et de l'affection des supporters. Une grande partie du regard positif que je porte aujourd'hui sur le Giro vient d'eux."
Alberto Contador est venu trois fois sur le Giro. Trois fois il l'a fini en vainqueur, même si la lecture des palmarès ne lui accorde que deux trophées, ceux de 2008 et 2015. Également sacré en 2011, il avait ensuite perdu son maillot rose sur tapis vert après sa suspension rétroactive consécutive à son contrôle positif au clenbutérol lors du Tour de France 2010.
Sensible à l'histoire de son sport, l'homme aux sept grands Tours n'est pas hermétique non plus à la mystique du cyclisme italien et de son épreuve phare. D'autant que, dans son cas, la plus grande source d'inspiration n'a pas été espagnole, mais bien italienne. "D'une certaine manière, nous dit-il, je voulais être comme Pantani. J'étais fasciné par sa façon de courir et d'attaquer. A n'importe quel moment, il était susceptible de faire la révolution."
Dans l'approche de la course façon Contador, il y avait donc du Pantani, dont il a essayé de suivre la manière d'être sur le vélo, particulièrement en montagne : "Sa mentalité m'a aidé à avoir du courage et à oser des choses auxquelles personne ne s'attendait pendant la course. J'espère que cette façon de courir perdurera chez les nouvelles générations."

Avec Tiralongo, le souvenir le plus fort

Du Giro, paradoxalement, il ne garde pas au sommet de sa boîte à souvenirs ses victoires ou ses arrivées en rose à Milan, mais de la souffrance et une... deuxième place d'étape. La douleur, c'est celle du Mortirolo, le col transalpin où il en aura le plus bavé. "C'est une montée mortelle, se souvient-il. Plusieurs fois, je me suis senti vraiment mal là-bas. C'était incontestablement un de plus grands défis de ma carrière". Mais l'ambivalence, là encore, n'est pas loin, puisqu'il avoue avoir pris dans le Mortirolo "un énorme plaisir, malgré la souffrance. C'est l'essence de la course."
Mais tout en haut de son panthéon émotionnel italien, Alberto Contador place donc la 19e étape du Giro 2011. Maillot rose sur le dos, la victoire finale presque assurée, le Castillan gère dans cette avant-dernière étape de haute montagne. Quand John Gadret et Joaquim Rodriguez viennent lui chatouiller les cale-pieds, Contador accélère dans le dernier kilomètre. Il fond alors sur l'échappé du jour, Paolo Tiralongo, son ancien coéquipier chez Astana puis le rattrape à 300 mètres de la ligne. Mais il va l'emmener sans lui disputer le sprint.

Alberto Contador - Giro

Crédit: Getty Images

A 34 ans et pour son 15e grand Tour, c'est le tout premier succès de Tiralongo dans une course de cette envergure. Alberto avait voulu saluer son ancien équipier modèle. "C'est mon plus beau souvenir, confirme-t-il dix ans plus tard. Nous étions très amis et c'était spécial de pouvoir arriver tous les deux comme ça."
J'espère qu'on profitera longtemps de cette génération de coureurs
Bientôt quadra, Contador a de moins en moins d'anciens collègues dans le peloton actuel. Il regarde la nouvelle génération, celle qui, de Tadej Pogacar à Remco Evenepoel, est en train de briser tous les codes, avec une certaine admiration. Et de la prudence, aussi :
"J'espère qu'on profitera longtemps de cette génération de coureurs. Ce sont les superstars de ce sport. Mais c'est difficile de faire des prédictions. Physiquement, combien d'années resteront-ils au top ? Puis il y a le facteur psychologique. Le cyclisme demande un professionnalisme, un engagement, une responsabilité, et implique beaucoup de tension de et sacrifices. On donne beaucoup, et certains peuvent donner pendant dix ou vingt ans, d'autres seulement cinq..."
Alberto Contador, lui, ne donne plus. Ou différemment. Un pied dedans avec son équipe, un autre juste à côté avec Eurosport. Mais pendant trois semaines, les deux yeux rivés vers ce Giro qui, selon lui, demeure une course faite "de mystères et de magie".

Alberto Contador - Giro

Crédit: Getty Images

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